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La manière de le dire


En cette ère marquée par l’impitoyable tyrannie de la communication, les surprises, qu’elles soient bonnes ou mauvaises, ne manquent guère, ces derniers temps. Ne sautez pas au plafond en lisant, mais c’est bien du Hezbollah (une fois n’est pas coutume) que nous viennent inopinément celles qu’avec beaucoup de bonne volonté, on pourrait classer dans la première catégorie.

Fort de son leadership politico-religieux – mais aussi de son indéniable charisme –, Hassan Nasrallah ne s’encombre pas trop souvent de ce nécessaire ingrédient de toute rhétorique qu’est le simple sens commun. De reconnaître, contre toute attente, son erreur d’évaluation qui avait causé la coûteuse guerre de 2006 ne lui a d’ailleurs valu qu’un surcroît d’adulation parmi ses partisans, déjà captivés, il est vrai, par la fiction de la divine victoire face à Israël. C’est le même Nasrallah pourtant qui, lors de sa toute dernière apparition télévisée, prétendait rassurer l’intégralité de la population libanaise en affirmant que si le Hamas palestinien acceptait un cessez-le-feu à Gaza, le Hezbollah ferait de même, séance tenante. Cela sans l’ombre d’une discussion, renchérissait-il, du moment que le front de diversion qu’il a ouvert au Liban-Sud n’avait d’autre objet que d’alléger la pression militaire sur les assiégés de Gaza. En dépit des progrès dans les négociations annoncées par les Américains, ce n’est pas encore le calme garanti à notre frontière, mais c’est toujours ça. Et c’est déjà bon à prendre !

Non moins notable est cependant l’intervention, sur la chaîne américaine CNN, du député Hezbollah Ibrahim Moussaoui. S’exprimant fort correctement en anglais, cet ancien journaliste a exclu l’éventualité d’une conflagration générale et démonté l’argumentaire israélien, au point de paraître impressionner son intervieweuse, la célèbre et redoutable Christiane Amanpour. Mieux encore, il l’a fait sans le secours du moindre charisme, sans hausser le ton ni brandir un doigt vengeur. Contestés au Liban même comme ailleurs dans le monde, les chefs du Hezbollah feraient bien de méditer sur les prodiges de la logique quand elle est adroitement maniée : quand ne viennent pas l’altérer les bravades, canulars et autres outrances oratoires …

À l’autre bout de l’univers cathodique, le sommet de l’OTAN réuni à Washington s’est bien terminé pour l’Ukraine, mais pas trop pour l’hôte de cette mégaconférence, Joe Biden. Kiev obtient des avions F-16, des systèmes de défense antiaérienne et une enveloppe de 40 milliards d’euros. Mais même s’il a bénéficié de la charitable et néanmoins inquiète indulgence de sa trentaine d’invités, le président des États-Unis, cruellement mis en observation par les caméras, a encore multiplié les gaffes, et non les moindres. Présentant Volodymyr Zelenski à l’auditoire, c’est le président Poutine qu’il annonce, avant de se rattraper. Évoquant peu après sa coéquipière Kamala Harris, c’est le vice-président Trump qu’il nomme. À l’impitoyable épreuve des médias s’ajoute d’ailleurs la fronde chaque jour plus grondante qui secoue le Parti démocrate, et un retrait de la candidature Biden n’est plus désormais une vue de l’esprit.

Cela dit, il est sur terre des dirigeants plus chanceux et qui échappent, apparemment indemnes, à la sadique loi de la communication. Leur secret ? Ils se gardent précisément de communiquer, surtout avec le peuple dont ils ont la charge. On aura aisément reconnu ces responsables libanais que l’on jurerait absents, quasiment non concernés, par la guerre qui depuis neuf mois ravage le sud du pays. Oh, il leur arrive bien de déposer des plaintes contre Israël à l’ONU ; mais motus, bien évidemment, sur cette incroyable anomalie qu’est une aventure militaire unilatéralement décidée par la milice sans l’accord exprès ou tacite des autorités politiques et militaires.

Ces dirigeants n’ont pas grand-chose à craindre : on ne coupe pas la langue à un muet.

Issa GORAIEB

igor@lorientlejour.com

En cette ère marquée par l’impitoyable tyrannie de la communication, les surprises, qu’elles soient bonnes ou mauvaises, ne manquent guère, ces derniers temps. Ne sautez pas au plafond en lisant, mais c’est bien du Hezbollah (une fois n’est pas coutume) que nous viennent inopinément celles qu’avec beaucoup de bonne volonté, on pourrait classer dans la première catégorie.Fort de son leadership politico-religieux – mais aussi de son indéniable charisme –, Hassan Nasrallah ne s’encombre pas trop souvent de ce nécessaire ingrédient de toute rhétorique qu’est le simple sens commun. De reconnaître, contre toute attente, son erreur d’évaluation qui avait causé la coûteuse guerre de 2006 ne lui a d’ailleurs valu qu’un surcroît d’adulation parmi ses partisans, déjà captivés, il est vrai, par la fiction...