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Nos Lecteurs ont la Parole

Et pourquoi pas la Chine ?

La question ainsi posée paraît simple : pourquoi pas la Chine ?

Depuis quelques années, un vif débat avait été engendré, suite à la proposition d’un parti politique, sur l’implication de la Chine dans nos processus internes (à l’époque, si je me souviens bien, il s’agissait de carburant mais je peux me tromper). La question avait soulevé de vifs émois par les contestataires plus par principe que par pure vision réaliste du terrain. C’est un constat triste! Nous sommes en train de nier tout simplement un acteur primordial dans la politique internationale qui, de surcroît, joue maintenant les médiateurs, voire les pacificateurs entre les États. L’enjeu politique paraît de taille vu qu’il accroîtrait, en apparence, la position de l’Iran sur nos terres (soi-disant…). Soyons clairvoyants ! Est-ce que réellement l’Iran a besoin de la Chine pour asseoir sa position chez nous ? C’est ridicule. Les deux pays ont des intérêts géostratégiques dans tout le Moyen-Orient, et même toute l’Asie. Ce ne sont pas des broutilles de gosses qui vont les intéresser, n’était-ce le port de Beyrouth ou celui de Tripoli.

Pourquoi je cite ces deux infrastructures justement ? Très simple.

Reprenons l’essentiel de l’histoire sur ces douze dernières années : la Grèce a failli être radiée de l’UE pour des raisons économiques et ses politiques restrictives donnaient de maigres fruits. Il lui fallait du temps pour se remettre sur pied et les échéances imposées par ses alliés européens étaient très courtes. Autant dire, mission impossible! À tel point que certains observateurs de l’époque avaient cru bon voir un retour à la drachme, l’ancienne monnaie grecque. Le drame ! C’est alors que la Chine s’est proposée en âme salvatrice et a racheté cette dette promettant de remettre à flots l’économie moyennant, entre autres, la mainmise sur le port du Pyrrhée, un des plus grands de la Méditerranée sur une époque de 99 ans. Il n’est pas demandé au Liban d’être aussi laxiste, bien que notre situation, quoi qu’en dise le monde observateur qui ne comprend pas le train de vie des Libanais, soit de loin moins grave que celle de la Grèce à l’époque. À la différence que le poids de l’UE sur la Grèce a joué ! Chez nous, qui joue ? Ou plutôt qui ne joue pas ? Nous ne sommes plus à un joueur de poker près. Le projet hollandais et/ou allemand pour le port de Beyrouth a échoué lamentablement à cause de lenteurs administratives (je me permets cette métaphore). Pourtant, il continue à fonctionner. Si, au prix d’un appel d’offres international, nous laissons la reconstruction et non l’usufruit du port aux Chinois, nous pourrions en faire une très grande plaque tournante du commerce mondial. Idem pour le port de Tripoli, récemment pris en main par CMA-CGM qui, coïncidence, détient une bonne part du port de Singapour, plateforme géante de porte-conteneurs, passage obligé des cargos chinois. Si nous pensons à ces deux perspectives, nous pouvons redresser une économie cahotante. Évidemment, présenté comme ça, tout paraît si simple. Mais nous sommes au Liban…

Récemment, une société chinoise s’est portée volontaire pour remettre sur pieds l’électricité du Liban. On attend toujours. À part la hausse déplorable des tarifs, plus rien n’a été signalé. La remise en place d’une infrastructure de qualité par la Chine est à envisager très sérieusement. Si nous lisons sur la technologie de pointe installée dans leurs grandes villes, nous pourrons avoir de l’électricité à volonté, quitte à attendre un certain temps.

Le tourisme ? Il ne faut pas trop rêver. Par contre, ça pourrait intéresser. Le Liban reste un peu exotique pour des Chinois (quelle ironie !) et nous avons des produits à revendre. Toute notre culture baigne dans des océans de savoir millénaire. Entre les temples, les châteaux forts, les résidus des croisés, les palais des anciens émirs, la gastronomie locale et j’en passe, il faudrait remettre nos compteurs vers une nouvelle catégorie de touristes. En 2006, j’avais croisé un groupe de touristes japonais en train de visiter la tombe de Rafic Hariri, appareils photo en bandoulière. Ce sont ceux-là qu’il faut aller rechercher car ce sont eux les nouveaux investisseurs. Arrêtons d’aller voir les pays arabes. Ils ont pris ce qu’ils voulaient et sont ressortis déçus. Loin des considérations politiques, si des sociétés prennent le risque de venir se (ré) installer au Liban, le pays redeviendra florissant. Plus de 100 sociétés japonaises ont quitté le Liban en 50 ans pour les causes que l’on sait. Intéressons-nous à ces cas-là et recommençons.

La Chine, pour revenir au sujet, reste de loin plus intéressante. Elle offre des investissements. Nous pouvons l’intéresser. Nous pouvons intéresser le monde.

Non ! Nous ne sommes pas un pays décadent. Nous pouvons nous reconstruire et revivre. Mais il faut encourager les promoteurs à investir. Il y a du potentiel et il y a encore beaucoup à (re)faire. Permettez-moi de continuer à espérer et ne dressez pas notre triste réalité comme obstruction. Car ce n’est pas vrai ! Non ! Nous valons mieux que ça ! Et vous le savez… vous qui lisez et aussi les autres. Si la Chine fera partie de l’avenir, ne nous arrêtons pas sur des considérations politiques. Regardons plus loin… beaucoup plus loin !


Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

La question ainsi posée paraît simple : pourquoi pas la Chine ? Depuis quelques années, un vif débat avait été engendré, suite à la proposition d’un parti politique, sur l’implication de la Chine dans nos processus internes (à l’époque, si je me souviens bien, il s’agissait de carburant mais je peux me tromper). La question avait soulevé de vifs émois par les...

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