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Deux ennemis et un consensus morbide : étrangler le Liban


Que se passera-t-il après la visite du pape ? Au Liban, cette question s’impose désormais dans chaque débat. On s’accroche à cette parenthèse symbolique, avec l’espoir que la bénédiction du souverain pontife puisse éloigner le danger. On veut croire que ses prières pourront résoudre notre dilemme. Mais le Liban sait que son destin se joue ailleurs, au gré de puissances dont les calculs n’ont que faire des aspirations de paix. Car si le pays du Cèdre bénéficiera d’une forme de « trêve papale », la suite dépendra entièrement des dynamiques qui opposent – et parfois arrangent – l’Iran et Israël.

Depuis l’assassinat du chef militaire du Hezbollah, Abou Ali Tabatabaï, dimanche dans une frappe sur la banlieue sud de Beyrouth, le Liban retient son souffle : cet énième coup sera-t-il la goutte de trop pour une formation prise à son propre piège ? Car, dans cette équation, le Hezbollah n’a jamais été maître de ses choix. La question n’est donc pas tant de savoir s’il veut répondre, mais plutôt quand Téhéran décidera qu’il est opportun de le faire. Son plus grand défi aujourd’hui consiste à contenir l’effondrement moral de sa propre base, à l’heure où l’ennemi atteint le cœur de sa structure dirigeante et où l’ami lui impose le silence.

Si le parti avait riposté à l’assassinat de Fouad Chokor, ou à l’attaque des bipeurs, Hassan Nasrallah aurait-il été assassiné ? Si le Hezbollah avait réagi dès les premières violations du cessez-le-feu, son environnement – militaire mais aussi civil – compterait-il des centaines de morts depuis la conclusion de cet accord il y a un an jour pour jour ? Et si sa « pleine capacité » était réellement retrouvée, Tabatabaï aurait-il été éliminé ? S’il est vraiment « rétabli », pourquoi se cache-t-il derrière un État pourtant « inexistant » à ses yeux, lui faisant assumer son idéologie suicidaire ? Et s’il ne l’est pas, pourquoi clamer haut et fort le contraire, au risque d’alimenter le narratif de Tel-Aviv et d’exposer tout le pays cette fois-ci à la machine de guerre israélienne ? Au fond, toute l’affaire se résume ainsi : le Hezbollah ne parle pas au nom du Liban – rayer l’expression « mort sur la route de Jérusalem » des faire-part qu’il publie de nouveau régulièrement n’y change pas grand-chose –, mais exécute la stratégie de Téhéran.

Et qui dit stratégie iranienne au Liban dit négocier avec les Américains en jouant la carte du Hezbollah jusqu’au dernier chiite. Sinon, comment interpréter la sortie de Ali Akbar Velayati, conseiller du guide suprême iranien, qu’on dirait encore plus inspiré par la visite du pape que les chrétiens eux-mêmes ? Celui-ci a affirmé que « la présence du Hezbollah est devenue pour le Liban plus essentielle que le pain quotidien », réitérant l’engagement de Téhéran à le soutenir et jugeant que les attaques israéliennes prouvent la « catastrophe » que représenterait toute tentative de désarmer le parti…

Comble de l’ironie : ce nouveau doigt d’honneur à la souveraineté libanaise sert aussi bien les intérêts stratégiques de Téhéran que ceux de Tel-Aviv. Comme si entre ces deux puissances officiellement ennemies, un consensus morbide s’était installé dans le but de maintenir le Liban exsangue, paralysé, incapable de renaître. « Je ne crois pas que le Hezbollah se désarmera volontairement. Les Américains les ont contraints à se dissoudre d’ici à la fin de l’année et je ne vois pas cela se produire. Si cela ne se produit pas, il n’y aura d’autre choix que d’intervenir à nouveau avec force au Liban », a lancé le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, peu avant Velayati. Intervenir « avec force » au Liban n’est sûrement pas pour déplaire à Israël. Tuer dans l’œuf tout accord entre les Américains et les Iraniens non plus. Les Israéliens savent que ce qu’ils demandent – le désarmement du Hezbollah au sud et au nord du Litani d’ici à la fin de l’année – est impossible. Ils pensent aussi qu’après s’être fait tordre le bras par Washington sur Gaza, ils auront les coudées franches au Liban.

Dans cet étau géopolitique, aucune parole, aussi responsable soit-elle, ne peut se transformer en acte. À l’occasion de la fête de l’Indépendance, le président Joseph Aoun ne s’est pas contenté des mots traditionnels. Il a choisi le Liban-Sud comme plateforme pour imposer l’État et sa souveraineté sur tout le territoire. Un discours qui ressemble à une version révisée – et plus réaliste, après une année au pouvoir – de sa prestation de serment. Mais quels que soient les reproches qu’on peut lui faire, le président a les mains liées. S’il fait le jeu du Hezbollah, il livre le pays au monstre israélien ; s’il s’aliène le parti chiite, il expose le pays au jeu que les Iraniens maîtrisent le mieux : la discorde interne.

Tout laisse donc croire qu’une fois l’avion du souverain pontife décollé, le Liban se retrouvera de nouveau sur le front d’un conflit régional dont il ne peut se détacher et dont il ne peut assumer les conséquences. Comment dès lors peut-on attendre un miracle, quand ceux qui tiennent le pays n’ont aucun intérêt à ce qu’il retrouve enfin… la paix ?

Que se passera-t-il après la visite du pape ? Au Liban, cette question s’impose désormais dans chaque débat. On s’accroche à cette parenthèse symbolique, avec l’espoir que la bénédiction du souverain pontife puisse éloigner le danger. On veut croire que ses prières pourront résoudre notre dilemme. Mais le Liban sait que son destin se joue ailleurs, au gré de puissances dont les calculs n’ont que faire des aspirations de paix. Car si le pays du Cèdre bénéficiera d’une forme de « trêve papale », la suite dépendra entièrement des dynamiques qui opposent – et parfois arrangent – l’Iran et Israël.Depuis l’assassinat du chef militaire du Hezbollah, Abou Ali Tabatabaï, dimanche dans une frappe sur la banlieue sud de Beyrouth, le Liban retient son souffle : cet énième coup sera-t-il la goutte de trop pour...
commentaires (14)

""COMMENT DÈS LORS PEUT-ON ATTENDRE UN MIRACLE, QUAND CEUX QUI TIENNENT LE PAYS N’ONT AUCUN INTÉRÊT À CE QU’IL RETROUVE ENFIN… LA PAIX ?"" Depuis la moitié des années 60 du siècle dernier jusqu’à nos jours, tous les mouvements de libération de gauche (attention le Hezbollah crée sur le tard, n’est à vraiment dire une organisation de gauche) toutes faites du même bois, intellos inclus, tous avaient le même slogan, qu’il n’y aura jamais de paix au Liban avant une ""solution équitable du problème palestinien"". Le Liban sacrifié, livré à lui-même, livré à son propre destin. On y est toujours.

nabil

18 h 41, le 27 novembre 2025

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Commentaires (14)

  • ""COMMENT DÈS LORS PEUT-ON ATTENDRE UN MIRACLE, QUAND CEUX QUI TIENNENT LE PAYS N’ONT AUCUN INTÉRÊT À CE QU’IL RETROUVE ENFIN… LA PAIX ?"" Depuis la moitié des années 60 du siècle dernier jusqu’à nos jours, tous les mouvements de libération de gauche (attention le Hezbollah crée sur le tard, n’est à vraiment dire une organisation de gauche) toutes faites du même bois, intellos inclus, tous avaient le même slogan, qu’il n’y aura jamais de paix au Liban avant une ""solution équitable du problème palestinien"". Le Liban sacrifié, livré à lui-même, livré à son propre destin. On y est toujours.

    nabil

    18 h 41, le 27 novembre 2025

  • Tout ceci est dû à la faiblesse de l'Etat et aussi à son manque de crédibilité. Le Liban Officiel n'arrive à avancer sur aucun des sujets : Ni économiques, ni politiques. A vouloir ne facher personne, il finit par facher tout le monde. Concernant les iraniens: Leur culture politique est traditionellement plus feutrée. La sortie enflamnée de Velayati à la Adbed el Nasser/Arafat prouve le besoin de hezballah de se sentir soutenu. Il aurait été bénéfique qu'Israel fasse un geste positif sur le terrain (retrait) ce qui aurait peut etre lancé un processus de désarmement

    Moi

    14 h 42, le 27 novembre 2025

  • SUPERBE MADAME RITA SASSINE. - La HAINE revancharde entre des IDIOTS est en profondeur le summum de l,AMOUR. Ils se servent avec PASSION les uns les interets des autres au depend de QUI ? DES PLUS IDIOTS ! Quoi que grand est le nom qu,ils s,attribuent...

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    14 h 36, le 27 novembre 2025

  • KHAMENAI NE VEUT RIEN DU LIBAN, ENCORE MOINS DES LIBANAIS. TOUT CE QU'IL VOUDRAIT EST QUE LE PAPE LEON SE PROSTERNE DEVANT LE TOMBEAU DE NASRALLAH !

    L’acidulé

    14 h 19, le 27 novembre 2025

  • ....et surtout l'Iran qui l'a fait a travers les mercenaires de Ha'zbala.

    Cadmos

    13 h 14, le 27 novembre 2025

  • Ils sont 4 ennemis (au moins) qui nous ont fait tant de mal: 1. Syrie 2. Israel 3. Ha'zbala 4. Nous memes!!!! (surtout)

    Cadmos

    13 h 12, le 27 novembre 2025

  • Bien expliqué merci

    Hind Faddoul FAUCON

    12 h 44, le 27 novembre 2025

  • Le mollah qui nous dit que le HB est plus important que le pain quotidien, n’a qu’à le rapatrier en Iran pour nourrir sa population qui crève de faim et depuis peu de soif que leur président à trouver comme solution de faire déménager la population de Téhéran, ailleurs pour sauver ses habitants. Ces barbus ont toujours été convaincus qu’en déplaçant les problèmes ils arrivent à convaincre de l’efficacité de leur régime. Le Sud Liban a été vidé de sa population et le problème n’est que plus inextricable. On lui fait cadeau de notre pain quotidien et nous mettrons au jeun pour sauver notre pays

    Sissi zayyat

    10 h 56, le 27 novembre 2025

  • Si l’on comprend bien, le Liban est suspendu aux multiples SI, qui donnent des ailes aux deux protagonistes qui règlent leurs différends sur notre sol, sans que les libanais aient leur mot à dire. Alors qu’attendons-nous pour opter pour une solution drastique qui aurait les mêmes conséquences que si l’état ne bouge toujours pas en attendant d’être mangé à la sauce concoctée par nos ennemis respectifs. Si le Liban est condamné à mourir, autant le faire debout qu’à genoux plutôt que d’agoniser en attendant le coup de grâce.N’est ce pas cela la fierté d’un pays qui se veut souverain et indépendan

    Sissi zayyat

    10 h 28, le 27 novembre 2025

  • Le Liban, par la faiblesse de ses hommes politiques et leur avidité à transformé l'indépendance du pays en une zone de libre échange pour qui veut s'immiscer dans nos affaires, à commencer par les funestes accords du Caire qui autorisaient la présence d'un état dans l'état dans les camps palestiniens et toute la classe politique de l'époque a voté cet accord sauf un seul homme qui s'est élevé contre, Raymond Eddé. Depuis les guerres se succèdent, il n'y a pas eu de vrai paix et chaque groupe s'appuie sur une force étrangère pour humilier l'autre et assouvir sa vengeance.

    Zeidan

    09 h 27, le 27 novembre 2025

  • Une analyse logique et pertinente. L’Iran n’a pas investi des milliards dans sa milice pour ensuite les compter en profits et pertes. Elle va poursuivre son jeu macabre tant que le Liban et les malheureux chiites, qu’il dit défendre, en paient le prix. Comme vous dites, le Liban est devant un choix difficile. Laisser faire la milice iranienne , même décapitée, ou choisir l’intérêt du Liban avec des mesures plus musclées. La milice a choisi de mourir et Israël en profite pour nous démolir. Pour l’Etat, ménager autant un seul public, ne doit pas se faire au détriment de tous les autres.

    Goraieb Nada

    07 h 58, le 27 novembre 2025

  • 3-Par contre, de par la déclaration de ""Ali Akbar Velayati"", et la désignation de l’ennemi israélien (il est un bon ennemi pour lui et le Hezbollah) ne fédère pas la majorité des Libanais dans son projet. En fait, le Hezb n’est ni complice de son ennemi, ni son allié objectif, mais il faut quand même admettre, qu’il fait son jeu. D’où la jolie petite question : quand on va arrêter le ""déconnomètre"" comme disait l’autre, et laisser les Libanais, d’abord ennemi d’eux-mêmes devenir amis-amis ? Ça, j’attends voir ! Notre résilience, comme notre patience s'essoufflent, ça c'est une évidence.

    nabil

    07 h 10, le 27 novembre 2025

  • 2- Le président Joe Aoun qui n’assure pas le service minimum, reçoit deux chefs d’États dans des contextes sécuritaires à haut risque. L’un pour un dossier éminemment important (frontières maritimes), et qu’il faut admirer, cela dit en passant, la maitrise du dossier, et surtout le pape Léon, qui n’est pas n’importe qui, pour une visite très symbolique. Qui ose sortir sa méchante langue ? Personne, à part quelques marginaux. Bref, on a des amis, le Pape et le président chypriote, et ça nous réunit, nous fédère. Il nous manque la visite en ami d'un Trump et ça viendra, j'en suis persuadé.

    nabil

    06 h 59, le 27 novembre 2025

  • 1-""Car si le pays du Cèdre bénéficiera d’une forme de « trêve papale », la suite dépendra entièrement des dynamiques qui opposent – et parfois arrangent – l’Iran et Israël"". Et le grand débat sur la dynamique des amis et des ennemis. Pourquoi je dis ça ? C’est l’ancienne idée remise au goût du jour (guerre en Ukraine) d’un philosophe (Carl Schmitt) que la désignation d’un ennemi fédère. Moralité, c’est l’ennemi qui fédère et non l’ami. Dans le cas libanais, c’est à relativiser, puisque nous sommes une exception de par le monde, et que le Liban est un laboratoire avec des politiciens cobaye.

    nabil

    06 h 53, le 27 novembre 2025

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