Des passants devant une fresque murale représentant le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, dans une rue de Téhéran, en Iran, le 24 juin 2025. Majid Asgaripour/WANA (West Asia News Agency) via REUTERS
Ali Akbar Velayati, conseiller aux affaires internationales du Guide suprême iranien, a déclaré mercredi à l’agence semi-officielle Tasnim que « les attaques et les crimes continus commis par l’entité sioniste contre le Liban montrent que la présence du Hezbollah est devenue plus importante pour le Liban que le pain quotidien ». En réaction, le chef des Forces libanaises (FL), Samir Geagea, et le ministre des Affaires étrangères, Joe Raggi, ont dénoncé une ingérence iranienne dans les affaires libanaises.
Ces commentaires interviennent alors qu’Israël a intensifié ses attaques au Liban malgré un accord de cessez-le-feu conclu en novembre 2024, après plus de treize mois de conflit entre le Hezbollah, proxy de l’Iran, et l'État hébreu. Dimanche, Israël a éliminé le chef d’état-major du Hezbollah, Haytham Ali Tabatabaï, dans une frappe sur la banlieue sud de Beyrouth.
Selon M. Velayati, l’assassinat de Tabatabaï a été « commis en violation de la souveraineté libanaise » et « l’entité sioniste cherche, en ciblant les dirigeants du Hezbollah, à atteindre ses objectifs illégitimes en répandant la terreur et la peur ». «Cependant, le Liban a fait preuve de fermeté face à ces pratiques (...) La violation du cessez-le-feu par l’entité sioniste a montré à tous les conséquences catastrophiques qu’aurait le désarmement du Hezbollah pour le Liban, confirmant que l’Iran a soutenu et continuera de soutenir le Hezbollah et l’Axe de la Résistance», a-t-il dit.
Le responsable iranien a poursuivi en soulignant que « le Hezbollah a, à plusieurs reprises, été un soutien et un sauveur pour le peuple libanais, en mettant fin aux violations commises par l’occupation sioniste », et a insisté sur le fait que « la brutalité de cette entité, ses assassinats et l’appropriation de terres étrangères » rendent « la présence du Hezbollah aujourd’hui plus nécessaire pour le Liban que l’eau et le pain ». M. Velayati a conclu en soutenant que « les positions et déclarations des responsables libanais montrent que le gouvernement libanais a compris ce fait, tout comme il a pris conscience de la fausseté des affirmations de Netanyahu ».
« Aucun droit d'intervenir »
Le premier à réagir à ces propos, Samir Geagea a écrit sur X : « Khamenei et son cher conseiller, si seulement vous vous préoccupiez des affaires et des préoccupations du peuple iranien, cela serait mieux pour nous tous. Le Liban est un État indépendant avec sa propre Constitution, gouverné par une autorité libanaise élue démocratiquement par le peuple, et vous n’avez aucun droit d’intervenir dans ses affaires ».
De son côté, le ministre libanais des Affaires étrangères s’est adressé à son homologue iranien, Abbas Araghchi, sur X : « Cher ministre iranien, j’aurais vraiment aimé croire ce que vous dites sur le fait que l’Iran n’interfère pas dans les affaires intérieures du Liban, jusqu’à ce que le conseiller de votre Guide suprême apparaisse pour nous dire ce qui est important au Liban et nous avertir des conséquences du désarmement du Hezbollah ».
« Ce qui est plus important pour nous que l’eau et le pain, c’est notre souveraineté, notre liberté et l’indépendance de nos décisions internes, loin des slogans idéologiques et des contextes régionaux transfrontaliers qui ont détruit notre pays et continuent de nous entraîner vers la ruine », a ajouté M. Raggi.
Vendredi dernier, M. Araghchi a invité Joe Raggi à se rendre à Téhéran et a déclaré être prêt à visiter Beyrouth s’il reçoit une invitation officielle. Il a précisé que l’Iran « accueille tout dialogue visant à renforcer les relations » avec le Liban et que Téhéran n’interfère pas dans ses affaires intérieures. Le ministre iranien répondait aux propos de M. Raggi qui avait déclaré la veille : « Je demande à Araghchi : rencontrons-nous dans un pays neutre, négocions, mettons tous les sujets sur la table et j’espère que nous trouverons une solution ».
« L’heure de la vérité a sonné pour le Hezbollah »
Le député Pierre Bou Assi, membre du bloc « La République forte » (FL), a écrit sur la plateforme X : « Une bonne nouvelle pour les 75 % de Libanais qui vivent sous le seuil de pauvreté : Ali Akbar Velayati nous a rassurés en affirmant que la présence du Hezb est désormais pour le Liban plus importante que le pain et l’eau… Dieu merci ! ».
« Le Liban n’est ni une extension de l’Iran, ni une plateforme pour exécuter les illusions d’un régime qui épuise son propre peuple avant de s’ingérer dans les affaires des autres, a de son côté écrit le député Fouad Makhzoumi (indépendant sunnite). Que ceux qui, à Téhéran, distribuent des leçons au-delà de leurs frontières commencent par traiter l’effondrement dans leur propre pays et accorder à leur population ses droits, avant de prétendre décider du sort des Libanais. La souveraineté du Liban n’est pas un sujet de négociation ». « Au Hezbollah, nous disons clairement : l’heure de la vérité a sonné, a-t-il ajouté. Le Liban ne peut pas (...) connaître la stabilité tant que vous restez liés à des décisions qui viennent de l’étranger. Remettez vos armes à l’État libanais et soyez un parti libanais, non une milice affiliée : telle est votre responsabilité envers la patrie et envers l’Histoire ».
Les craintes d’une nouvelle escalade israélienne contre le Hezbollah s’intensifient au Liban, en particulier après la frappe dans la banlieue sud de Beyrouth. Mercredi, le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, a déclaré que l’armée israélienne «interviendra avec force» au Liban si le Hezbollah n’est pas désarmé « d’ici la fin de l’année ».


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