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Bazar persan et sablier

C’est pour alléger l’effroyable pression militaire sur Gaza qu’au lendemain immédiat de l’opération Déluge d’al-Aqsa, le Hezbollah prenait l’initiative d’ouvrir un front de diversion et de soutien au Liban-Sud.


Bien peu concluant se sera avéré l’effort de soutien, puisque près d’un an plus tard, la bande de Gaza se trouve quasiment rayée de la carte. C’est en revanche la diversion qui a marché à fond, et même au-delà des attentes les plus sombres, la milice ayant bel et bien fini par détourner sur notre pays le gros de la furie meurtrière d’Israël. Plus de cinq cents morts, la plupart des civils, pour la seule et infernale journée de lundi, la Faucheuse n’oubliant pas de prélever au passage son quota d’enfants, l’exode massif des populations pourchassées jusque sur les routes : jamais en vérité la menace d’un Gaza libanais, inlassablement brandie par Tel-Aviv, n’aura été plus proche de la monstrueuse éventualité.


Prenant le relais de Hassan Nasrallah qui était allé jusqu’à appeler de ses vœux une invasion terrestre ennemie, le cheikh Naïm Kassem, numéro deux du Hezbollah, usait dimanche du même ton de défi pour exclure toute possibilité de retour à ses habitations de la population du Nord israélien. À peine quelques heures plus tard, c’est en nombres dix fois plus élevés que nos concitoyens du Sud fuyaient leurs demeures, s’en remettant, pour leur hébergement, à l’admirable solidarité propre à la société libanaise, toutes communautés et obédiences confondues.


Toujours est-il qu’en dépit de l’irrédentisme qu’il affiche, le Hezbollah se trouve en ce moment confronté à une véritable impasse stratégique. Seules deux options s’offrent à lui, l’une et l’autre amères, l’une et l’autre tributaires, en dernier ressort, du bon vouloir de l’Iran. La première, résolument suicidaire pour lui comme pour le Liban tout entier, est la poursuite, vaille que vaille, de la confrontation. Même décapitée au niveau de son commandement militaire, suite à la campagne d’assassinats menée par Israël ; même privée de tout système de communications efficient et inviolable, la milice reste certes capable d’atteindre en profondeur le territoire israélien. Mais le bras de fer, déjà inégal, se double désormais d’une angoissante course contre la montre.


Pour avoir quelque chance de percer la défense ennemie, c’est en denses salves que doivent être tirés en effet les missiles de précision qu’assure détenir, par dizaines de milliers, le Hezbollah. À la longue cependant, ce pourrait être la panne sèche assurée, par rupture de stock ; surtout si après avoir fini de détruire les entrepôts d’armes et de munitions, l’ennemi s’attaquait avec le même acharnement aux ateliers de mise à niveau et bases de lancement de ces engins, souvent aménagés sous terre. En attendant, c’est le commandant du système de missiles et de roquettes qui était éliminé dans la banlieue sud du Beyrouth, au deuxième jour du meurtrier blitz israélien.


Pour ce qui est de l’option numéro deux, elle s’appuie de manière plus pressante encore sur le facteur temps. Elle consisterait, pour le Hezbollah, à camper sur ses positions aussi longtemps que n’a pas fini de s’écouler le contenu du fatidique sablier, ce qui pourrait alors donner le signal d’un embrasement régional. Or il est clair que les patrons iraniens de la milice ne souhaitent pas trop en venir à de telles extrémités. Croulant sous les sanctions économiques, en quête de dialogue avec l’Occident, soucieuse de ne jeter dans l’arène que de la chair à canon libanaise, yéménite ou irakienne, la République islamique semble plutôt solliciter quelque solution négociée lui permettant un sortie de crise plus ou moins honorable. Resterait évidemment à savoir quel serait le lot du Liban si un tel bazar devait avoir lieu.


À l’ouverture hier de l’Assemblée générale des Nations unies, notre pays, triste privilège, a disputé la vedette à Gaza, à l’Ukraine et au Soudan. Le Liban est au bord du gouffre, a averti Antonio Guterres. Pour son chant du cygne, Joe Biden a mis en garde lui aussi contre une guerre généralisée sur notre sol, encore qu’il ait paru lier notre salut à un règlement de l’affaire de Gaza, sur lequel planche la diplomatie américaine. À ce propos et pour parachever le tableau, cette dernière interrogation, même si ce n’est que pour la forme : après mûre réflexion, le Premier ministre sortant a-t-il bien fait de se rendre en personne au Palais de verre pour y plaider la cause du Liban auprès des grands de ce monde, plutôt que de suivre la brûlante actualité sur place ?


En ces heures exceptionnellement graves, strictement anecdotique est hélas la portée du débat. Car à aucun moment nos dirigeants ne se seront clairement, officiellement, publiquement dissociés des aventures guerrières du Hezbollah. Tout au plus ont-ils pu arguer de leur totale impuissance, de leur pitoyable situation d’otages, à l’oreille des ambassadeurs étrangers.


Mais chut, mille fois chut, Excellences, c’était à titre strictement confidentiel…

Issa GORAIEB
igor@lorientlejour.com

C’est pour alléger l’effroyable pression militaire sur Gaza qu’au lendemain immédiat de l’opération Déluge d’al-Aqsa, le Hezbollah prenait l’initiative d’ouvrir un front de diversion et de soutien au Liban-Sud. Bien peu concluant se sera avéré l’effort de soutien, puisque près d’un an plus tard, la bande de Gaza se trouve quasiment rayée de la carte. C’est en revanche la diversion qui a marché à fond, et même au-delà des attentes les plus sombres, la milice ayant bel et bien fini par détourner sur notre pays le gros de la furie meurtrière d’Israël. Plus de cinq cents morts, la plupart des civils, pour la seule et infernale journée de lundi, la Faucheuse n’oubliant pas de prélever au passage son quota d’enfants, l’exode massif des populations pourchassées jusque sur les routes : jamais en...