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Politique - Frontière maritime

Le Liban s’invite dans la course aux législatives israéliennes

Le bras de fer opposant Yaïr Lapid, Premier ministre sortant, et Benjamin Netanyahu, son rival en vue du scrutin de novembre, pourrait précipiter une conclusion de l’accord.

Le Liban s’invite dans la course aux législatives israéliennes

Benjamin Netanyahu, à droite, et Yaïr Lapid lors d’une rencontre à Jérusalem en octobre 2014. Dan Balilty/AFP

Une minute et sept secondes. C’est le temps que s’est offert l’ancien Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, pour reprendre la main en interne sur le dossier de la frontière maritime avec le Liban. Et recycler un vieux poncif de la politique israélienne : seule une main de fer aux commandes de l’État est en mesure de sauvegarder la nation des périls extérieurs. Le chef de file de l’opposition s’est adressé mardi soir aux Israéliens dans une vidéo visionnée plus de 100 000 fois sur Twitter en moins de 48 heures. Il y épingle ce qu’il considère être une démission du Premier ministre sortant, Yaïr Lapid, face aux desiderata du Hezbollah. « Lapid a entièrement plié face aux menaces de Nasrallah », a déclaré le leader du Likoud. Depuis plusieurs semaines, le chef du Hezbollah multiplie les menaces d’une confrontation militaire si Israël commence à extraire du gaz du champ de Karish avant que le Liban puisse en faire de même dans sa zone économique exclusive. Les négociations entre les deux pays sont encore en cours et pourraient aboutir à un accord qui permettrait au Liban d’exploiter les potentielles ressources du champ de Cana. L’objectif est « de remettre au Liban un champ gazier qui vaut des milliards de dollars », a fustigé M. Netanyahu, estimant que l’argent aura in fine vocation à être réinvesti dans l’achat de roquettes.

La performance filmée, mettant en scène l’ancien Premier ministre devant le drapeau national sur fond de musique hollywoodienne, s’est achevée par un appel à voter pour un gouvernement de droite à l’approche des législatives du 1er novembre, les cinquièmes en moins de quatre ans. Dans une course électorale qui s’annonce extrêmement serrée – M. Netanyahu serait à un siège seulement d’obtenir une nouvelle majorité selon les derniers sondages –, la thématique abordée et le timing ne doivent rien au hasard. Il s’agit au contraire de viser le bilan du gouvernement sortant en son cœur, alors que tous les indicateurs sont au vert sur le dossier du tracé de la frontière maritime entre le Liban et Israël. En visite à New York à l’occasion de l’Assemblée générale de l’ONU, le Premier ministre désigné, Nagib Mikati, a ainsi déclaré être « très heureux d’annoncer que les négociations prendront fin très prochainement » après un « progrès concret ». Même son de cloche côté israélien, où l’on évoque la possibilité d’un accord imminent, le chef de l’exécutif sortant affichant un « optimisme prudent ». Les pourparlers indirects ont été amorcés en octobre 2020 sous l’égide de Washington alors que Benjamin Netanyahu était encore au pouvoir.

Preuve par l’action

Malgré les signes encourageants, la prudence reste de mise à Tel-Aviv. À seulement quelques semaines de l’échéance électorale, un nouvel échec sur le dossier libanais pourrait facilement être récupéré par le camp adverse. « J’ai donné à nos équipes de négociation des paramètres très clairs, en coordination avec le ministre de la Défense (…) Si nous y parvenons tout en maintenant ces paramètres, tant mieux. Sinon, Israël est fort et peut se défendre », a déclaré Yaïr Lapid lors d’une conférence de presse à New York, mercredi, au cours de laquelle il a répondu aux attaques de Benjamin Netanyahu. Jugeant les propos de ce dernier « terriblement irresponsables », le chef de l’exécutif a estimé que « Netanyahu nuit aux négociations, à notre sécurité, à nos intérêts diplomatiques et économiques ». Une contre-attaque à la hauteur de l’enjeu. Car si le leader centriste mène une campagne électorale moins virulente que son rival, il mise sur une stratégie moins bruyante pour s’attirer les faveurs d’un électorat las après des années de remous, d’instabilité politique et de scrutins à répétition. Depuis son éviction en juin 2021 par une coalition dite « du changement » après douze années au pouvoir, Benjamin Netanyahu s’est imposé en chef de file de l’opposition menaçant, à chaque faux pas, de faire tomber la coalition au pouvoir.

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Pour Yaïr Lapid en revanche, les quelques mois qui séparent sa prise de fonctions – après la démission de Naftali Bennett fin juin – et l’échéance électorale de l’automne sont dédiés à un objectif unique : se poser en chef d’État « normal » et convaincre l’électorat grâce à des résultats concrets. La preuve par l’action : l’ancien journaliste vedette, qui avait fondé son propre parti Yesh Atid en 2012, mise désormais sur un dénouement positif et une victoire diplomatique en amont du scrutin afin de parfaire sa stature d’homme d’État et consolider son capital confiance.

Si le bras de fer l’opposant à Benjamin Netanyahu pourrait précipiter une conclusion de l’accord avec le Liban, un dernier point, technique, pourrait contrarier cette stratégie. Deux questions d’ordre juridique secouent le débat interne en Israël. La première est en lien avec la nature de l’exécutif en place. « On peut se demander si le gouvernement intérimaire dirigé par Lapid, qui n’a pas la confiance de la Knesset, peut prendre des décisions sur la modification de la frontière du pays deux mois avant les élections », pouvait-on lire mercredi dans les pages du quotidien israélien Haaretz. La seconde relève de la procédure de validation de l’accord, tandis que certains experts affirment qu’un référendum populaire serait requis, selon le droit israélien, en vue de le valider.

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Je me demande si Netanyahu et Hassouna n’ont pas un accord secret ?

Eleni Caridopoulou

12 h 24, le 23 septembre 2022

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Commentaires (1)

  • Je me demande si Netanyahu et Hassouna n’ont pas un accord secret ?

    Eleni Caridopoulou

    12 h 24, le 23 septembre 2022

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