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Société - Disparition

Toufic Bou Hadir, l’infatigable « prêtre des jeunes », succombe à un infarctus

Toufic Bou Hadir, l’infatigable « prêtre des jeunes », succombe à un infarctus

Le P. Toufic Bou Hadir au micro, animant une réunion. Photo DR

« L’Esprit souffle où il veut », dit l’évangéliste saint Jean. Un jour, il a soufflé dans la vie de Toufic Bou Hadir, l’arrachant à une carrière bancaire toute tracée pour le lancer dans l’immense champ apostolique de l’Église maronite. Tendu sans relâche vers une jeunesse en voie de déchristianisation, le « prêtre des jeunes », monsignor Toufic Bou Hadir, a été emporté le 19 octobre, à l’âge de 52 ans, par un infarctus, abandonnant un ministère d’une exceptionnelle fécondité. L’Église maronite, représentée par Mgr Peter Karam, lui a fait d’émouvants adieux, jeudi, dans la grande église Saint-Élie d’Antélias, et la médaille de bronze du Mérite national libanais a été déposée sur son cercueil. Son départ, abondamment commenté sur les réseaux sociaux, laisse un grand vide sur le plan pastoral.

Pour ce natif de Bsalim (Metn), ce doux colosse au visage un peu poupin mais toujours lumineux, qui a œuvré sans relâche pour « une Église jeune pour les jeunes », les lignes de démarcation entre Églises avaient cessé d’exister, dans la mesure où lui-même était de naissance grec-catholique.

Son dynamisme manquera avant tout au bureau des jeunes de Bkerké, une structure installée après l’élection en 2011 du patriarche Béchara Raï, qui avait toujours rêvé de faire du siège patriarcal maronite « un petit Vatican ». Il en fut la cheville ouvrière depuis sa création. L’une des plus grandes réussites de cet administrateur-né fut l’organisation au Liban, en 2017, de la première Journée mondiale de la jeunesse maronite, sur le modèle des JMJ fondées par le pape Jean-Paul II en 1985.

« Vocation tardive »

L’engagement du P. Bou Hadir au service des jeunes du Liban se fit à un coût élevé, aussi bien sur le plan personnel que social et culturel. À 25 ans, licencié en gestion de l’USEK, il souffre d’avoir à décevoir les attentes de ses parents en renonçant à une confortable carrière bancaire pour embrasser la vocation sacerdotale. Socialement et culturellement, il s’aventure sur une route qui n’est pas balisée, défrichant un terrain marqué par diverses fractures socio-culturelles. « Vocation tardive », comme on dit, il n’aura pas assez de tout ce que son insertion professionnelle lui a appris du monde pour adapter son discours à ceux dont il a la charge pastorale.Certes, il n’arrive pas sans armes. Des années d’apprentissage continu au contact des scouts, des enfants à handicap de l’association Foi et Lumière (il y a toujours quelques jouets dans sa voiture), de la Maison du prêtre, à Maad (Jbeil), du rassemblement « Jésus ma joie » et des nombreuses initiatives de son service pastoral dans la région de Jbeil, il s’est aguerri, il a tissé d’innombrables filets, il a acquis de l’expérience.

La transmission de la foi

Mais la rupture de la chaîne de transmission de la foi entre les générations, la confrontation avec une jeunesse déchristianisée, ou en voie de l’être, l’impact des années de guerre qui ont légitimé le chacun pour soi et la triche, pour ne pas dire plus, l’obligent à se dépenser sans limites au service d’une « nouvelle évangélisation ». Sa devise devient alors : « Si les jeunes ne viennent pas à toi, va à eux. » En dépit de toutes ses qualités d’administrateur, il est continuellement « en sortie » de sa zone de confort, continuellement sur la brèche, même au détriment de son sommeil. Les veilles ne manquent pas de l’user physiquement, témoigne son frère cadet Maged, une figure bien connue du petit écran.

Homme de désir – et néanmoins bonne fourchette –, Toufic Bou Hadir est parti le 19 octobre, jour anniversaire de la proclamation par Jean-Paul II comme « docteure de l’Église » de Thérèse de Lisieux, sa sainte de prédilection. La coïncidence des dates est troublante. « Pourquoi ? » s’interrogent tous ceux qui sont devenus ses amis, surpris par le brusque départ d’un prêtre d’une rare étoffe dont l’Église a de toute évidence un si grand besoin.


« L’Esprit souffle où il veut », dit l’évangéliste saint Jean. Un jour, il a soufflé dans la vie de Toufic Bou Hadir, l’arrachant à une carrière bancaire toute tracée pour le lancer dans l’immense champ apostolique de l’Église maronite. Tendu sans relâche vers une jeunesse en voie de déchristianisation, le « prêtre des jeunes », monsignor Toufic Bou...

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