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Politique - En Toute Liberté

Noël en enfer

C’est au creuset d’une même souffrance physique et morale que la destinée nous unit en ce moment. Pour la première fois de notre histoire, aussi intensément, de mêmes épreuves nous aiguillonnent, au point que nous en arrivons à réaliser nos similarités… et nos différences.

Sommes-nous une nation ou une fédération de communautés ? se demande-t-on parfois ? C’est se fier trop à la science – sociologie ou histoire – que de croire aux réponses qui en viendraient. Disons plutôt que nous sommes une nation en devenir, forgée par une histoire contemporaine tourmentée aussi bien par une géographie contraignante que nos limites humaines et nos travers personnels et sociaux.

Ainsi, à ce sujet, nous assistons en ce moment, sans en croire nos oreilles, à l’effondrement, ou pour le moins aux limites, d’un accord – celui de Mar Mikhaël de 2006 – que Michel Aoun a conclu avec Hassan Nasrallah. Un jeu de dupes dont Michel Aoun, dans sa grande et naïve confiance en son bagout, pensait pouvoir se tirer à bon compte, sourd aux avertissements qui lui parvenaient de la part de personnalités politiques autrement plus prudentes et exercées que lui.

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Aujourd’hui, il se rend compte que celui qui s’est dit son allié est prêt à le trahir, quand il n’est plus dans son intérêt d’épouser sa cause. Une cause qui elle-même était un mélange édulcoré de souci national et de gloriole personnelle. Michel Aoun se pensait sauveur du Liban, le voilà capitaine d’un navire en naufrage.

Ainsi, deux projets de société antinomiques entrent en conflit sous nos yeux. Le nôtre nous est familier : État de droit, libertés publiques et privées et, surtout, séparation des pouvoirs. En face, que voyons-nous ? Une société politico-religieuse où le principe de la séparation des pouvoirs n’existe pas et qui insiste pour que le Conseil des ministres évince Tarek Bitar, sur le modèle d’un régime où un seul homme concentre tous les pouvoirs entre ses mains et gouverne « de droit divin » au nom d’une conception de l’autorité publique venue des âges médiévaux.

Et cet homme, ou ce parti, nous fixe en outre un objectif inaccessible – rien moins que la destruction de la première puissance nucléaire de la région et la reconquête de Jérusalem –, nous engageant ainsi dans un combat interminable et nous gardant artificiellement mobilisés sous sa domination idéologique par ce moyen.

Tel est, cette année, le cadeau de Noël d’un homme qui nous a promis l’enfer et a tenu parole. C’est au creuset de ces incertitudes et de ces tourments que nous communions toutes communautés confondues ; notamment au creuset d’un appauvrissement dont les ravages invisibles s’étendent et se ramifient de jour en jour.

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Le président de Caritas-Liban, le père Michel Abboud, a levé le voile, dans un entretien à la Voix du Liban, sur un aspect de cette souffrance qui, somme toute, était prévisible : les morts silencieuses qui se produisent dans des foyers faute d’hospitalisation, ou plutôt faute de pouvoir réunir à temps les acomptes en liquide exigés par les hôpitaux privés, avant l’admission des patients. Il donnait l’exemple d’un homme décédé parce que ses proches ont frappé trop tard à la porte de Caritas, dont les fonds en ce moment vont principalement au règlement de ces acomptes, a-t-il dit.

C’est dans la privation et le froid d’une étable que le Sauveur du monde est né, disent les Évangiles. C’est sur un instrument de supplice qu’il est mort. Pour un croyant, sa douleur – sa joie douloureuse – est patrimoine de l’humanité. Elle retentit, efficiente, dans les mondes visible et invisible. Et nos propres souffrances peuvent la rejoindre à tout moment pour en être ennoblies.

C’est au creuset d’une même souffrance physique et morale que la destinée nous unit en ce moment. Pour la première fois de notre histoire, aussi intensément, de mêmes épreuves nous aiguillonnent, au point que nous en arrivons à réaliser nos similarités… et nos différences.Sommes-nous une nation ou une fédération de communautés ? se demande-t-on parfois ? C’est se fier trop à la science – sociologie ou histoire – que de croire aux réponses qui en viendraient. Disons plutôt que nous sommes une nation en devenir, forgée par une histoire contemporaine tourmentée aussi bien par une géographie contraignante que nos limites humaines et nos travers personnels et sociaux.Ainsi, à ce sujet, nous assistons en ce moment, sans en croire nos oreilles, à l’effondrement, ou pour le moins aux limites, d’un accord –...
commentaires (4)

Quant aux hôpitaux du Liban, une grande partie est exploitée par le clergé, qui n'assume pas ses responsabilités, tout comme les politiciens.

Mogabgab Alice

08 h 11, le 25 décembre 2021

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Commentaires (4)

  • Quant aux hôpitaux du Liban, une grande partie est exploitée par le clergé, qui n'assume pas ses responsabilités, tout comme les politiciens.

    Mogabgab Alice

    08 h 11, le 25 décembre 2021

  • Cessez de pleurnicher et vous lamenter sur le sort que vous avez vous même crée , révoltez vous dans le sang éliminez cette crasse politique , sortez de votre marasme social.

    Robert Moumdjian

    07 h 43, le 25 décembre 2021

  • Vrai ! Si aoun avait soutenu l’armee au lieu d’appuyer une milice illegale armee et sectaire, on ne serait pas là. Tout celà par gout demesuré du pouvoir. Alors qu’ils etaient censé le defendre, Aoun et le cpl ont tres largement contribué a la disparition de l’Etat de droit.

    Goraieb Nada

    08 h 15, le 24 décembre 2021

  • Voilà ce qui arrive quand les hommes politiques sont prêts à tout pour prendre le pouvoir et le garder, quand à cette fin, ils sont prêts à s'allier au diable, faisant fi des intérêts bien pensés de leur pays et de son peuple. C'est le machiavélisme au ras des pâquerettes. C'est la soif du pouvoir érigée en dogme: après moi le déluge, ou plutôt l'enfer...

    Georges Airut

    07 h 51, le 24 décembre 2021

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