Des personnes se rassemblent pour rendre hommage à leurs proches tués par Israël dans un cimetière de Jénine, en Cisjordanie occupée, tôt le 6 juin 2025, premier jour de l'Aïd al-Adha. AFP
Abir Ghazzawi a eu peu de temps pour se rendre sur les tombes de ses deux fils pour la fête musulmane de l'Adha avant que des soldats israéliens n'expulsent les visiteurs du cimetière à proximité du camp de réfugiés de Jénine, en Cisjordanie.
Depuis plusieurs mois, l'armée israélienne mène une opération dans le camp, contraignant Mme Ghazzawi et ses milliers d'autres habitants à quitter leurs maisons. Dans le cadre de cette opération dans le nord de la Cisjordanie, territoire occupé par Israël depuis 1967, l'armée à la recherche de combattants palestiniens a déployé des chars et fait évacuer trois camps de réfugiés, en leur interdisant d'y revenir.
Pour Mme Ghazzawi, les quelques précieuses minutes passées sur les tombes de ses fils sont tout de même une petite victoire. « Lors de la dernière fête (celle du Fitr, célébrée à la fin du ramadan en mars), ils nous ont attaqués. Ils nous ont même tiré dessus », se souvient-elle. « Mais à cet fête il n'y a pas eu de tirs, ils nous ont juste expulsés du cimetière à deux reprises », raconte à l'AFP cette femme de 48 ans. « Nous avons pu nous rendre sur nos terres, nettoyer les tombes et y verser de l'eau de rose et de l'eau de Cologne », dit-elle. Ses deux fils, Mohammad et Bassel, ont été tués en janvier 2024, dans leur chambre d'hôpital par des agents israéliens déguisés. Le Jihad islamique a affirmé après leur mort que les deux frères étaient des combattants de l'organisation palestinienne.
« Aucune tranquillité »
La fête de l'Adha (fête « du Sacrifice », en arabe), qui a débuté vendredi, est l'une des plus grandes du calendrier musulman. Selon la tradition musulmane, elle commémore le sacrifice que Ibrahim (Abraham pour les chrétiens et les juifs) s'apprêtait à faire en tuant son fils, avant que l'ange Gabriel n'intervienne et ne lui offre un mouton à sacrifier à la place.
Dans le cimetière du camp de Jénine, des femmes et des hommes ont apporté des fleurs pour les mettre sur les tombes de leurs proches décédés, certains s'asseyant aux côtés de leurs morts pour les commémorer, tout en nettoyant les pierres des mauvaises herbes et la poussière. Un véhicule blindé de transport de troupes arrive sur le site peu après, débarquant des soldats pour évacuer le cimetière. Les proches en deuil s'éloignent en silence, sans protester.
Mohammad Abou Hjab, 51 ans, s'est rendu au cimetière de l'autre côté de la ville pour se recueillir sur la tombe de son fils, tué en janvier par une frappe de l'armée israélienne qui a fait cinq autres morts. « Il n'y a pas de fête. J'ai perdu mon fils, comment cela peut-il être l'Aïd pour moi ? », dit-il en se tenant près des six petites pierres tombales de jeunes hommes décédés. L'armée israélienne avait alors déclaré avoir mené « une attaque dans la région de Jénine », sans autres précisions. « Il n'y a pas de responsabilité, pas de contrôle », déplore Abou Hjab : « L'une des victimes (de l'attaque) encore mineure, né en 2008, n'avait que 16 ans ». « J'ai encore trois autres enfants. Je vis 24 heures sur 24 sans aucune tranquillité d'esprit », dit-il en référence à la présence continue de l'armée israélienne à Jénine.
« Notre seul espoir »
Près de lui, des familles sont assises ou debout autour des tombes du cimetière du quartier oriental de Jénine, où elles sont venues après la prière matinale de l'Aïd dans la grande mosquée de la ville, toute proche. Plusieurs tombes estampillées « martyr » — un mot utilisé pour les civils et combattants palestiniens tués par Israël — sont décorées de photos de jeunes hommes tenant des armes. Mohammad Hazhouzi, 61 ans, a perdu un fils lors d'un raid militaire en novembre 2024. Il est également sans emploi depuis qu'Israël a cessé d'accorder des permis de travail aux habitants de Cisjordanie, après le déclenchement de la guerre dans la bande de Gaza. La Cisjordanie est séparée de Gaza par le territoire israélien.
Malgré la présence continue de l'armée à Jénine, M. Hazhouzi garde espoir. « Ils sont là depuis des mois, mais toute occupation finit par prendre fin, quelle que soit sa durée », dit-il. « Si Dieu le veut, nous atteindrons notre objectif d'établir notre Etat palestinien. C'est notre seul espoir », ajoute-t-il : « Soyez optimistes et les bonnes choses viendront ».

