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Politique - Focus

Vide à la tête de l’armée : la course contre la montre commence

Dans un contexte tendu marqué par la guerre à Gaza et ses éventuelles répercussions sur le Liban, la troupe est pour la première fois face au scénario du pire, et la recherche d’une sortie de crise bute sur un obstacle de taille : le CPL.

Vide à la tête de l’armée : la course contre la montre commence

Le patron de la troupe, Joseph Aoun, le 22 septembre 2023. Photo tirée de la page Facebook de l'armée.

Une armée sans commandant dans trois mois ? L’hypothèse a de quoi susciter de sérieuses craintes dans un pays qui se trouve à quelques kilomètres seulement d’une guerre qui bat son plein entre le Hamas et Israël, et dans laquelle le Liban risque de se voir entraîner du jour au lendemain. Ce même Liban est en proie à une crise migratoire due à la présence massive de réfugiés et migrants syriens. Dans ce contexte politico-sécuritaire tendu, la troupe est, pour la première fois, face à un sérieux risque de vide total après le départ à la retraite de son commandant en chef, Joseph Aoun, le 10 janvier 2024. D’autant que le poste de chef d’état-major, censé assurer l’intérim, est vacant depuis décembre dernier. Comment sortir de l’impasse ? À ce stade, personne n’est en mesure de répondre. Mais plusieurs options sont déjà sur la table, le dossier étant remonté ces derniers jours dans la liste des priorités. Elles oscillent entre la nomination d’un nouveau chef d’état-major, la prorogation du mandat de Joseph Aoun et le fait de retarder son départ sur décision du ministre de la Défense. Sauf que ces scénarios se heurtent à un veto chrétien de taille : celui d’un Gebran Bassil qui dit batailler pour préserver le prestige et les prérogatives du président de la République, et qui – surtout – est impatient de voir Joseph Aoun rentrer chez lui. Car, à ses yeux, cela réduirait les chances du patron de la troupe d'accéder à Baabda à la faveur d'une entente nationale.

Pour mémoire

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Tous les regards sont désormais rivés sur le Premier ministre sortant, Nagib Mikati, qui semble impatient de régler le problème bien avant la date butoir. Pourra-t-il trouver une issue à la crise à travers un feu vert de Bkerké à un éventuel maintien du général Aoun à son poste ? La question est d’autant plus légitime que le patriarche maronite, Béchara Raï, ne cache pas ses craintes quant au vide au niveau des institutions de l’État, notamment les postes réservés à sa communauté. Il avait tenu des propos allant dans ce sens avant la fin du mandat de Riad Salamé à la tête de la Banque du Liban (en juillet dernier), et il réitère cette position aujourd’hui, avant le départ de Joseph Aoun, qui se trouve dans le collimateur du chef du CPL. « Nous condamnons les accusations lancées contre l’armée et nous appelons à la respecter parce qu’elle constitue la seule garantie du pays », a lancé Mgr Raï dans son homélie dimanche dernier. S’il affiche ainsi son soutien à Joseph Aoun face à Gebran Bassil, le chef de l’Église maronite serait-il favorable à une prorogation du mandat du commandant de la troupe ? « Si une façon légale de le faire est trouvée », répond un proche du patriarche contacté par L’Orient-Le Jour, sans donner plus de précision. 

Le Premier ministre sortant, aux rapports en dents de scie avec les protagonistes chrétiens, mise donc sur une couverture de Bkerké pour passer à l’acte. En attendant, il s’active sur un autre front. « Il mène des contacts axés sur la nomination d’un nouveau chef d’état-major », confie à L’OLJ Ali Darwiche, ancien député et proche du Premier ministre sortant. La démarche de M. Mikati rejoint celle du Parti socialiste progressiste qui presse depuis plusieurs semaines en vue de remplir ce poste réservé à la communauté druze. D’ailleurs, et dans le but d’éviter le vide au niveau des postes-clés de l’État, le Rassemblement démocratique (bloc parlementaire joumblattiste) a présenté une proposition de loi visant à proroger les années de service de certains fonctionnaires de première catégorie, si les intéressés le souhaitent. « Nous avons présenté ce texte à deux reprises, mais il n’a toujours pas été voté », déplore Bilal Abdallah, député joumblattiste, déplorant que « le vide est une conséquence de la vacance à la tête de l’État, mais aussi du règlement de comptes politique inopportun ». Et de raconter : « Nagib Mikati, ainsi que le président de la Chambre, Nabih Berry, sont entrés en contact avec nous à plusieurs reprises. Et nous avons proposé deux options : soit la prorogation (du mandat de Joseph Aoun), soit la convocation d'Amin Orm (ancien chef d'état-major) selon son statut de réserviste. Mais on nous a fait la sourde oreille à cause du veto du ministre de la Défense. »

« Il doit rentrer chez lui à temps »
Rien de surprenant dans l’attitude de Maurice Slim, dont les rapports avec Joseph Aoun ne sont pas au beau fixe depuis des mois. Les efforts de Nagib Mikati pour mettre fin aux différends entre les deux hommes sont tombés à l’eau. Reflétant la position de Gebran Bassil et gravitant dans son orbite, le ministre sortant de la Défense (pourtant un ancien officier de l’armée) rejette catégoriquement les options de la nomination du nouveau chef d’état-major et surtout celle de la prorogation du mandat de Joseph Aoun. « Il n’y a pas de vide au niveau du commandement de l’armée. Le chef de la troupe doit rentrer chez lui à temps, et c’est l’officier le plus haut gradé qui prendrait la relève », affirme Ghassan Atallah, député CPL du Chouf. Il réitère la position de son parti qui appelle à ce que l’officier Pierre Saab (grec-catholique), membre du conseil militaire (organe décisionnel de l’armée), prenne la relève en attendant l’élection d’un nouveau chef de l’État. Sauf que cette option se heurte à des obstacles de taille, tant sur le plan politique (l’opposition des joumblattistes) qu’au niveau légal.  Dans les milieux proches des cercles de l’armée, on rappelle que la loi est très claire : seul le chef d’état-major est censé prendre la relève après le départ du chef de l’armée. Un point sur lequel Joseph Aoun a insisté à plusieurs reprises ces derniers mois.

Quoi qu’il en soit, toute décision à ce sujet devrait émaner du Conseil des ministres que Nagib Mikati cherche à réunir au grand complet pour s’assurer la couverture politique la plus large possible. Sauf que les aounistes s’en tiennent à leur boycott des séances gouvernementales tenues en l’absence d’un président. Ils ne participeront même pas à la réunion prévue jeudi à 16 heures pour discuter des questions brûlantes de la guerre à Gaza et des réfugiés syriens. « S’il pensait vraiment que la question de la guerre était urgente, Nagib Mikati aurait pu nous mettre au pied du mur en convoquant son cabinet à une réunion samedi soir ou dimanche matin », ironise Ghassan Atallah. 

Une armée sans commandant dans trois mois ? L’hypothèse a de quoi susciter de sérieuses craintes dans un pays qui se trouve à quelques kilomètres seulement d’une guerre qui bat son plein entre le Hamas et Israël, et dans laquelle le Liban risque de se voir entraîner du jour au lendemain. Ce même Liban est en proie à une crise migratoire due à la présence massive de réfugiés...

commentaires (3)

Il faudrait surtout une vacances du perchoir , pour que l’on en finisse avec cette caverne d’Ali baba . Peut-etre seulement alors, pourra-t-on reconstruire le pays avec des pierres neuves .

LeRougeEtLeNoir

04 h 22, le 12 octobre 2023

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Commentaires (3)

  • Il faudrait surtout une vacances du perchoir , pour que l’on en finisse avec cette caverne d’Ali baba . Peut-etre seulement alors, pourra-t-on reconstruire le pays avec des pierres neuves .

    LeRougeEtLeNoir

    04 h 22, le 12 octobre 2023

  • Lol . Ces mêmes tribus et ces mêmes lutins qui dansent sur ce pays carcasse

    Abdallah Barakat

    01 h 31, le 12 octobre 2023

  • Vous vous en foutez pas mal du devenir du Liban.

    Mohamed Melhem

    20 h 13, le 11 octobre 2023

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