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Économie - Éclairage

Le dossier des relations entre Optimum Invest et la BDL revient dans le débat public

Dans un article publié cette semaine, le quotidien Nida’ el-Watan fait état d’un « rapport préparé par le cabinet d’audit juricomptable international Kroll sur les opérations entre la BDL et Optimum Invest. »

Le dossier des relations entre Optimum Invest et la BDL revient dans le débat public

Une des entrées secondaires de la Banque du Liban, à Beyrouth. Photo P.H.B.

Depuis quelques jours, l’affaire des transactions suspectes réalisées par la Banque du Liban (BDL) durant les mandats de son ancien gouverneur Riad Salamé à travers des sociétés financières recommence à faire parler d’elle. L’ancien patron de la banque centrale a achevé son dernier mandat à la tête de l’institution fin juillet 2023, après 30 années passés à son poste, et est visé par plusieurs enquêtes, dont certaines lancées en Europe pour des infractions financières dont il se défend.

Dans un article publié cette semaine, le quotidien Nida’ el-Watan fait état d’un « rapport préparé par le cabinet d’audit juricomptable international Kroll sur les opérations entre la BDL et Optimum Invest (OI), qui a été (récemment) divulgué à des médias européens et à des autorités compétentes pour enquêter » sur ce type de dossier.

Ce rapport a été commandé par OI à Kroll après que la société financière basée à Beyrouth a été mise en cause pour deux opérations suspectes dans le rapport commandé par l’État libanais à un autre cabinet d’audit international, Alvarez & Marsal (A&M), mandaté cette fois par le gouvernement libanais.

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Cette opération, qui a démarré en septembre 2023, s’apparente à une enquête en profondeur remontant à l’origine de toutes les transactions l’impliquant sur une période donnée s’étendant de 2014 à 2022, selon les détails fournis par OI dans un communiqué publié sur son site internet. Elle vise à écarter tout responsabilité de la société financière dans les transactions litigieuses qu’elle a exécutées pour le compte de la BDL. Kroll, qui est un cabinet d’audit spécialisé dans les audits juricomptables, avait été le premier choix du gouvernement libanais pour l’audit des comptes de la BDL, avant que sa candidature ne soit écartée pour des raisons pouvant être sujettes à débat en 2020. Le rapport d’A&M est quant à lui lacunaire, la BDL ayant refusé de fournir tous les éléments demandés à l’époque de la réalisation de l’audit. Selon une source bien au fait du dossier, il est assez probable que OI ait mandaté Kroll « de bonne foi ».

Ce que dit OI

L’audit de Kroll commandé par OI a plus particulièrement ciblé plusieurs types de transactions menées entre la BDL et OI, dont des transactions adossées (back-to-back transactions, soit des transactions de vente et d’achat légalement distinctes, mais économiquement liées) ou encore des Repos (contraction de l’expression Repurchase Agreements, en anglais, accords entre deux parties dans lesquels l’une vend des titres à l’autre avec l’engagement de les racheter à une date ultérieure à un prix convenu).

Toujours selon OI, Kroll a remis ses conclusions le 13 novembre 2023, soulignant que les deux transactions concernées avaient été commanditées par la BDL et répondaient à une « décision stratégique de son conseil central. « OI a exécuté ces transactions conformément aux instructions détaillées transmises par écrit sur la base d’accords conclus transaction par transactions via un contrat rédigé en bonne et due forme par la BDL », écrit encore la société.

Il s’agit en principe des opérations d’ingénierie financière identifiées dans le rapport d’Alvarez & Marsal. Selon le cabinet, elles ont été effectuées par la BDL via OI, avec le but explicite de « créer des commissions à verser à des tiers ». Les conclusions d’A&M ont été mises en exergue dans un rapport publié au courant de l’hiver par Toufic Gaspard, économiste et ancien collaborateur de la BDL dans les années 1980. La BDL a mené en 2015-2016 au moins deux opérations qui consistaient à vendre à OI des bons du Trésor en livres libanaises puis à les racheter immédiatement pour une prime totale de 36 millions de dollars. Ces transactions ont été effectuées bien avant que OI ne soit racheté par Libank (Levant Investment Bank) en 2020.

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En se basant sur les conclusions de l’audit mené par Kroll, OI indique avoir encaissé des frais de courtage « négligeables » pour chacune des transactions, évoquant un total de 11 695 dollars, dont 7 963 pour celle enregistrée en décembre 2015 et 3 732 pour celle de juin 2016. La société fait valoir que ces montants étaient « sans importance » par rapport aux « volumes échangés » et étaient même inférieurs aux frais habituellement pratiqués pour des opérations comparables. « OI n’avait pas de compétence légale ou contractuelle pour enquêter ou être informée de l’utilisation du produit de ces transactions commandées par la BDL », se défend encore la société. Elle ajoute que Kroll n’a constaté aucun acte répréhensible de sa part au moment d’exécuter ces deux transactions.

Ce que dit « Nida’ el Watan »

Nous avons contacté OI, qui nous a invités à effectuer une demande en bonne et due forme pour tenter d’obtenir une copie du rapport. Nida’ el Watan, qui affirme avoir pu la consulter, indique que ce rapport dévoilerait l’existence de 45 opérations au lieu des deux relevées par A&M.

Il ajoute que ces opérations ou transactions auraient été conclues avec deux signatures, Riad Salamé pour la BDL et Antoine Salamé, un proche de l’ancien gouverneur, pour OI. Elles auraient aussi été approuvée par Pierre Kanaan, qui a dirigé le département des affaires juridiques à la BDL. 

Le quotidien poursuit en indiquant que l’audit aurait plus particulièrement porté sur des opérations qui ont eu lieu entre 2015 et 2018, et a révélé que des commissions sont versées à des tiers dont Optimum affirme ne rien savoir. Il confirme que les opérations ont été réalisées sur instructions directes de la BDL, comme le souligne OI.

Nida’ el Watan poursuit en affirmant que « la BDL avait l’habitude d’accorder des lignes de crédit à la société pour acheter des titres et des instruments financiers (bons du Trésor, certificats de dépôt...) et de les lui racheter plus tard à des prix différents ». Le mécanisme est prévu par l’article 102 du code de la monnaie et du crédit qui dispose que « la BDL peut accorder des prêts en compte courant sous forme de crédits d’ouverture pour une période de douze mois, renouvelable en cas de nécessité pour une fois, à condition qu’ils soient garantis par des obligations commerciales dont l’échéance n’excède pas un an, de l’or, des devises ou des bons de valeur ».

Le même article indique que « le Conseil central peut, dans des circonstances exceptionnellement graves ou dans des cas d’extrême nécessité pouvant l’obliger à répondre aux besoins urgents de l’économie pour maintenir la stabilité des prêts », déroger aux règles de base qui encadrent l’octroi de ces prêts.

Enfin, parmi les autres points saillants relevés par Nida’ el Watan, figure le fait que « le pourcentage de commissions (résultant de différences de prix ou de primes) » sur les transactions relevées a varié « entre 25 et 239 %, pour une moyenne atteignant 100 % » ; et le fait que « le montant total des lignes de crédit identifiées par Kroll s’élève à environ 13 000 milliards de LL, soit environ 8,6 milliards de dollars à l’époque de l’ancienne parité officielle de 1 507,5 LL pour un dollar, tandis que les commissions s’élèvent à environ 12 000 milliards de LL (8 milliards de dollars) ».

Le quotidien considère que tous ces éléments laissent présumer de l’existence de soupçons sur la légitimité d’au moins une partie de ces opérations, mais sans établir clairement de lien.


Depuis quelques jours, l’affaire des transactions suspectes réalisées par la Banque du Liban (BDL) durant les mandats de son ancien gouverneur Riad Salamé à travers des sociétés financières recommence à faire parler d’elle. L’ancien patron de la banque centrale a achevé son dernier mandat à la tête de l’institution fin juillet 2023, après 30 années passés à son poste, et...
commentaires (1)

Tout le monde est au courant de ces magouilles qui ont coûté la ruine de notre pays et ont fait le bonheur des banques étrangères dont les gouvernants font mine de les ignorer. Hier encore les banques ont convoqué les déposants libanais qu’ils ont volé, pour les obliger à signer des contrats bidons qui protègent les voleurs en menaçant les déposants de confisquer leurs compte s’ils osaient refuser leurs deals. Où est la justice dans ce pays? Qui nous protège? Que va t-on devenir après avoir été dépouillés et maintenant menacés de mort à cause des corrompus au pouvoir et des mercenaires armés

Sissi zayyat

12 h 13, le 29 mars 2024

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Commentaires (1)

  • Tout le monde est au courant de ces magouilles qui ont coûté la ruine de notre pays et ont fait le bonheur des banques étrangères dont les gouvernants font mine de les ignorer. Hier encore les banques ont convoqué les déposants libanais qu’ils ont volé, pour les obliger à signer des contrats bidons qui protègent les voleurs en menaçant les déposants de confisquer leurs compte s’ils osaient refuser leurs deals. Où est la justice dans ce pays? Qui nous protège? Que va t-on devenir après avoir été dépouillés et maintenant menacés de mort à cause des corrompus au pouvoir et des mercenaires armés

    Sissi zayyat

    12 h 13, le 29 mars 2024

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