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Nos Lecteurs ont la Parole

Au centre de la mère...

Dans les plus profondes et les plus fondamentales de nos émotions, la mère nous ancre à la terre ainsi qu’à tout autre repère…

Qu’y a-t-il de plus vaste qu’une mère ouvrant ses bras pour envelopper notre fragilité ? Qu’y a-t-il de plus réconfortant qu’une mère berçant notre agitation pour l’apaiser ? Qu’y a-t-il de plus sécurisant qu’une mère guidant les aspirations de ses enfants qui s’aventurent pour réaliser leurs rêves ? La mère tisse le sens de notre existence à travers l’amour qui nous fait évoluer tout en nous enracinant dans la terre. Oui, la terre ! Car une mère est un repère en soi, transcendant les repères du temps et de l’espace, jusqu’à atteindre le degré de l’identification à une communauté, à un territoire et à une nation. En ces temps de conflits, de migrations et de déplacements, une trajectoire entre la mère et la terre doit se dessiner, rappelant à ceux qui cherchent activement leur ancre sur une terre qu’il ne s’agit d’autre que la recherche d’un substitut à la mère !

La relation avec la terre qui émane de la relation avec la mère est un concept assez nuancé dans l’analyse psychologique de la pensée humaine. Pour l’élucider, unissons la pensée de Blaise Pascal à celle de Viktor Frankl. Blaise Pascal a jadis proclamé : « Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne pas savoir demeurer en repos, dans une chambre. » Pascal souligne ainsi que lorsqu’une personne se trouve en repos, à l’abri des stimuli extérieurs, elle est confrontée à elle-même, à son existence, à son récit intérieur, de telle sorte que si cette personne ne s’accepte pas, elle ne pourra aimer, respecter et prendre soin des autres. La chambre, cet espace profond en nous, régissant notre réaction face à nos pensées, peut être bien plus qu’une simple réalité physique, elle peut aussi être un refuge psychique où nous nous retrouvons lorsque nous réfléchissons seuls à notre vie. C’est dans cette chambre intime que nous revenons très souvent pour nous embarquer dans un berceau qui nous ramène accompagnés des souvenirs de notre enfance vers un sommeil profond. Comme l’a souligné Viktor Frankl, « entre le stimulus et la réponse, il y a un espace. Dans cet espace, se trouve notre pouvoir de choisir notre réponse. Dans notre réponse, réside notre croissance et notre liberté ». C’est cet espace, forgé par l’ampleur de l’amour maternel, qui devrait accueillir une profusion d’affection, un océan d’émotions, un répertoire étendu de moments remarquables, un volume important de tendresse. Cet espace psychique ne peut que s’entrelacer avec le monde physique, l’endroit, le lieu, le centre, le repère, la terre... Avec le temps, tout attachement solide à la mère se transformera en un attachement solide à la terre. En fin de compte, entre la mère et la terre réside le début et la fin de la vie, tandis que tout ce qui les sépare n’est qu’un simple détail dans le cours de l’évolution de l’espèce humaine !

En cette journée précieuse de la fête des Mères, je pense à toutes les mères qui s’adonnent pour offrir à leurs enfants une identité et un point d’ancrage dans leur vie. Je pense aussi à ces mères qui parcourent ces lignes sans avoir encore tracé la trajectoire reliant leur amour à tout ce qui nous entoure. À toutes ces mères, il est essentiel de leur exprimer combien elles méritent bien plus qu’une simple célébration annuelle ! À ces sources d’amour qui ont façonné le monde, sachez que lors de chaque acte d’appartenance, de stabilité, de solidarité, de charité, de tendresse, de politesse et de générosité que nous effectuons sur terre, vous êtes incessamment honorées. Aux véritables héroïnes ayant sacrifié leur temps, leur santé et leur espace physique et psychique pour protéger leurs enfants du danger, de la maltraitance, de la dégradation, et qui ont tout donné à leurs enfants pour leur offrir un monde cohérent, une parcelle de terre qui les lie, une identité qui les protège, en somme, des repères ainsi qu’un sens à l’existence : joyeuse fête des Mères ! À toutes les mères qui ont enduré les épreuves de l’accouchement, insufflant la vie dans leurs enfants à chaque inspiration de fatigue et expiration d’espoir, sachez que vous êtes reconnues en tant qu’héroïnes. Lorsque vous avez veillé la nuit à la santé de vos enfants et consacré vos journées à leur bien-être, sachez que cela n’est pas passé inaperçu. Ayez confiance que lorsque vous vous êtes levées très tôt le matin et que vous vous êtes endormies tard le soir après avoir vérifié tous les aspects de vos multiples rôles, vous n’avez pas simplement agi ainsi sans récompense. Soyez assurées qu’à chaque fois que vous vous êtes privées de sommeil pour lire un conte à vos enfants et sacrifié du temps de votre repos pour accompagner vos petits, il ne s’agissait pas d’un acte dénué de valeur dans la vie sur Terre. Adhérez à la réalité que vous participez à la rédaction de l’histoire de l’humanité. Sachez qu’entre les lignes de l’histoire que nous lisons dans les livres, il y a les larmes, les sourires et les soupirs des mères de chacun des acteurs sur scène. Vous faites partie, par vos actions, de ce que la terre offre en amour rendant les êtres humains par leur style de vie marquée par la stabilité. Cette stabilité affective que vous offrez à vos enfants n’est pas uniquement destinée à eux, mais aussi à tous les enfants du monde et donc à l’humanité. Il s’agit d’un modèle de soins constituant le fondement de tous les repères qui se basent sur l’amour qui, une fois commencé entre les bras de la mère, ne se terminera jamais, même dans les entrailles de la Terre...

Rami BOU KHALIL, MD, PhD

Chef de service de psychiatrie

à l’Hôtel-Dieu de France

Professeur associé

à la faculté de médecine

de l’Université Saint-Joseph

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Dans les plus profondes et les plus fondamentales de nos émotions, la mère nous ancre à la terre ainsi qu’à tout autre repère… Qu’y a-t-il de plus vaste qu’une mère ouvrant ses bras pour envelopper notre fragilité ? Qu’y a-t-il de plus réconfortant qu’une mère berçant notre agitation pour l’apaiser ? Qu’y a-t-il de plus sécurisant qu’une mère guidant les aspirations...
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