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Société - Parution

« Innover ou disparaître » : un défi scientifique lancé au monde arabe, le Liban à la traîne

Publié par la Fondation de la pensée arabe, ce livre est un guide du développement dans le monde arabe, exhaustif, comportant des chiffres fiables publiés pour la première fois.

« Innover ou disparaître » : un défi scientifique lancé au monde arabe, le Liban à la traîne

Au Liban, une « stagnation mortelle » sur le plan recherche-innovation, selon Mouïn Hamzé. Photo Michel Sayegh

Innover ou disparaître. C’est par ce titre-choc qu’en 2018, la Fondation de la pensée arabe, une institution internationale, indépendante et à but non lucratif, basé à Beyrouth, mais dont l’activité couvre l’ensemble du monde arabe, avait attiré l’attention de la communauté scientifique et des décideurs arabes et internationaux, sur la situation de la recherche scientifique et de l’innovation technologique dans les pays arabes.

Ce rapport sur le renforcement des capacités cognitives et innovantes dans le monde arabe fit sensation dans les capitales où il fut présenté, et notamment à l’Institut du monde arabe (IMA – Paris), où il fut particulièrement apprécié de son président, Jack Lang, ancien ministre de la Culture. Ce dernier rendit hommage à un travail scientifique révolutionnaire et aux données statistiques dont il tirait sa crédibilité, loin de la langue de bois des rapports officiels, et dont lui-même et d’autres souhaitaient qu’il soit diffusé à une très grande échelle.

Trois ans plus tard, et pour le 20e anniversaire de la fondation, ce souhait se concrétise, avec la publication d’un ouvrage unique en son genre intitulé Promouvoir la connaissance scientifique et l’innovation dans le monde arabe, une somme d’informations qui parachèvent ce qui avait été amorcé dans le rapport de 2018 et qui le dote d’un cachet quasi encyclopédique.

Préfacé par Henri Awit, directeur général de la fondation, l’ouvrage, publié dans les deux langues, arabe et anglaise, est l’œuvre de deux experts libanais, Mouïn Hamzé, secrétaire général du Conseil national (libanais) de la recherche scientifique (CNRS-L), et Omar el-Bizri, consultant principal spécialisé dans les politiques scientifiques, technologiques et d’innovation. Il a été présenté lors d’une conférence de presse organisée à l’USJ, conjointement avec la Ligue des universités du Liban.

« Jack Lang nous a encouragés à aller de l’avant, se souvient M. Hamza auprès de L’Orient-Le Jour. Il a particulièrement apprécié la nouveauté de nos données, qu’il ignorait, affirmant que les décideurs les puisent généralement auprès des institutions internationales. »

Des thématiques rarement traitées

L’ouvrage aborde en quatre sections et 16 chapitres, non moins de 153 thématiques relatives à la recherche, à la technologie et à l’innovation dans les 22 pays de la Ligue arabe. « Pas une question sur la recherche, ou l’innovation, qui n’y soit traitée, souligne Henri Awit, qui énumère, pêle-mêle, brevets, start-up, recherche et langue arabe, financement, coopération privé-public, respect des normes internationales en éthique et déontologie, bonne pratique au niveau de l’éducation scientifique, importance de la gouvernance, notamment en ce qui concerne le respect de l’équilibre homme-femme, recherche systématique du produit rentable et utile pour toute la société, etc. »

« Toutes les données concernant les thématiques de l’ouvrage ont rarement été traitées auparavant, et sont puisées aux sources les plus fiables et les plus récentes », assure M. Awit à L’OLJ. Il précise que « trois approches ont été retenues sur le plan méthodologique : une approche descriptive, sous la forme d’un état des lieux, une approche analytique et, enfin, une approche prospective ».

Transition vers la 4e révolution industrielle

Pour Mouïn Hamzé, cet ouvrage « est destiné à faciliter au monde arabe la transition vers la 4e révolution industrielle, celle de l’intelligence artificielle, à le doter des capacités qui lui permettront de se faire une place dans la compétition économique internationale et à lui permettre d’honorer son engagement et de relever le défi des objectifs du Programme de développement durable de l’ONU à l’horizon 2030 ».

« Aucun compromis, aucune tentative n’est faite par les auteurs de cette encyclopédie pour embellir les faits et les données, reprend Henri Awit. Celui-ci analyse les systèmes de “Science, technologie, innovation” (STI) des pays arabes, et leurs performances, à la lumière d’une variété d’indicateurs fiables, y compris la recherche, les publications et les brevets enregistrés. Il établit que la plupart des problèmes rencontrés s’expliquent par des décennies de gouvernance défaillante, d’une attention limitée à la qualité et à la diffusion des connaissances, d’une diversification limitée de la plupart des économies arabes, d’un chômage généralisé, de la pauvreté qui en résulte et de l’augmentation des inégalités, d’une planification inefficace, d’allocations et de ressources humaines et financières extrêmement limitées. »

Il rappelle dans sa préface que « ce livre a été écrit pendant les périodes de troubles et de conflits armés qui ont ravagé de nombreux pays de la région, entraînant des victimes, la destruction de biens et la fuite de millions de réfugiés ». À ce sombre tableau s’ajoute naturellement l’impact négatif de la pandémie sur l’économie locale, régionale et internationale.

Mais il n’est pas dit, poursuit en substance M. Awit, que tous les indicateurs sont négatifs. Parmi les points positifs, ce dernier cite « la jeunesse des populations arabes, le fait que de nombreux pays arabes tentent de renforcer leurs capacités propres par le biais de programmes internationaux axés sur le développement durable et, enfin, le fait que presque tous les pays arabes ont déclaré vouloir s’engager à établir des économies et des sociétés de la connaissance ».

« Stagnation mortelle » au Liban

Sur la place occupée par le Liban dans cette étude exhaustive, Mouïn Hamzé déplore le faible niveau de confiance placé par la population dans la communauté scientifique (30 % des personnes interrogées contre 60 % dans de nombreux autres pays arabes). Il regrette aussi la stagnation qu’il juge « mortelle » dans laquelle se trouve en ce moment le pays, sur le plan recherche-innovation, et le départ de beaucoup de membres de la communauté académique. Ceci ne l’empêche pas, bien au contraire, de rendre hommage à ceux qui sont restés « non parce qu’ils n’ont pas pu quitter, mais pour honorer leurs engagements à l’égard du pays ».

« Le découragement dans les milieux scientifique et académique est quand même immense ; les étudiants nous supplient de leur délivrer un diplôme, n’importe quel diplôme, pour qu’ils puissent s’en aller ! » se désole le secrétaire général du CNRS-L.

« Ce que je crains, confie-t-il, c’est que d’année en année, nous nous rapprochions des pays dits LDC (Lowest Development Countries, pays à faible développement), dont l’indicateur principal est le rapport du revenu individuel sur le PIB. La barre est actuellement à 1 230 dollars dans le monde arabe, un niveau auquel se trouve le Yémen, la Mauritanie, la Somalie et le Soudan. Chez nous, il a reculé de 16 000 dollars avant la crise à 5 000 dollars aujourd’hui. »

« Entre 2000 et 2018, poursuit Mouïn Hamzé, grâce à l’excellence de notre programme de recherche scientifique et ses réalisations, le Liban était classé dans le 2e groupe des pays arabes (avec le Maroc, la Tunisie, la Jordanie et le Koweït). Depuis 2019, on est en train de perdre toute notre avance. »

Innover ou disparaître. C’est par ce titre-choc qu’en 2018, la Fondation de la pensée arabe, une institution internationale, indépendante et à but non lucratif, basé à Beyrouth, mais dont l’activité couvre l’ensemble du monde arabe, avait attiré l’attention de la communauté scientifique et des décideurs arabes et internationaux, sur la situation de la recherche scientifique et de l’innovation technologique dans les pays arabes.Ce rapport sur le renforcement des capacités cognitives et innovantes dans le monde arabe fit sensation dans les capitales où il fut présenté, et notamment à l’Institut du monde arabe (IMA – Paris), où il fut particulièrement apprécié de son président, Jack Lang, ancien ministre de la Culture. Ce dernier rendit hommage à un travail scientifique révolutionnaire et aux données...
commentaires (3)

Grâce aux journalistes à l'image de M. Noun, aux écrivains et en général à tous les jeunes talents, toius confondus, le Liban ne cessera jamais d' "exister". J'ai lu avec intérêt et plaisir cet article d'une nette transparence! Bravo et grand merci M. Noun!

Zaarour Beatriz

16 h 48, le 02 janvier 2022

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Commentaires (3)

  • Grâce aux journalistes à l'image de M. Noun, aux écrivains et en général à tous les jeunes talents, toius confondus, le Liban ne cessera jamais d' "exister". J'ai lu avec intérêt et plaisir cet article d'une nette transparence! Bravo et grand merci M. Noun!

    Zaarour Beatriz

    16 h 48, le 02 janvier 2022

  • Félicitations à M. Noun d’ouvrir l’année avec un tel article. Félicitations aux auteurs pour un tel ouvrage qui est en soi une illustration de son propre propos.

    SURSOCK NICOLE

    12 h 00, le 02 janvier 2022

  • Pourrait on connaître le classement ? Merci

    F. Oscar

    08 h 12, le 02 janvier 2022

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