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Culture - Documentaire / Entretien

Un film comme une enquête à travers les arcanes du chant grégorien

« Le chant des origines, le manuscrit grégorien d’Islande » de Jacques Debs et Marie Arnaud, est diffusé sur France 3 ainsi que sur la plateforme france.tv*.

Un film comme une enquête à travers les arcanes du chant grégorien

« Le Chant des origines : le manuscrit grégorien d'Islande ». © 24 Images

Jacques Debs et Marie Arnaud sont deux réalisateurs à qui l’on doit de très grands documentaires, dont, en 2018, Monastères d’Europe, les témoins de l’invisible, une série de cinq heures diffusée sur Arte qui a profondément marqué les esprits. Ils reviennent aujourd’hui avec Le chant des origines, une exploration de la dimension spirituelle et culturelle de la civilisation européenne à travers le chant grégorien.


Quelle est la genèse de votre film ?

À partir du VIIe siècle, le chant grégorien a commencé à se propager à travers toute l’Europe (il tient son nom du pape Grégoire le Grand). Au IXe siècle, il est imposé par Charlemagne qui y voit un outil d’unification spirituelle et politique de l’Europe. Nous avons voulu, Marie et moi, à travers ce film montrer que ce patrimoine extraordinaire est à l’origine spirituelle du continent européen. À tel point qu’il est même arrivé jusqu’en Islande, qui au Moyen Âge représentait le bout du monde ! Le film est un voyage initiatique qui commence en France et finit en Islande, et dont le fil conducteur est le chant grégorien. 

« Le chant des origines : le manuscrit grégorien d’Islande ». Photo 24 Images

Par quel biais le chant grégorien est-il arrivé jusqu’en Islande ?

Au XIIe siècle, un prêtre islandais du nom de Thorlak Thorhallasson se rend à Paris, cœur spirituel, intellectuel et musical du monde de l’époque, pour y étudier. Il est initié au chant grégorien, et à son retour en Islande, il décide de diffuser ce genre musical. Cet homme fit tant de bien à son pays qu’il est considéré comme le saint patron de l’Islande et qu’il a été canonisé par Jean-Paul II. À son décès, en 1193, les moines de sa congrégation composent un cycle de chants en latin qu’ils lui dédient. Cette œuvre unique, qui avait été cachée pendant les guerres de religions puis transportée au Danemark, est restituée à l’Islande dans les années 1990.


Et c’est ce fascinant manuscrit qui est le sujet du film ?

Oui. Le manuscrit est apporté en France par Sverrir Gudjonsson, contre-ténor islandais de renommée mondiale, et étudié avec Philippe Lenoble, ancien chef de chœur de la cathédrale du Mans, avec la communauté bénédictine de l’abbaye de Fleury, qui a accueilli le projet avec une grande générosité. Avec les moines, la partition est décryptée et décodée grâce aux fameux « neumes », écriture musicale médiévale que seuls les spécialistes du chant grégorien connaissent. Philippe Lenoble initie l’Islandais aux mystères cachés de cette partition et, avec les moines, ils l’interprètent « à la française ». Le tout est expliqué avec une grande clarté devant la caméra, Marie et moi y tenions absolument, afin que le spectateur comprenne parfaitement et intériorise cet intense moment musical et spirituel.


La seconde partie du film se déroule dans une Islande aux paysages grandioses...

Fort de cette expérience musicale et spirituelle, Sverrir Gudjonsson va parcourir en un pèlerinage les lieux sacrés et magiques de son pays. Puis, avec son ensemble vocal masculin, Voces Thules, il interprète ce chant à Skallholt, en la première cathédrale d’Islande fondée par saint Thorlak. Ainsi, le spectateur pourra découvrir in situ ce chant qui nous vient des temps les plus anciens. Il était essentiel de raconter et de montrer combien la partition était imbriquée dans la nature islandaise. En Islande, la nature a un sens métaphysique, ce n’est pas seulement un paysage. Tout y est vivant, de la pierre à l’oiseau jusqu’à l’être humain. Nous voulions que le public islandais entende ces chants dans sa langue, dans une très belle traduction de ces poèmes du latin vers l’islandais que Sverrir a récités. À sa manière très forte.

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Ce grand artiste accompagne votre œuvre depuis un certain temps ?

Depuis 2004, il est toujours présent dans nos films. Soit devant la caméra, soit uniquement par la musique. C’est une amitié artistique qui perdure depuis une vingtaine d’années. Pour ce film, il était très émouvant de voir ce grand soliste international se fondre dans le chœur. Lui qui est une vedette a parfaitement intériorisé que le chant grégorien, justement, exige l’anonymat et l’humilité. Comme d’ailleurs l’art médiéval en général. Tout le chant grégorien est composé par des anonymes et toutes les cathédrales et basiliques ont été construites par des architectes que l’on ne connaît pas. Des personnes dévouées à l’art et à la foi.


Quel est le message de votre film ?

Il s’agit de rendre hommage à cette musique qui de notre point de vue est intemporelle et unifie l’art spirituel de l’Europe. Les fondements de la musique européenne prennent leur source chez les moines. Il est vrai que l’Europe est diverse du point de vue de sa politique, de ses langues, de ses mœurs ou de son histoire, mais ce qui l’unit, c’est sa religion dont le chant grégorien est l’expression la plus aboutie.


*Diffusé le jeudi 28 mars à 23h05, heure française (minuit à Beyrouth), sur France 3-Pays de la Loire et sur la plateforme france.tv

Jacques Debs et Marie Arnaud sont deux réalisateurs à qui l’on doit de très grands documentaires, dont, en 2018, Monastères d’Europe, les témoins de l’invisible, une série de cinq heures diffusée sur Arte qui a profondément marqué les esprits. Ils reviennent aujourd’hui avec Le chant des origines, une exploration de la dimension spirituelle et culturelle de la civilisation...
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