Images fournies par Al-Abde Bourji.
Quelques jours avant la trêve du 17 avril, l’armée israélienne a mené des opérations de démolition et de nivellement de maisons dans la localité frontalière de Meis el-Jabal (caza de Marjeyoun) à l’aide de bulldozers et d’engins de chantier lourd. Et le 23 avril, de nouvelles maisons ont été dynamitées et incendiées dans le quartier de l'ouest de Meis el-Jabal. Nombre de bâtiments de cette localité avaient été réparés par des habitants après la guerre d’octobre 2023 à novembre 2024 entre les deux mêmes belligérants.
Meis el-Jabal a été touché par toutes les guerres. Lors de celle de 2024, les données collectées par L’Orient-Le Jour montraient que ce village faisait partie, avec Aïta el-Chaab et Yaroun des plus ciblés par l’armée israélienne au Liban-Sud.
Aujourd’hui, ses habitants, qui ont dû fuir, n’ont qu’une peur : de pas pouvoir rentrer chez eux, alors que Meis el-Jabal, adossé à la frontière, est totalement dans la « zone tampon » décrétée par Israël au Liban-Sud.
« Le Liban est mon pays, mais Meis el-Jabal est ma terre »
Al-Abde Bourji, une infirmière de 39 ans, a dû fuir Meis el-Jabal au premier jour de la guerre. Depuis, elle vit avec plusieurs membres de sa famille sous des tentes près du parc de Horch Beyrouth, à Tayouné.
« Le 2 mars, j’ai été réveillée à 2h par le bruit des roquettes. Immédiatement, j’ai attrapé le sac avec quelques affaires que j’avais préparées depuis des mois, et j’ai fui en direction de Beyrouth avec mes frères et sœurs. J’ai dû tout laisser derrière moi. La maison familiale, le grand jardin que nous partagions avec les voisins et mon emploi d’infirmière, à l’hôpital gouvernemental de Meis el-Jabal qui, de toutes les manières, a été évacué à la suite des menaces israéliennes.
« J’ai dû fuir mon village juste avant d’avoir pu semer mes plants de tabac. C’était la saison. Je venais aussi de recevoir, en cadeau, douze variétés de tulipes. J’avais aussi planté un pied de kiwi… Tout ça, je ne vais rien en voir.
« L’an dernier, des attaques israéliennes ont détruit les oliviers situés à côté de ma maison. Certains avaient plus de cent ans. Quand je suis rentrée chez moi, après la guerre de 2024, j’ai découvert que le deuxième étage de la maison familiale avait été détruit. Alors avec mes frères et sœurs, nous nous sommes installés au premier étage, après avoir réparé ce que nous pouvions.
« À vrai dire, à l’époque, j’étais tellement heureuse de pouvoir rentrer chez moi, que je n’ai pas été bouleversée en voyant ma maison partiellement détruite.
« Les briques, les pierres. Tout ça ne m’inquiète pas. La seule chose qui me fait peur, c’est de ne jamais pouvoir rentrer chez moi. Le Liban est mon pays, mais Meis el-Jabal est ma terre. Mais aujourd’hui encore, je suis convaincue, comme les autres habitants du village, que je vais pouvoir rentrer chez moi. Y retrouver ma routine, mon travail, mes voisins avec qui je partageais des petits déjeuners et de longues soirées. Et puis j’y reprendrai mes études. Avant de fuir, je m’étais inscrite à une formation technique sur la sécurité alimentaire, pour apprendre aux gens quoi manger et comment bien conserver leur nourriture.
« Depuis que j’ai dû fuir, je n’ai ni travaillé ni touché de salaire. Mais à côté de ma tente, j’ai planté quatre fleurs et quatre petits plants de tomates dans des bidons d’eau en plastique vides, pour les voir chaque matin quand je sors. »

Meis el-Jabal, une histoire compliquée à la frontière israélienne
Meis el-Jabal, adossé à la frontière israélienne dans le caza de Marjeyoun, est considéré comme l’une des plus anciennes localités du Liban-Sud. À l’ère ottomane, son nom était « Mis ». Meis est également le nom, en arabe, du micocoulier, également appelé arbre aux feuilles d’ortie, très présent dans cette localité.
Dans l’enquête du Palestine Exploration Fund (Survey of Western Palestine – SWP) datant de 1881, Meis el-Jabal est décrit en ces termes : « Un grand village en deux parties, sur une crête basse, entouré de figuiers, d’oliviers et de terres arables. Il y a une fontaine près du village et trois bonnes sources au nord, en plus des citernes. » Y est également mentionnée la présence « de vestiges anciens, d’un pressoir à olives et de deux sarcophages du côté est ».
Très majoritairement chiite, il compte plusieurs anciens sites religieux. L’une des mosquées, celle d’Abou Dhar al-Ghafari porte le nom d’un célèbre compagnon du prophète Mahomet. De nombreuses figures religieuses chiites de premier plan sont originaires de Meis el-Jabal, dont le cheikh Abdel-Amir Kabalan, ancien président du Conseil supérieur islamique chiite.
Au sein du village se trouvent les grottes de Darb al-Hurat, dont l’origine n’a pas été totalement éclaircie.
À l’origine, le village était essentiellement tourné vers les cultures agricoles : blé, orge, oliviers, et plus tard tabac. Nombre des habitants ont toutefois émigré, notamment vers l’Afrique, les États-Unis, l’Australie, les pays du Golfe ou encore l’Europe.
Cette localité a subi de plein fouet toutes les guerres avec Israël. Mais lors de celle de 2024, l’armée israélienne y a procédé à des destructions massives.
La localité compte notamment un hôpital gouvernemental. 12 503 électeurs étaient inscrits sur les listes électorales en 2022.
Ont contribué à la réalisation de ce projet : Lyana Alameddine, Tasnim Chaaban, Enzo Quenescourt, Gabriel Blondel, Kamel Jaber, Émilie Sueur, Marguerita Sejaan, Lucile Wassermann, Claire Grandchamps et Yara Sarkis.


Merci l'orient le jour et à toute l'equipe ayant contribué à la réalisation et la publication de cet article .Maisel jabal comme toutes les localités libanaises occupées et détruites par la force sauvage et haineuse de l'armée d'occupation ont une histoire ,une mémoire ancrées à travers des siecles.Nous appellons les autorités libanaises et toutes les organisations humanitaires dans le monde entier ainsi que les citoyens libanais à porter ces crimes de guerre devant toutes les instances inernationales compétantes pour condamner ces violations et obliger l'occupant au retrait et réparations
16 h 15, le 22 avril 2026