Pendant que les députés votaient le budget de l’État libanais pour 2024 la semaine dernière, le département de recherches de Bank Audi publiait son nouveau rapport trimestriel sur l’économie libanaise couvrant le dernier quart de 2023 et présentant ses attentes pour 2024.
Élaboré sous la direction de l’économiste Marwan Barakat, le rapport constate que la guerre qui a éclaté dans la bande de Gaza le 7 octobre 2023 et ses répercussions au Liban-Sud ont bien anéanti les espoirs de croissance que nourrissait le pays après une saison estivale portée par les dépenses de la diaspora, venue en nombre.
Bank Audi estime ainsi que la croissance a été nulle, pour un PIB qui vivote un peu en-dessous de 20 milliards de dollars, selon une majorité d’estimations sur lesquelles il faut compter, en l’absence de comptes nationaux mis à jour.
Le rapport articule aussi ses prévisions pour 2024 en trois scénarios, une pratique désormais courante au sein des organisations qui scrutent l’économie libanaise, comme la Banque mondiale, l’ONU ou encore Standard & Poor’s. Ses auteurs soulignent que les « risques tangibles » liés aux contextes local et régional actuels pourront altérer ces scénarios théoriques dans un sens comme dans l’autre.
Bank Audi reconnaît en outre certains points positifs au budget 2024 voté vendredi dernier, comme le fait qu’il ait été adopté dans les délais ou qu’il n’anticipe pas de déficit. Le rapport souligne toutefois que les chiffres sur lesquels il se base sont « discutables », que les hausses d’impôts et de taxes prévues risquent de contracter l’économie à terme, et appelle enfin l’État à davantage rationaliser ses dépenses.
Scénario très optimiste
Le « scénario positif », qui a « 25 % de chances de se réaliser » selon la banque, dépend d’une série de facteurs extrêmement favorables : une fin rapide du conflit à Gaza entre le Hamas et Israël ; le déblocage de l’élection présidentielle au Liban au terme de presque un an et demi de vide ; la formation d’un « gouvernement efficace » pour remplacer l’actuel qui est démissionnaire depuis mai 2022 ; le lancement effectif des réformes identifiées par le Fonds monétaire international (FMI) pour redresser le pays au terme de plus de 4 ans de crise ; et enfin, la souscription rapide à un programme d’assistance financière fournie par le FMI qui devrait convaincre les donateurs et les investisseurs internationaux d’affluer vers le Liban.
Bank Audi pense que si ces conditions sont réunies, le Liban pourra afficher 7 % de croissance en 2024, un niveau très optimiste compte tenu de la situation actuelle. Le taux de change continuerait d’être stabilisé à son niveau actuel (en-dessous de 90 000 livres libanaises pour un dollar). Les réserves de la Banque du Liban (actuellement à moins de 9 milliards de dollars en excluant l’or et le portefeuille d’eurobonds) continueraient d’augmenter et le Liban pourrait même espérer afficher un excédent de 5 milliards de dollars sur sa balance des paiements – qui enregistre les transactions d'un pays avec le reste du monde, l’argent qui sort et celui qui entre.
Le rapport rappelle au passage que ce solde affiche un excédent de 1,6 milliard de dollars sur les 11 premiers mois de 2023, contre un déficit de 3,2 milliards sur l’ensemble de 2022, mais que ce résultat en apparence positif n’est que cosmétique et s’explique surtout par la modification, début février 2023, du taux de change employé pour calculer la valeur réelle des engagements des banques à l’étranger, et qui est donc passé de 1 507,5 livres à 15 000 livres pour un dollar.
Scénario catastrophe
Le « scénario négatif » simulé par les auteurs du rapport est diamétralement opposé au précédent et a aussi 25 % de chances de se produire. Il anticipe un embrasement de la situation au Liban-Sud entre le Hezbollah et Israël ; que le gouvernement reste démissionnaire ; que le pays n’élise pas de président ; que sa classe dirigeante ne lance pas de réformes et qu’elle ne conclue aucun accord avec le FMI.
Dans ce cas, le Liban pourrait s’attendre à voir son PIB plonger de 20 % ; l’inflation bondir à 400 % sur l’année (soit le double du niveau affiché fin 2023, selon les chiffres officiels) ; une fonte des réserves de la BDL qui ne s’élèveraient plus qu’à 3 milliards de dollars à la fin de l’année ; et un trou de 5 milliards supplémentaires se former dans la balance des paiements.
Scénario mi-figue, mi-raisin
Le scénario le plus probable pour Bank Audi, avec 50 % de chances de réalisation, se base sur une situation intermédiaire dans laquelle le conflit se poursuivrait au niveau régional, avec des débordements qui resteraient contenus au Liban-Sud. Il suppose aussi que la classe politique ne parvienne pas à un compromis qui rende possible le lancement des réformes.
Si ce scénario se produit, Bank Audi anticipe un taux d’évolution du PIB proche de zéro, un taux d’inflation proche de 100 % sur l’année, un « léger » recul des réserves de devises de la BD et un déficit mesuré de la balance des paiements.
Ce sera le scénario négatif car il n y aura pas de réformes, ni de financement du fmi. Il n y aura pas de nouveau président non plus (mais ça n'a aucune influence sur l'économie). Si la guerre á Gaza s'arrête et que le hezb se tient tranquille, le secteur privé pourrait contribuer á une croissance de 2% á 3%. L'inflation continuera mais sera importée de et de l'ordre de 10% car l'économie est déjà entièrement dolarisée..
19 h 10, le 01 février 2024