Le siège d'Électricité du Liban à Beyrouth. Photo Philippe Hage Boutros
Le ministre libanais sortant de l'Énergie Walid Fayad a annoncé mercredi soir que l'Irak a donné son feu vert pour approvisionner le Liban en carburant, alors que ses deux centrales encore opérationnelles ont suspendu ou rationné leur production, à la suite d'un imbroglio financier portant sur l'achat de carburant.
Le risque d'un black-out planait sur le pays après la cessation des activités de la centrale de Deir Ammar le 6 juillet et la suspension partielle de celle de Zahrani, le lendemain. Electricité du Liban (EDL) avait motivé sa décision par des « différends financiers impliquant les gouvernements libanais et irakien ainsi que la Banque du Liban (BDL) » qui l'ont empêché de décharger deux navires se trouvant dans les eaux territoriales libanaises depuis plusieurs jours et contenant 30 000 tonnes de carburant chacun. Mais le ministre sortant de l’Énergie et de l’Eau Walid Fayad a indiqué à notre publication qu'il « s’agit d’un problème législatif et légal, et non pas financier », en référence à l’absence de loi qui officialise le mécanisme d'échange de fuel mis en place durant l’été 2021 entre le Liban et l’Irak.
Éviter le black-out
Dans un communiqué publié mercredi soir, M. Fayad a indiqué avoir « reçu un appel du directeur général de la compagnie pétrolière irakienne SOMO et du ministère irakien du Pétrole, l'informant que le Premier ministre irakien Mohammad Chia al-Soudani avait donné son accord pour charger le navire de carburant (bloqué en Irak) en solidarité avec le Liban, ce qui permettra le déchargement de deux cargaisons de fuel oil dans les centrales de Zahrani et de Deir Ammar ».
Selon lui, cette décision intervient après des interventions du Premier ministre libanais sortant Nagib Mikati et de M. Fayad auprès de plusieurs parties, dont le ministre irakien du Pétrole, la présidence irakienne et l'ambassade irakienne au Liban afin d'éviter que le pays « ne sombre dans l'obscurité totale ».Walid Fayad a enfin rappelé que l'accord conclu en 2021 entre le Liban et l'Irak était « basé sur la relation de confiance qu'il a construite avec son homologue irakien et qui se reflète dans la relation avec le gouvernement irakien ».
En fonction de cet accord, le Liban obtient du fuel oil produit mais qui est non utilisable par les centrales d'EDL, qu'il échange ensuite, à travers un mécanisme d’appel d’offres, contre d’autres types de carburants compatibles avec les installations libanaises. En contrepartie, le ministère des Finances dépose dans un compte à la BDL la somme équivalente aux quantités fournies, de sorte que les autorités irakiennes dépensent ces sommes exclusivement au Liban en contrepartie de services, dont la nature n'a pas été précisée.
M. Fayad a affirmé à L'Orient-Le Jour mercredi que le Liban avait demandé à la société Sahara Energy, qui a remporté le dernier appel d’offres, de livrer la cargaison destinée à EDL en même temps qu’elle réceptionne la sienne en Irak dans un de ses navires qui attend là-bas. Les autorités irakiennes avaient toutefois « bloqué ce mécanisme », car le Liban « ne transfère plus les sommes dues à l'Irak depuis plusieurs mois », a-t-il souligné.
« Aucune base légale » selon Manssouri
Le gouverneur par intérim de la Banque du Liban (BDL), Wassim Manssouri, a affirmé de son côté jeudi que la BDL « n'a rien à voir » avec le problème d'approvisionnement actuel. « EDL a la capacité de retirer entièrement son argent déposé à la banque centrale sans aucune restriction, et il en va de même pour le ministère de l'Énergie. Mais le problème est que ni EDL ni le ministère ne possèdent les fonds qu'ils veulent dépenser pour acheter le fuel irakien », a-t-il justifié dans des propos accordés à la chaîne locale al-Jadeed.
« L'autre problème est que le contrat passé avec l'Irak pour l'importation du fuel a expiré il y a longtemps. Donc l'endettement décidé aujourd'hui envers l'Irak pour importer du carburant n'a aucune base légale », a ajouté M. Manssouri, insistant sur le fait qu'une loi adoptée au Parlement est nécessaire pour ce genre de décision. Il a également affirmé qu'aucun crédit n'est prévu dans le budget 2024 pour payer cette dépense. « La BDL n'a rien à avoir avec ce qui se passe aujourd'hui, car le gouvernement est seul décisionnaire », a-t-il asséné.
En manque de liquidités, le Liban s’est engagé à payer les sommes dues à l’Irak via un circuit bien défini : le ministère des Finances dépose dans un compte à la BDL la somme équivalente aux quantités fournies, de sorte que les autorités irakiennes dépensent ces sommes exclusivement au Liban en contrepartie de services, dont la nature n'a pas été précisée.



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05 h 07, le 12 juillet 2024