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La neige a fondu sur Gaza


Accord de cessez-le-feu, échange d’otages israéliens et de « prisonniers » palestiniens, de dépouilles mortelles des deux bords et tout reste à faire. Donald Trump, principal artisan de l’arrêt de cette guerre qui n’a que trop duré, se réjouit de voir les gens rentrer « chez eux ». « Peace in the Middle East » : Les mots riment, résonnent joliment à son oreille. Ils ricochent, passent d’une joue à l’autre, comme un bonbon. Il tient une punch line, un argument marketing qu’il s’est promis de placer dans son discours de charme à Charm el Cheikh. « Gaza rasé », ça s’allitère aussi, mais ça ne joue pas la même musique.

Les gens (les Palestiniens) rentrent chez eux, en effet. On les a vus reprendre à rebours, du sud au nord, la longue route côtière al-Rachid, la corniche de Gaza, certains à pied, d’autres se relayant sur des brouettes ou à vélo, les plus chanceux sur le dos d’un camion. En deux ans, ils l’ont parcourue tant de fois, cette route dans tous les sens, au rythme des ordres d’évacuation israéliens. Tant parmi eux sont morts écrasés par les aides alimentaires parachutées sur le sable qui la borde ou carrément dans la mer. D’autres étaient tués à bout portant, en se bousculant autour des rares livraisons d’aides ou en pleine évacuation. Mais – comment ne pas s’en réjouir ? – ils rentrent chez eux. Reste-t-il à Gaza deux pierres alignées ? Une habitation épargnée par les bombardements en tapis ou les assauts de drones pilotés par l’IA qui avait droit de vie et de mort ? Le monde entier sait que Gaza est aplatie. Que dans sa vaste désolation, il ne reste pas un seul coin habitable. Et qu’en tous cas rien n’y est propice à la vie. On ne parle même pas d’une vie décente.

Sur les dizaines de milliers de morts, de blessés, de handicapés à vie et le nombre énorme d’enfants dans ce triste lot, seuls 17 % étaient des combattants. Cela laisse pour la part des anges 83 % de civils. « La neige a fondu et le pâturage est apparu », dit un dicton de chez nous qui donne à voir sous l’effacement du blanc manteau la boue et la gadoue du dégel. Sous la guerre, tout se fige, on ne compte rien, on n’a ni le temps de faire son deuil ni celui de déplorer ce qu’on a perdu. On est dans un mode de survie haletant. Ce sont choses que nous ne connaissons que trop sous nos cieux tourmentés.

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Qui de nous n’a pas, un jour ou l’autre, souhaité que la guerre se prolonge tant la réalité de l’après semblait difficile à affronter ? L’après de Gaza est insoutenable. On ne peut pas regarder l’ampleur de ce désastre sans avoir les larmes aux yeux. Par où commencer ? Comment vivre sans ceux qui sont partis. Comment dormir quand l’horreur attend le sommeil pour ressurgir : les brûlés vifs, les agonisants en leurs dernières prières remuant leur faible index pour se remettre à Dieu, les bébés faméliques avalant l’air comme une ultime nourriture. Des fantômes défilent avec des douleurs qui dépassent l’imagination. Trump avait jeté sur la salle de conférences un regard circulaire, annonçant les donateurs présents, les obligeant sans les remercier.

Même si les pétrodollars tombent en pluie sur la langue de terre assoiffée, combien de temps faudra-t-il pour la remettre sur pied, pour qu’une vie tant soit peu normale s’y développe ? Que fera la population entre-temps ? Ressasser sa souffrance ? Attendre la becquée des aides internationales ? Comment et à quelles conditions les Gazaouis pourront-ils reconstruire leurs villes perdues ? Leur donnera-t-on du béton et du fer ? Seront-ils autorisés à rebâtir sur les lopins démolis ? Leur imposera-t-on d’autres quartiers, des lieux où ils seront obligés à se confiner, à rester invisibles pour laisser prospérer, en lieu et place de leurs modestes souvenirs de bonheur, parties de foot sur la plage, maïs grillé le long de la promenade du soir, le complexe touristique rêvé par l’artisan de leur paix ? Se haïr les uns les autres tant ils ne sont plus capables de s’aimer eux-mêmes ? Se défouler en exécutions sommaires et chasse aux délateurs, aux espions, aux sorcières, la rage au cœur ? C’est la guerre, vous dira-t-on. C’est moche une guerre, plus moche encore quand le camp le plus fort abuse de sa force et crée des situations inhumaines où les victimes elles-mêmes se chargent d’achever le travail. Paix sur Gaza. Paix et fraîcheur, dit-on en arabe. Fraîcheur dans les cœurs de Gaza.

Accord de cessez-le-feu, échange d’otages israéliens et de « prisonniers » palestiniens, de dépouilles mortelles des deux bords et tout reste à faire. Donald Trump, principal artisan de l’arrêt de cette guerre qui n’a que trop duré, se réjouit de voir les gens rentrer « chez eux ». « Peace in the Middle East » : Les mots riment, résonnent joliment à son oreille. Ils ricochent, passent d’une joue à l’autre, comme un bonbon. Il tient une punch line, un argument marketing qu’il s’est promis de placer dans son discours de charme à Charm el Cheikh. « Gaza rasé », ça s’allitère aussi, mais ça ne joue pas la même musique.Les gens (les Palestiniens) rentrent chez eux, en effet. On les a vus reprendre à rebours, du sud au nord, la longue route côtière al-Rachid, la corniche de Gaza, certains à pied,...
commentaires (2)

Tes mots comme d’habitude Fifi sont poignants de triste vérité. Le drame humain causé par d’autres « humains » qui ont tout perdu de leur humanité. Un drame qui se répète à chaque fois et dont la leçon n’est jamais hélas apprise. Merci de continuer à l’écrire. Et si bien!

Lara Nader

09 h 18, le 17 octobre 2025

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Commentaires (2)

  • Tes mots comme d’habitude Fifi sont poignants de triste vérité. Le drame humain causé par d’autres « humains » qui ont tout perdu de leur humanité. Un drame qui se répète à chaque fois et dont la leçon n’est jamais hélas apprise. Merci de continuer à l’écrire. Et si bien!

    Lara Nader

    09 h 18, le 17 octobre 2025

  • Comme d'habitude je lis avec plaisir ton édito

    Hind Faddoul FAUCON

    11 h 22, le 16 octobre 2025

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