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Économie - Focus

Radiographie des facteurs qui favorisent actuellement l’inflation au Liban

Rien que la semaine dernière, la livre a perdu 9 % de sa valeur.

Radiographie des facteurs qui favorisent actuellement l’inflation au Liban

L’inflation cumulée a atteint près de 548 % entre fin octobre 2019 et fin octobre 2021, selon l’économiste et directeur du département de recherche de Bank Audi Marwan Barakat. Photo M.A.

L’année qui touche à sa fin aura été celle des records les plus tristes pour le Liban sur le plan économique. Depuis le début de la crise, à la fin de l’été 2019, le PIB du pays a diminué de plus de moitié, sa monnaie nationale est en chute libre, tandis que les prix des biens et des services ne cessent d’exploser. Les chiffres de l’inflation publiés la semaine dernière par l’Administration centrale de la statistique (ACS) sont sans appel : fin octobre, l’indice des prix à la consommation, qui mesure l’évolution des prix en livres de plusieurs lots de biens et de services sur le marché libanais, a continué de progresser en rythme mensuel (+16,42 %) pour une hausse annuelle culminant désormais à +173,57 %.

Pour l’économiste et statisticien Robert Kasparian, ancien patron de l’ACS, « une inflation en rythme mensuel qui atteint 7,5 % en moyenne » est un phénomène très lourd pour une économie. Il se base sur ses propres calculs réalisés sur la période allant de septembre 2019 à septembre 2021 (ce taux passe à 7,8 % en incluant octobre 2021).

L’économiste et directeur du département de recherche de Bank Audi Marwan Barakat rappelle pour sa part, en se basant sur les précédents chiffres de l’ACS, que l’inflation avait atteint 137 % en rythme annuel à fin octobre 2020. Le pays n’est pas toutefois « en hyperinflation », estime-t-il, situation qui se caractérise selon les différentes définitions retenues par les économistes, soit par un taux d’inflation mensuel de 50 % ou plus sur au moins deux mois consécutifs, soit une inflation annuelle de 1 000 %. L’inflation cumulée, indique-t-il, a atteint près de 548 % entre fin octobre 2019 (période à laquelle il estime que la crise a commencé) et fin octobre 2021.

L’influence des facteurs de production

Premier constat, l’inflation libanaise actuelle se manifeste dans un contexte défavorable au niveau mondial, avec un pic global de l’inflation de 2 % attendu par le Fonds monétaire international (FMI) pour fin 2021 (+2,8 % pour les pays industrialisés et +5,5 % pour les pays émergents, selon des estimations publiées en octobre dernier). Une pression qui serait due à un décalage entre la relance de la demande et les perturbations de certaines chaînes d’approvisionnement, deux phénomènes inhérents à la reprise post-Covid-19. La hausse des prix de l’énergie, du pétrole et du gaz contribue aussi à alimenter cette tendance, qui devrait s’estomper en 2022, toujours selon le FMI.

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Pour Marwan Barakat, c’est bien la dépréciation de la livre (qui a encore perdu 9 % la semaine dernière face au dollar sur le marché parallèle) qui est le « principal moteur » de l’inflation libanaise. Il estime que cette période de dépréciation violente au cours de laquelle la monnaie nationale a perdu « plus de 93 % de sa valeur » est liée à la combinaison de plusieurs facteurs, dont « la création excessive de livres libanaises, avec un volume passé de 10 000 milliards de livres début 2020 à 43 000 milliards aujourd’hui » ; la crise de liquidités en devises, qu’il attribue aux importants déficits de la balance des paiements ; les « comportements spéculatifs » qui parient sur un taux du marché parallèle que les autorités n’ont jamais pu (ou voulu) contrôler ; et enfin les « facteurs psychologiques liés aux craintes relatives aux perspectives politico-économiques ».

Robert Kasparian juge de son côté que « la hausse du cours du dollar est essentiellement portée par la demande spéculative (dépendant de la situation politique) et la demande de liquidités en billets verts pour les achats courants, beaucoup de commerçants et de prestataires de services exigeant d’être payés en dollars frais ».

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L’ancien patron de l’ACS affirme de plus que l’inflation libanaise est en premier lieu influencée par les prix des facteurs de production – le travail et le capital – ou encore la pression fiscale. « C’est le déterminant principal, devant le taux de change et devant les prix des produits importés, comme le démontrent les données des comptes nationaux (dont il a participé à la reconstitution confiée à la commission spéciale mandatée par la présidence du Conseil des ministres pour la période 1997 à 2010, et qu’il a lui-même complétée pour la période allant de 2011 à 2019, NDLR) », explique-t-il.

Données des comptes nationaux à l’appui, il explique que pendant tout le temps où le taux de change dollar/livre était stabilisé à 1 507,5 par la Banque du Liban, soit une période s’étendant entre septembre 1997 et septembre 2019, l’inflation a été principalement influencée par l’évolution des facteurs de production (hausse des salaires, taux d’intérêt bancaires, entrée en vigueur de la TVA, pour n’en citer que trois). Dans ce contexte, « l’évolution des prix à l’importation a soit accentué, soit au contraire atténué la hausse des prix due aux facteurs internes », poursuit-il.

Entre septembre 2019 et septembre 2021, il constate en outre que si le taux de change a été multiplié par près de 13, les prix n’ont été multipliés « que » par 6,5. « Les agents économiques, dans un pays dont le tissu entrepreneurial est essentiellement composé de petites et moyennes entreprises (PME) et d’entreprises individuelles, ont joui d’une grande liberté pour ajuster les prix des différents facteurs de production », affirme-t-il. De fait, les salaires en livres d’une majorité de Libanais n’ont toujours pas été ajustés dans les mêmes proportions que la dépréciation de la livre, la collecte et le calcul de différents prélèvements obligatoires n’ont pas non plus été amendés par l’administration fiscale, certaines marges ont été rognées et les taux d’intérêt ont été baissés par la Banque du Liban.

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Sur ce point, Marwan Barakat reconnaît également l’importance de ces facteurs en soulignant l’impact « direct » et plus récent de la levée des subventions sur le carburant. Une décision qui a commencé à être mise en œuvre au cours de l’été et que l’économiste rattache à la hausse de « 508 % des prix des transports durant l’année », laquelle s’est répercutée sur l’ensemble des agents économiques.

Bien que ce ne soit pas le principal facteur, comme démontré plus haut, l’évolution de l’inflation reste tributaire de la variation du taux de change, point sur lequel les deux hommes s’accordent. « Or la stabilité du taux de change est intimement liée à la gestion du pays sur les plans institutionnel et économique, et de manière encore plus décisive, sur le démarrage et l’aboutissement des négociations avec le FMI pour débloquer une assistance financière, comme la mise en œuvre des réformes qui seront demandées en contrepartie », conclut Marwan Barakat.




L’année qui touche à sa fin aura été celle des records les plus tristes pour le Liban sur le plan économique. Depuis le début de la crise, à la fin de l’été 2019, le PIB du pays a diminué de plus de moitié, sa monnaie nationale est en chute libre, tandis que les prix des biens et des services ne cessent d’exploser. Les chiffres de l’inflation publiés la semaine dernière par...

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QUI EST VOTRE MEILLEUR AMI ET QUI VOUS VEUT DU BIEN ? CELUI QUI VOUS CRITIQUE OU CELUI QUI VOUS ENCENSE ? IL FAUT SAVOIR CHOISIR.

PRET A SOUTENIR L,OLJ QUE JE CONNAISSAIS.

15 h 30, le 29 novembre 2021

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Commentaires (2)

  • QUI EST VOTRE MEILLEUR AMI ET QUI VOUS VEUT DU BIEN ? CELUI QUI VOUS CRITIQUE OU CELUI QUI VOUS ENCENSE ? IL FAUT SAVOIR CHOISIR.

    PRET A SOUTENIR L,OLJ QUE JE CONNAISSAIS.

    15 h 30, le 29 novembre 2021

  • OLJ, ADMINISTRATION ET REDACTION, JE VOUS MATRAQUE A COUPS DE -GERER MON PROFIL- SINON JE SERAIS CENSURE COMME TOUJOURS, POUR VOUS REVEILLER A VOTRE TACHE MAJEURE QUI EST DE SAUVER LE JOURNAL QUI ETAIT MILLE FOIS AVANT LE CHANGEMENT DU MONSIEUR QUI VOULAIT FAIRE DES EXPERIENCES ET JE VOUS POINTE VOS POINTS FAIBLES. ESPERONS QU,IL Y A DES YEUX POUR LIRE ET DES CERVEAUX POUR PENSER. SINON LE FUTUR EST SOMBRE.

    PRET A SOUTENIR L,OLJ QUE JE CONNAISSAIS.

    15 h 00, le 29 novembre 2021

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