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Société - Mouvements de jeunesse

Comment être « frères de tous » en ces temps de prédateurs et de loups ?

La Jeunesse étudiante chrétienne, section Moyen-Orient, a relancé ses activités régionales par une session de deux jours dans un couvent du Kesrouan.

Comment être « frères de tous » en ces temps de prédateurs et de loups ?

Le groupe de retraitants de la JEC, à l’entrée du couvent, en compagnie du P. Salloum, ainsi que des deux témoins Raymond Nader et Ziad Fahd. Photo FN

« Les hommes d’aujourd’hui ont plus besoin de témoins que de maîtres. Et lorsqu’ils suivent des maîtres, c’est parce que leurs maîtres sont devenus des témoins », a affirmé Paul VI au conseil des laïcs, en 1974. C’est dans cet esprit que la coordination régionale de la Jeunesse étudiante chrétienne (Liban, Syrie, Jordanie, Palestine et Égypte) vient de relancer ses activités post-Covid, en tenant une session de deux jours au Liban (23-24 août). Celle-ci a été consacrée à mieux intérioriser les orientations de l’encyclique Fratelli Tutti sur la fraternité et l’amitié sociale du pape François (2002), ainsi que du document sur la fraternité humaine d’Abou Dhabi, que le pape a signé, conjointement avec le cheikh d’al-Azhar, Ahmad al-Tayeb, en février 2019. Mais comment vivre en « frères de tous », selon la devise de saint François, en ces temps de prédateurs et de loups ?

« La fraternité est le défi de ce temps », assure pourtant le P. Joseph Salloum, un prêtre maronite aumônier de la JEC-Moyen-Orient, qui encadre cette session avec Innocent Odongo (Ouganda) et Roy Ibrahim (Liban), deux permanents du mouvement, en stage de formation au quartier général de la JEC, à Paris.

Trente-six jeunes, dont deux musulmans venus de la Fondation Adyan, ont participé à la session, tenue dans le cadre du couvent de religieuses myrophores de l’Église grecque-catholique, à Jeïta (Kesrouan), un centre d’accueil planté au voisinage d’un impressionnant jardin d’oliviers millénaires.

Moment fort

La convivialité libanaise donnée par Jean-Paul II comme modèle de rapports humains dans un contexte aussi bien social que politique ressortira particulièrement de l’un des moments forts de la session : celui du témoignage de Ziad Fahd. C’est une histoire vraie qui peut très bien servir de parabole moderne. Elle se passe à Qalamoun, sur la côte du Liban-Nord, en pleine guerre civile. Un jour d’hiver, un homme de la région sort pêcher. Il est en barque, sachant que les jours de légère brume, le poisson est abondant. Soudain, il entend des cris et, à sa grande surprise, il voit trois enfants tous âgés apparemment de moins de dix ans et un chien dérivant sur un radeau de fortune. Ils sont affamés et n’ont rien mangé de trois jours. Il les recueille et les emmène chez lui. L’histoire se répand. On est en phase d’enlèvements, et certains trouvent que l’on doit profiter de cette aubaine pour effectuer un échange d’otages. Mais pour ce modeste pêcheur libanais, droit et intraitable, les lois de l’hospitalité sont sacrées. Finalement, grâce à la Croix-Rouge libanaise, les enfants sont rendus à leurs parents, qui les avaient emmenés sur une plage de Beyrouth et les croyaient perdus, emportés par un courant marin. Aujourd’hui, le fils de cet homme, cheikh Firas Ballout, ayant vu son père se comporter de la sorte, est l’un des principaux protagonistes du dialogue des cultures et des religions à Tripoli.

L’histoire, si limpide, résume la session. « Qui est mon prochain ? » a-t-on demandé à Jésus, qui a répondu en substance par la parabole du Bon Samaritain : Mon prochain est tout homme dont je me fais le prochain, avant d’ajouter : « Va, et toi aussi fais de même. » Générosité, humanité, empathie, sens de l’honneur et de la parole donnée. Tel est le code de conduite que propose aux jeunes la JEC.

Le professeur Ziad Fahd (à g.) de la NDU et Roy Ibrahim, l’un des cadres de la session.

Un difficile apprentissage

La trentaine de jeunes présents ont pu écouter sur deux jours des témoins, des maîtres, des théologiens et des hommes politiques, leur parler du difficile apprentissage de la fraternité dans un contexte régional tendu.

La première journée a été consacrée à l’encyclique Fratelli Tutti et au document sur la fraternité, présentés par Roula Talhouq, professeure à l’Institut des sciences religieuses de l’USJ et le P. Tony Khoury. L’après-midi a été marqué par les témoignages de Raymond Nader, un ancien des Forces libanaises dont le parcours spirituel passe par le couvent de Annaya et la tombe de saint Charbel, et Ziad Fahd, professeur à l’Université de Louaïzé, un admirateur de frère Roger de Taizé, tous deux profondément changés par les leçons de la guerre civile (1975-1990).

La seconde journée a été plus didactique, avec des présentations classiques sur le vivre-ensemble faites par des théologiens chrétiens et musulmans : le P. Élie Haddad, les cheikhs Hussein Ali el-Amine et Mohammad Nokkari, ainsi que par des figures politiques établies comme l’ancien ministre Ibrahim Chamseddine et le député Adib Abdel Massih (Koura), et émergentes comme Mira Neaïmé (Conseil des Églises du Moyen-Orient) et Nijad Charafeddine, neveu de l’imam Moussa Sadr.

L’imposante barbe de Raymond Nader ne peut cacher un cœur d’or.

Un code viable ?

Mais, pour aller au fond des choses, ce code est-il viable dans un Moyen-Orient écartelé, ou dans une Palestine dont le peuple est livré aux balles ? Ne sommes-nous pas dans l’angélisme? « L’ouverture, l’écoute et l’amour s’accompagnent nécessairement de l’humilité. Ils vont ensemble », affirme Caroline, une Palestinienne de Cisjordanie licenciée en droit. Elle se dit prête à s’ouvrir à des compatriotes musulmans, auxquels elle se sent liée « du fait que nous habitons la même terre », mais elle est totalement fermée à tout rapport avec les Israéliens « qui le lui ont volée ». « Le pardon », rappelle quand même Abanoub Khalil, un jeune copte.

Un consensus se fait : l’éducation, la transmission des préjugés et des clichés sur l’autre, ainsi que les médias et la diabolisation de l’autre sont de grands obstacles qui empêchent la fraternité proposée par le pape « de s’épanouir dans l’espace social ».

L’explosion cataclysmique au port de Beyrouth (4 août 2020), qui a suscité un mouvement de solidarité sans précédent parmi les jeunes, et l’assassinat de la journaliste Shirine Abou Akleh (mai 2022) sont donnés en modèles d’unité, dans la mesure où ils ont aidé les Libanais et les Palestiniens de toutes les confessions à « fusionner », à réagir comme un seul peuple au malheur qui les frappe.

« C’est toute la Palestine qui a enterré Shirine Abou Akleh », souligne Raffy, un Palestinien, qui rappelle que le monde entier a vu la brutalité de la police montée israélienne qui a failli renverser le cercueil et tentait par tous les moyens d’empêcher qu’on l’emmène en procession.

Le père Joseph Salloum au cours d’une intervention.

Un mouvement international

Fondée dans les années 20, en France, la Jeunesse étudiante chrétienne est un mouvement international ciblant les jeunes, collégiens et étudiants croyants ou non croyants, qui partagent des valeurs humanistes et chrétiennes, et les encourage à s’ouvrir au monde qui les entoure par la démarche du « voir, juger, agir ».

Autour d’une vision d’une société juste, équitable et solidaire, ces membres acquièrent une conscience vraie de l’autre et de leur place dans la société. Reconnue par le Saint-Siège, la JEC a un statut opérationnel auprès de l’Unesco. Présente dans 86 pays, elle compte quelque 600 membres dans les paroisses de Beyrouth, Saïda et Zahlé.

« Les hommes d’aujourd’hui ont plus besoin de témoins que de maîtres. Et lorsqu’ils suivent des maîtres, c’est parce que leurs maîtres sont devenus des témoins », a affirmé Paul VI au conseil des laïcs, en 1974. C’est dans cet esprit que la coordination régionale de la Jeunesse étudiante chrétienne (Liban, Syrie, Jordanie, Palestine et Égypte) vient de relancer...
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L’engagement humain de ces jeunes est louable, mais comme le dirait saint Paul « quand j’aurai même toute la foi jusqu’à transporter des montagnes si je n’ai pas la charité je ne suis rien. » Or cette charité dont parle l’Apôtre n’a rien à voir avec un vague sentiment de fraternité humaine. Il ne s’agit ni d’un sentiment ni d’une « valeur » ni d’une quelconque vertu qui vient de l’homme par sa propre expérience, mais d’une vertu qui vient directement de Dieu. Certaines âmes d’élite chez les païens avaient bien pu par leurs seules forces briller dans l’une ou l’autre vertu d’origine humaine, mais jamais ils n’ont connu la vertu de charité. C’est en ce sens que Jésus disait à ses disciples que c’est à l’amour qu’ils ont les uns pour les autres qu’on reconnaîtra qu’ils sont ses disciples. Mais selon le même Évangile de saint Jean, Jésus a recommandé à ses disciples de s’aimer les uns les autres COMME IL LES A AIMÉS. C’est à dire aimer comme Dieu nous aime et non pas suivant le vague sentiment ou la « valeur » à laquelle pourrait aussi adhérer l’homme sans Dieu. Alors simple question: où est cette vraie charité chrétienne chez les partisans du dialogue inter-religieux selon Vatican II, qui traitent la religion du Christ ressuscité (sans le miracle de la Résurrection notre foi serait vaine nous dit saint Paul) comme une religion humaine « comme les autres » dépourvue de tels miracles ? Ont-il oublié que la vraie charité a son fondement en Dieu comme le dit Jésus, pas en l’homme ?

Citoyen libanais

07 h 23, le 29 août 2022

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Commentaires (1)

  • L’engagement humain de ces jeunes est louable, mais comme le dirait saint Paul « quand j’aurai même toute la foi jusqu’à transporter des montagnes si je n’ai pas la charité je ne suis rien. » Or cette charité dont parle l’Apôtre n’a rien à voir avec un vague sentiment de fraternité humaine. Il ne s’agit ni d’un sentiment ni d’une « valeur » ni d’une quelconque vertu qui vient de l’homme par sa propre expérience, mais d’une vertu qui vient directement de Dieu. Certaines âmes d’élite chez les païens avaient bien pu par leurs seules forces briller dans l’une ou l’autre vertu d’origine humaine, mais jamais ils n’ont connu la vertu de charité. C’est en ce sens que Jésus disait à ses disciples que c’est à l’amour qu’ils ont les uns pour les autres qu’on reconnaîtra qu’ils sont ses disciples. Mais selon le même Évangile de saint Jean, Jésus a recommandé à ses disciples de s’aimer les uns les autres COMME IL LES A AIMÉS. C’est à dire aimer comme Dieu nous aime et non pas suivant le vague sentiment ou la « valeur » à laquelle pourrait aussi adhérer l’homme sans Dieu. Alors simple question: où est cette vraie charité chrétienne chez les partisans du dialogue inter-religieux selon Vatican II, qui traitent la religion du Christ ressuscité (sans le miracle de la Résurrection notre foi serait vaine nous dit saint Paul) comme une religion humaine « comme les autres » dépourvue de tels miracles ? Ont-il oublié que la vraie charité a son fondement en Dieu comme le dit Jésus, pas en l’homme ?

    Citoyen libanais

    07 h 23, le 29 août 2022

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