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Société - Social

Crédit, emploi, dignité : les trois piliers du Hope Center

Le solide démarrage à Gemmayzé d’une initiative de financement de microentreprise, cofinancée par L’Œuvre d’Orient et l’AFD, et qui a déjà une quarantaine de bénéficiaires.

Crédit, emploi, dignité : les trois piliers du Hope Center

Charbel Wakim : un œil éteint, l’autre qui pétille. Photo DR

« Il vaut mieux allumer une bougie que de maudire l’obscurité », dit le proverbe. C’est l’axiome sur lequel repose le Hope Center*, une initiative de financement de microentreprise implantée au cœur du vieux quartier emblématique de Gemmayzé, dont les demeures et commerces ont beaucoup souffert de l’explosion au port, le 4 août 2020. « Pour préserver le droit d’une personne, il faut lui assurer un toit et un emploi. Nous, c’est l’emploi. » Celui qui prononce ces propos est le président du conseil d’administration du Hope Center, Maurice Beaïno. Installé au 3e étage d’un immeuble tout revêtu de marbre blanc, ce consultant de 39 ans, qui cumule des diplômes en économie et en sciences politiques, dirige le centre d’une main exigeante, conscient de la nécessité de se démarquer d’une foule d’associations champignons apparues après l’explosion au port, et de devoir justifier chaque livre ou dollar engagé. « Chez nous, les dépenses de fonctionnement ne dépassent pas les 10 % des capitaux engagés », assure-t-il fièrement.

Fondé par l’homme d’affaires Élias Hoyek, PDG de Data Consult, inauguré en octobre 2021, le Hope Center est porté par L’Œuvre d’Orient, une ONG française, et il est cofinancé par l’Agence française de développement (AFD) : une double garantie de transparence sur les financements et la destination des fonds. Le centre, qui compte une quinzaine d’employés, s’adresse exclusivement aux Libanais, mais sans distinction de communauté. Il se fixe pour objectif de financer 50 % de jeunes de moins de 35 ans, dont 30 % de femmes.

« En rendant les entrepreneurs libanais acteurs de leur vie économique, souligne Maurice Beaïno, le Hope Center entend contribuer à dynamiser l’économie locale et à endiguer l’émigration de masse provoquée par l’effondrement du pays. Notre objectif est de soutenir et de former en trois ans 500 microentrepreneurs (boulangers, coiffeurs, menuisiers, restaurateurs, éducateurs, couturiers, chauffeurs de taxi, etc.) ainsi que de renforcer le vivre-ensemble grâce à la création d’une sorte de communauté des bénéficiaires. »

Maurice Beaïno, le cœur sur la main et la tête bien froide. Photo DR

Fonds rotatif

En sept mois d’existence, le Hope Center a déjà accordé des fonds à une quarantaine de bénéficiaires. Ces fonds sont des prêts de 1 000 à 5 000 dollars, dont le remboursement se fait en livres, au taux du jour de signature du contrat, sur une période de trois ans. En sa qualité d’organisation à but non lucratif, le centre fait – presque – toujours profiter ses bénéficiaires d’une remise de 20 % pour le remboursement des fonds qui lui ont été accordés. Fonds rotatif, cet argent est ensuite réinjecté dans d’autres projets.

Gaël Chaer, 26 ans, célibataire, travaillait comme employée dans une pharmacie de Bourj Hammoud. Son histoire est exemplaire. Blessée gravement à la jambe dans l’explosion du 4 août 2020 et disposant d’un maigre salaire de 3 millions de livres, c’est à peine si elle arrivait à joindre les deux bouts, avec des parents à charge. Mais son sens de l’initiative, sa passion pour les produits cosmétiques, son savoir-faire et le coup de pouce du Hope Center l’ont sortie de l’ornière. Avec un master en dermatologie et une expertise certifiée en cosmétologie, elle a créé sa propre gamme de produits de beauté, The Skin Savvy à Sad el-Bauchrié. Elle reçoit ses clients à l’étage supérieur, jadis inoccupé, de la pharmacie où elle travaille. Et il ne lui est plus interdit de rêver mariage.

Les bénéficiaires comme Gaël sont sélectionnés par deux comités qui examinent les demandes qui parviennent au Hope Center. La crédibilité et la faisabilité du projet font l’objet d’un examen rigoureux. « Mais le côté humain n’est jamais oublié, nuance Maurice Beaïno. Il y a toujours une prise de risque. Nous sommes là pour donner de l’espoir. Au besoin, nous formons le demandeur, et nous l’accompagnons un moment, pour nous assurer qu’il tient son projet en main. »

Il donne l’exemple de « l’achat d’une voiture à un chauffeur de taxi, Ibrahim Najdi, un homme solitaire venu du Sud profond, échoué à Bourj Hammoud, dont le numéro de matricule est loué. Pourtant, son niveau de vulnérabilité était particulièrement élevé ».

Cumul de quatre boulots

Jennifer Khoury, 23 ans, fait partie des quatre coaches (cinq en comptant Maurice Beaïno) qui reçoivent les candidats aux prêts. Interviewée par le quotidien français La Croix, la jeune femme est parfois reconnue dans la rue. « Je reçois notamment des pères de famille qui cumulent quatre boulots et dorment quatre heures par nuit, a-t-elle confié au quotidien. Quelle joie dans leurs yeux quand ils viennent signer un contrat ici ! On leur redonne de l’espoir, mais une fois qu’ils ont obtenu le moyen de lancer leur activité, ce sont eux qui nous motivent. »

De fil en aiguille, cette jeune femme de Kfarchima, dont la famille subvient de justesse à ses besoins, a repris l’idée du Hope Center à son compte. C’est ainsi que Jennifer a convaincu sa grand-mère Olga (72 ans) à se remettre au crochet. « Crochteta » est le nom de la page Instagram créée par Jennifer Khoury pour promouvoir ses « crop-tops » (petits hauts courts à la mode), dont la vente aide désormais la famille à sortir la tête hors de l’eau.

Parmi les quarante projets déjà approuvés, l’agroalimentaire est dominant. « Cela tient peut-être au fait que les Libanais ont l’habitude de faire leurs propres provisions en été, ou que tout le monde a besoin de manger », précise Maurice Beaïno. Il raconte, amusé, que le Hope Center a financé, entre autres, l’achat d’un triporteur pour un détaillant, et d’un casse-noisettes électrique pour un fabricant de lait d’amande, un substitut au lait de vache très demandé en ce moment. Font également partie des projets approuvés, deux ateliers de production de bougies et de cartables, un salon de coiffure masculin, un studio de production de musique, des couleurs et produits pour un artiste peintre, une salle de gym à Furn el-Chebbak.

Gaël Chaer, blessée lors de l’explosion au port, a créé sa propre gamme de produits cosmétiques. Photo DR

Muscle et sourire

Le propriétaire de cette salle de gym, Charbel Wakim, que nous croisons au Hope Center, nous assure, muscle et sourire à l’appui, être un coach sportif personnel agréé. Avec un œil éteint, Charbel Wakim avait pourtant été systématiquement écarté des études menant à un diplôme d’études sportives. Avant de posséder son propre studio, il subvenait aux besoins de sa femme et de son enfant grâce à des sessions d’éducation physique à domicile.

« Nous avons également aidé à l’installation de deux centres éducatifs spécialisés dans le suivi scolaire, à Mansourieh et Raouda, à la périphérie de Beyrouth, ajoute le PDG du Hope Center. Nous gardons un certain droit de regard sur les tarifs, afin qu’ils soient en harmonie avec les besoins des habitants de ces quartiers, où le taux de décrochage scolaire est élevé », répond-il à l’une de nos questions.

« La préservation de la dignité des bénéficiaires est la première priorité dans l’approche du Hope Center, assure Maurice Beaïno. Nous portons en particulier le souci des nouveaux pauvres, l’ancienne classe moyenne, qui est la plus touchée par la crise, et qui ne sait pas demander de l’aide. Nous faisons en sorte que ceux qui nous sollicitent aient conscience qu’ils ne viennent pas pour une aide, mais pour un prêt. Je le répète, pour préserver la dignité de la personne. »

*71/951920


« Il vaut mieux allumer une bougie que de maudire l’obscurité », dit le proverbe. C’est l’axiome sur lequel repose le Hope Center*, une initiative de financement de microentreprise implantée au cœur du vieux quartier emblématique de Gemmayzé, dont les demeures et commerces ont beaucoup souffert de l’explosion au port, le 4 août 2020. « Pour préserver le droit...

commentaires (2)

Que faire… et à quel Saint se vouer? afin de déboulonner les actuels dirigeants et les remplacer par cette trempe d’honnête personnes, qui de par leur droiture, intégrité et savoir faire sauraient sans aucun doute nous mener a bon port Bravo et merci de nous rappeler qu’il existe toujours de belles ames…

Paul Chammas

15 h 58, le 30 septembre 2022

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Commentaires (2)

  • Que faire… et à quel Saint se vouer? afin de déboulonner les actuels dirigeants et les remplacer par cette trempe d’honnête personnes, qui de par leur droiture, intégrité et savoir faire sauraient sans aucun doute nous mener a bon port Bravo et merci de nous rappeler qu’il existe toujours de belles ames…

    Paul Chammas

    15 h 58, le 30 septembre 2022

  • Eh bien, bravo! Keep up the good work...

    Georges MELKI

    13 h 42, le 30 septembre 2022

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