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Société - Villages Du Liban-Sud Sous Le Feu Israélien

« Naqoura, c’était le paradis sur terre… »

Ces derniers jours, de nombreuses images ont circulé de destructions massives dans cette localité du littoral, à la frontière israélienne.

« Naqoura, c’était le paradis sur terre… »

Une rue fleurie de Naqoura en 2022. Depuis, le village a été lourdement endommagé par les bombes israéliennes lors de la guerre de 2024 et lors de la guerre en cours. Guerre pendant laquelle l'armée israélienne a dynamité plusieurs maisons de Naqoura. Photo Lyana Alamedddine

Situé à trois petits kilomètres de la frontière israélienne sur le littoral, Naqoura, qui abrite aussi le QG de la Finul, est une position stratégique. Depuis le début de la guerre, cette localité du caza de Tyr, que l'on peut considérer comme conquise par Israël, a été la cible de bombardements qui ont détruit nombre de bâtiments et de routes. Dans les jours qui ont précédé le cessez-le-feu, entré en vigueur le 17 avril à minuit, l'armée israélienne y a procédé à de vastes opérations de destruction et de dynamitage de maisons. Naqoura est au sud de la « ligne jaune » posée par Israël, qui délimite une « zone tampon » dans laquelle l'armée israélienne continue d'opérer.


Dans ce contexte difficile, certains habitants se souviennent des beaux jours.

« Naqoura, c’était le paradis sur terre… »

Zeinab Mahdi, 50 ans, agricultrice de Naqoura, déplacée à Tyr depuis la guerre de 2024, au cours de laquelle sa maison a été presque complètement détruite.

« Je suis née à Naqoura, et j’y ai passé toute ma vie. Je ne l’ai quitté qu’il y a deux ans, en raison de la guerre de 2024, pour m’installer à Tyr où je suis une déplacée. Avant, je ne la quittais jamais, ou juste pour une visite ailleurs, un voyage à l’étranger. Je n’aurais jamais imaginé un jour qu’il me faudrait quitter mon village.
Ma maison, une maison à l’ancienne était très grande. Le salon faisait plus de dix mètres de long. Dans les années 70, nous avions une autre maison. Mais elle a été détruite deux fois par Israël. Alors on a reconstruit une maison plus petite sur un terrain que mon père avait acheté. Puis, au fil des années, nous l’avons agrandie. Ma mère disait toujours : Faisons un grand salon pour les occasions heureuses et tristes. Ce salon rassemblait toute la famille et même tout le village. On avait trois chambres, une grande cuisine, une terrasse où toute la famille se réunissait, une grande table, des fleurs plantées tout autour.
Je me dis que si je reviens, je reconstruirai la même maison, comme ma mère l’avait conçue et sur laquelle elle a travaillé dur, et nous aussi. Peut-être que les gens la voient comme ancienne, mais pour moi elle est très belle parce que nous l’avons faite nous-mêmes. La maison était magnifique. Elle était au bord de la route, au centre du village, en face de l’école.
On ne connaît la valeur d’un endroit que quand on le quitte. Pour moi, Naqoura est un paradis sur terre : par sa beauté, ses rues, ses arbres, la mer, l’odeur de la mer. Quand la mer était agitée, on entendait le bruit des vagues à la maison. Pour moi, c’est le plus bel endroit du Liban, et je le dis après avoir voyagé dans tout le pays. À Naqoura, la mer et les collines ne font qu’un.
La dernière fois que j’ai vu Naqoura, c’était une semaine avant le début de cette guerre. Lors de la guerre de 2024, ma maison a été détruite aux trois quarts. Après cette guerre, je retournais au village dès que j’en avais la possibilité. J’étais contente d’y être, même si nous étions au milieu des pierres. Et puis j’ai essayé de recommencer à cultiver la terre, j’ai planté du thym. À chaque fois que je devais repartir à Tyr, je vivais ce départ comme un exil.
Puis la guerre a repris, le 2 mars, et j’ai arrêté d’aller à Naqoura.
Pour moi, Naqoura était synonyme de repos, de sécurité, de tranquillité, un paradis sur terre. Dès que je mettais le pied sur la terre et que je voyais Naqoura, mon cœur s’apaisait, j’étais très heureuse.
Une journée typique pour moi à Naqoura commençait par un réveil très tôt. Puis j’allais sur mes terres. Planter, arroser, désherber, bêcher… Les trois quarts du travail, je le faisais seule. Ensuite je rentrais, je nettoyais la maison, je préparais à manger. Je déjeunais avec ma sœur, puis je me reposais une ou deux heures. L’après-midi, on prenait le café, dehors, avec les voisines. On discutait et on regardait les gens passer dans la rue. Même si on se plaignait parfois de s’ennuyer, aujourd’hui on se rend compte à quel point c’était beau. Ces jours me manquent.
Aujourd’hui, je ressens beaucoup de colère en pensant à la destruction de Naqoura. Je crie, je hurle, j’insulte. Je ne peux rien faire d’autre.
J’espère qu’on reviendra, tôt ou tard. Si nous ne revenons pas, ce sera la prochaine génération. Mais il faut revenir. Si je peux revenir à Naqoura, j’irai au cimetière, puis sur mes terres. Et je la cultiverai. La maison peut disparaître, mais la terre permet de tout reconstruire ».

Des images de Naqoura, postées sur X par le journaliste Ali Hashem, le 6 avril dernier.

Naqoura - une position stratégique, une histoire ancienne
Naqoura, ville côtière relevant du caza de Tyr située à la frontière avec Israël, constitue le passage côtier vers Israël. Elle se distingue par sa position géographique stratégique, son histoire ancienne, ses richesses touristiques et halieutiques, ainsi que par son importance politique et militaire dans le cadre du conflit entre Israël et le Liban. Naqoura abrite également le siège principal de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul), installée dans les environs de l’ancienne direction des impôts, près de la localité.
Naqoura est connue pour son littoral rocheux qui plonge dans la mer, appelé Ras Naqoura, l’un des sites les plus célèbres de la ville, considéré comme l’un des littoraux les plus propres du Liban, ce qui rend ses poissons parmi les plus réputés du pays. La pêche, ainsi que l’agriculture, constituent ainsi ses principales ressources économiques.
De nombreuses civilisations s’y sont succédé au fil du temps : Perses, Romains, Arabes, croisés, Mamelouks, Ottomans et Français. Plusieurs récits expliquent l’origine de son nom. L’un d’eux remonte à l’époque d’Alexandre le Grand, qui aurait ordonné de « percer » la montagne qui bloquait son passage le long de la côte afin de faciliter l’accès vers la Palestine et la Mésopotamie; le lieu aurait alors été appelé « al-Nawaqir », devenu ensuite Naqoura, signifiant trou ou tunnel. Une autre version attribue le nom au terme phénicien « naqour », signifiant percer ou creuser, en référence aux nombreuses grottes et cavités de la région.
La position de Naqoura est également stratégique car elle se trouve sur l’ancienne route internationale reliant la Syrie à l’Égypte, ce qui en a fait un centre d’échanges commerciaux entre civilisations anciennes.
C’est via Naqoura que le Liban a été envahi par l’armée britannique en 1945. Ce sont les forces britanniques qui ont pavé la route reliant la Palestine au Liban durant la Première et la Seconde Guerre mondiale. Les forces britanniques ont également creusé un tunnel ferroviaire reliant Haïfa à Beyrouth afin de faciliter le transport des approvisionnements depuis l’Égypte vers le nord. Après le retrait britannique de Palestine et la création de l'État d’Israël en 1948, les forces israéliennes ont occupé une partie du village et y ont établi une colonie appelée « Rosh HaNikra ». Aujourd’hui, le Liban revendique une partie du tunnel, occupé par Israël.
Naqoura compte environ 6 500 habitants enregistrés, dont 2 800 résidents permanents, 2 700 expatriés et 1 000 résidant à Beyrouth. La population est majoritairement chiite (88,54 %), suivie de 10,43 % de sunnites, ainsi que 18 chrétiens appartenant à diverses confessions. 2 685 personnes étaient inscrites sur les listes électorales de 2022.

Ont contribué à la réalisation de ce projet : Lyana Alameddine, Tasnim Chaaban, Enzo Quenescourt, Gabriel Blondel, Kamel Jaber, Emilie Sueur, Marguerita Sejaan, Lucile Wassermann, Claire Grandchamps

Situé à trois petits kilomètres de la frontière israélienne sur le littoral, Naqoura, qui abrite aussi le QG de la Finul, est une position stratégique. Depuis le début de la guerre, cette localité du caza de Tyr, que l'on peut considérer comme conquise par Israël, a été la cible de bombardements qui ont détruit nombre de bâtiments et de routes. Dans les jours qui ont précédé le cessez-le-feu, entré en vigueur le 17 avril à minuit, l'armée israélienne y a procédé à de vastes opérations de destruction et de dynamitage de maisons. Naqoura est au sud de la « ligne jaune » posée par Israël, qui délimite une « zone tampon » dans laquelle l'armée israélienne continue d'opérer.Dans ce contexte difficile, certains habitants se souviennent des beaux jours.« Naqoura, c’était le paradis sur...
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