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Nos Lecteurs ont la Parole

Comment comprendre la géopolitique de la Chine au Moyen-Orient ?

La Chine fut pendant des siècles isolée. De la mer de Chine pour passer vers l’océan Indien, elle ne peut que passer par les détroits peu profonds et étroits de Malaka ou de la Sonde qui longent l’Indonésie et Singapour. Son accès à l’océan Pacifique est difficile car les États-Unis et leurs alliés coréens du Sud, japonais, australiens et indiens peuvent facilement bloquer les passages importants. Elle n’a que Taïwan pour accéder au Pacifique, d’où sa volonté féroce d’intégrer cette île. Mais l’affaire Russie-Ukraine a montré les limites de sa volonté prédatrice sur Taïwan, les conséquences en termes de sanctions internationales étant fortes, sans compter les blocus économique et financier, et le militaire américain. La flotte américaine est pour le moment bien supérieure à la flotte chinoise, quoique ce pays développe certainement la sienne, mais il lui faut beaucoup de temps pour égaler l’américaine. Ainsi le contrôle des océans Pacifique et Indien s’avère perdu d’avance. Passer donc par les détroits est un très long détour logistique pour la Chine qui lui coûte beaucoup en termes de transport.

Il reste à la Chine le côté terrestre. Celui-ci est vaste, avec de grandes distances et comprend toute l’Asie. On se rappelle la fameuse « route de la soie » qu’empruntaient les commerçants et caravanes venant du Moyen-Orient vers la Chine. Le voyage de Marco Polo nous donne une idée de ce que pouvait être le passé pour accéder à la Chine. C’est en 1932 que la technique moderne attaque le chemin de la Chine pour la première fois dans l’histoire humaine avec la « Croisière jaune » avec le convoi de voitures à chenilles qu’André Citroën avait conçu et qui avait pris son départ de Beyrouth pour rejoindre Pékin...

Aujourd’hui, la Chine souhaite ouvrir ces étendues asiatiques vers le Moyen-Orient, l’Europe et la Russie pour les trains rapides, les camions et les voitures, sous la dénomination de « Belt and Road Initiative » ou « Stratégie de la route de la soie » (RDLS). Expansion économique, financière, commerciale, culturelle oblige. Nous venons à peine de réaliser les buts de l’initiative de paix entre l’Arabie saoudite et l’Iran promue par la Chine. C’est un grand changement de paradigme au Moyen-Orient et un défi que la Chine lance aux États-Unis. La Chine, premier acheteur d’Arabie, de l’Iran, de l’Afrique, joue la carte de la paix entre vieux ennemis pour sécuriser sa logistique énergétique et économique au Moyen-Orient dans le cadre de sa politique d’expansion vers l’ouest.

Il faut savoir que la Chine, voyant son accès par la mer contrôlé par les États-Unis et leurs alliés, se trouve obligée d’ouvrir ses voies terrestres. La RDLS a quatre axes d’expansion vers l’ouest : le premier vers la Sibérie et la Russie avec qui la Chine a d’excellentes relations et une alliance de fait antiordre mondial de l’Occident; le deuxième est l’expansion chinoise vers le Kazakhstan qui est aussi grand que l’Europe et qui permet un accès aux portes sud de la Russie et de l’Europe ; le troisième est celui du centre qui est le plus difficile pour passer le Kirghizistan et l’Afghanistan, et qui consiste à avoir un accès ouvert vers l’Iran et les pays arabes ; le quatrième est l’axe sud, c’est-à-dire l’autoroute du Karakoram qui ouvre la Chine sur le Pakistan en traversant plus de 1 800 km de hautes montagnes. Cette expansion se fait sur tout le territoire pakistanais jusqu’au sud du pays donnant sur le port de Gwadar qui se situe à la frontière iranienne donnant sur la mer d’Arabie avec une vue sur le détroit d’Ormuz. Ainsi Gwadar permet de contourner la mer de Chine et les détroits pour accéder à l’océan Indien, éviter le coût élevé et économiser du temps.

Mis à part l’expansion de la RDLS, il y a la stratégie du collier de perle (CDP) qui consiste pour la Chine à contrôler des ports le long des côtes, en plus de celui de Gwadar, elle contrôle un port au Sri Lanka et en Somalie où la Chine a une base militaire et a en vue le canal de Suez. Cela sans compter le contrôle du port du Pirée en Grèce pour la Méditerranée. C’est dans ce contexte géostratégique mondial que la diplomatie chinoise gagne au Moyen-Orient en rapprochant les vieux adversaires saoudo-iraniens.

De quelle manière la Chine agit-elle pour appliquer sa stratégie d’expansion ? Elle prête de l’argent en forte monnaie et taux d’intérêt aux États concernés par la RDLS afin de financer leurs infrastructures routières et énergétiques. Exemple : elle a financé le Sri Lanka et en compensation a pris possession d’un port dans l’océan Indien, le port de Hambantota. Pareil avec le Pakistan, la Chine lui a prêté plus de 65 milliards de dollars et, avec la dévaluation de la roupie pakistanaise, il fut impossible au Pakistan de rembourser sa dette. En compensation, la Chine prend le port de Gwadar. Pareil en Afrique où la Chine prête aux États et fait travailler sa main-d’œuvre en étant payée par des mines qu’elle peut exploiter.

Finalement, la Chine tape aux portes du Moyen-Orient. Elle veut sa sécurité énergétique afin de déployer son extension économique terrestre vers l’Europe.

Cette stratégie chinoise prend à revers la stratégie de division du Moyen-Orient prônée par l’Occident et Israël depuis 50 ans. Elle se pose comme faiseuse de paix, non seulement au Moyen-Orient entre les vieux adversaires saoudo-iraniens, mais intervient à Moscou pour proposer un plan de paix pour l’Ukraine et arrêter la guerre. Elle se donne donc vis-à-vis du monde le beau rôle alors que les États-Unis ont le rôle de faiseur de guerres. C’est cette image occidentale de domination, de colonialisme et de guerres qui est attaquée de plein fouet. La Chine n’a pas du tout une stratégie de confrontation. Elle est comme l’eau, elle contourne les obstacles. Son jeu préféré est le go qui est un jeu de contournement et d’encerclement. Alors que l’Occident voit la géopolitique en termes de confrontation comme un jeu d’échecs. Quoique dernièrement la Chine ait beaucoup développé ses compétences aux échecs, elle y trouve certainement une limite. La pensée stratégique occidentale doit changer ou mourir.


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La Chine fut pendant des siècles isolée. De la mer de Chine pour passer vers l’océan Indien, elle ne peut que passer par les détroits peu profonds et étroits de Malaka ou de la Sonde qui longent l’Indonésie et Singapour. Son accès à l’océan Pacifique est difficile car les États-Unis et leurs alliés coréens du Sud, japonais, australiens et indiens peuvent facilement bloquer les...
commentaires (1)

VOus avez oublié la ville de Prato en Italie c’est une ville chinoise ils ont même leur police les magasins et les supermarchés sont écris en deux langues chinois et italiens

Eleni Caridopoulou

17 h 30, le 29 mars 2023

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Commentaires (1)

  • VOus avez oublié la ville de Prato en Italie c’est une ville chinoise ils ont même leur police les magasins et les supermarchés sont écris en deux langues chinois et italiens

    Eleni Caridopoulou

    17 h 30, le 29 mars 2023

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