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Économie - Énergie

Nouvelles centrales : le pari gazier du Liban déjà compromis par un marché mondial bouleversé

La forte demande d’électricité liée au boom de l’IA a ajouté coûts et retards à la relance d’un secteur en panne depuis des décennies.

Nouvelles centrales : le pari gazier du Liban déjà compromis par un marché mondial bouleversé

Une turbine à gaz. Photo utilisée avec l'autorisation de GE Vernova.

Longtemps attendu, le choix du Liban de miser sur le gaz pour compenser une partie de son retard structurel est-il déjà compromis par les nouvelles réalités du marché ? Dans le cadre de son plan de modernisation du secteur, le ministre de l’Énergie, Joe Saddi, avait indiqué en mai que l’une des solutions envisagées pour remédier au déficit chronique d’électricité serait de construire deux nouvelles centrales au gaz, pour un coût total estimé à environ 2 milliards de dollars. Un projet portant sur la construction de l’une de ces centrales (Deir Ammar II), qui devrait produire quelque 875 MW, est déjà à l’étude dans le cadre d’un projet structuré avec la Société financière internationale (SFI), membre du groupe de la Banque mondiale.

Une capacité supplémentaire bienvenue après des années de palliatifs, mais d’ores et déjà insuffisante pour assurer une fourniture 24h/24 et répondre à une demande d’environ 3 000 MW. Le Liban dispose de sept centrales électriques et d’environ 1 500 MW de capacité effective, mais seules celles de Deir Ammar et de Zahrani qui peuvent fonctionner aussi bien au fioul qu’au gaz sont actuellement en service. Leur capacité combinée avoisine 900 MW, mais le coût élevé du combustible limite la production réelle à environ 500 MW. Discutée depuis deux décennies, la transition vers le gaz offre une solution relativement moins coûteuse et polluante que le fioul, mais s’est heurtée jusque-là à des obstacles politiques et de financement empêchant leur mise en œuvre. Au-delà des nouvelles centrales au gaz, le plan gouvernemental prévoit, entre autres, le développement, par des producteurs privés, de jusqu’à 350 MW de capacités photovoltaïques supplémentaires, accompagnées de systèmes de stockage d’une capacité globale de 1 000 MWh.

Or désormais, ce pari gazier du Liban se heurte à un autre type d’obstacle, qui dépasse largement les frontières libanaises : la pénurie mondiale de turbines à gaz, pièces maîtresses de ce type de centrales. Conséquence : une facture potentiellement bien plus élevée pour un secteur structurellement déficitaire. « Dans le marché actuel, le Liban pourrait devoir débourser jusqu’à 6 milliards de dollars », estime par exemple l’expert financier Mike Azar, qui conseille des agences gouvernementales en matière de financement de transition énergétique.

« Une concurrence à la fois sur les prix et les délais »

« Nous observons une demande mondiale sans précédent pour les turbines à gaz, portée simultanément par plusieurs facteurs. En conséquence, les délais se sont allongés sur l’ensemble du marché », indique à L’Orient-Le Jour Hussein Shoukry, directeur général de Siemens Energy pour le Moyen-Orient et l’Afrique. Au premier rang de ces facteurs, « la croissance rapide des centres de données liés à l’intelligence artificielle au cours des deux dernières années, principalement aux États-Unis », détaille Mike Azar. Cette ruée a créé de longues files d’attente auprès des entreprises capables de fabriquer ces turbines, notamment Siemens Energy, GE Vernova et Mitsubishi. « Les délais de livraison, qui étaient autrefois d’un ou deux ans, peuvent désormais atteindre six ans ou davantage », pousuit l’expert à la mi-2026, GE Vernova a indiqué à L’Orient-Le Jour que « l’entreprise (était), dans les faits, entièrement réservée jusqu’en 2030 et conclut actuellement des contrats pour 2031. Une nouvelle commande passée aujourd’hui viserait probablement une livraison en 2031 ou au-delà ». Interrogé, Hussein Shoukry a également fait état d’un allongement des délais de livraison à Siemens Energy, sans toutefois être en mesure d’en préciser la durée.

D’autant que les entreprises technologiques sont prêtes à payer une prime importante pour disposer rapidement d’une alimentation fiable, obligeant le secteur énergétique à surenchérir. « La concurrence porterait à la fois sur les prix et sur les délais, insiste Mike Azar. L’idée selon laquelle le Liban pourrait construire deux centrales au gaz pour deux milliards de dollars au cours des prochaines années ne correspond plus à la réalité. » GE Vernova et Siemens n’ont pas confirmé de hausse précise des prix des turbines, les coûts variant selon les projets.

Joe Saddi a indiqué à L’Orient-Le Jour que l’impact de la pénurie de turbines dépendra du développeur retenu. « S’il s’agit d’une entreprise qui a déjà réservé des turbines, cela pourrait aller plus vite », explique-t-il. Dans le cas contraire, le développeur devra entrer dans la file d’attente. Le ministre a toutefois estimé que l’IFC serait mieux placée pour commenter cette question. Contactée, l’IFC n’a pas souhaité commenter. « Les développeurs qui ont déjà sécurisé des créneaux de fabrication de turbines factureront une prime encore plus importante », conteste de son côté Mike Azar.

Un retard qui coûte cher

Il reste que ce facteur conjoncturel résulte en grande partie des décennies de retard accumulées par le secteur. Si le processus avait été lancé en 2022, la situation aurait pu être différente pour le Liban. « Nous aurions obtenu les turbines plus rapidement », souligne ainsi Marc Ayoub, chercheur en politique énergétique à l’Institut Issam Farès. « Nous avons trente ans de retard dans les réformes », abonde l’experte en énergie Jessica Obeid, estimant que des décennies d’absence de planification ont laissé le pays dans la position de devoir construire au pire moment possible. Alors que l’État et EDL sont tous deux, dans les faits, en faillite, les investisseurs privés seront selon elle peu enclins à financer de nouvelles centrales.

Dans ce contexte, après des années de retard, le Liban ne peut plus compter sur le seul scénario des nouvelles centrales au gaz pour combler rapidement son déficit de production. Dans ce contexte, certains experts suggèrent de se concentrer, dans l’intervalle, s’appuyer sur des solutions transitoires. « Il faut exploiter plus efficacement les centrales existantes, se connecter aux nouvelles infrastructures énergétiques en Syrie et en Irak afin d’améliorer son approvisionnement en combustible, et accélérer le développement des énergies renouvelables à grande échelle, estime Marc Ayoub.

Longtemps attendu, le choix du Liban de miser sur le gaz pour compenser une partie de son retard structurel est-il déjà compromis par les nouvelles réalités du marché ? Dans le cadre de son plan de modernisation du secteur, le ministre de l’Énergie, Joe Saddi, avait indiqué en mai que l’une des solutions envisagées pour remédier au déficit chronique d’électricité serait de construire deux nouvelles centrales au gaz, pour un coût total estimé à environ 2 milliards de dollars. Un projet portant sur la construction de l’une de ces centrales (Deir Ammar II), qui devrait produire quelque 875 MW, est déjà à l’étude dans le cadre d’un projet structuré avec la Société financière internationale (SFI), membre du groupe de la Banque mondiale.Une capacité supplémentaire bienvenue après des années de palliatifs,...
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