Rechercher
Rechercher

Politique - Commentaire

Nasrallah et le piège permanent du « nous contre eux »

Le Hezbollah a peur de l’enquête sur la double explosion du port de Beyrouth.

Nasrallah et le piège permanent du « nous contre eux »

Un portrait de Hassan Nasrallah à Baalbeck, le 16 septembre 2021. Aziz Taher/Reuters

Vous voulez la justice ? Vous aurez la guerre ! Pas besoin d’avoir bac+8 pour comprendre à quoi joue le tandem chiite et en particulier le Hezbollah depuis quelques jours. Cette méthode est dans l’ADN du parti qui y recourt à chaque fois que l’on s’approche de ses lignes rouges. Le Hezbollah répète depuis des années à qui est encore assez naïf pour le croire que ses armes sont un outil au service de la « résistance », un moyen de protéger le Liban contre des agressions extérieures. Mais ce sont bien ces mêmes armes qui lui permettent de faire un chantage permanent à la paix civile et de prendre tout le pays en otage à chaque fois qu’il se sent menacé. Il l’a fait en décembre 2006, en démissionnant du gouvernement Siniora et en appelant à des sit-in au centre-ville pour le renverser, afin d’empêcher la création d’un tribunal international pour enquêter sur l’assassinat de l’ex-Premier ministre Rafic Hariri. Il est allé encore plus loin en mai 2008 en envahissant Beyrouth à la suite de la décision du gouvernement de démanteler son réseau de sécurité. Puis une nouvelle fois en 2011, en faisant tomber le cabinet Hariri, qui refusait de renoncer au tribunal international. Et encore une fois en 2019 en envoyant ses partisans dans la rue pour effrayer les contestataires et tuer la révolution dans l’œuf. Le parti s’appuie à chaque fois sur le même triptyque : diffamation, menaces, intimidation. Tous les opposants sont assimilés à des agents au service des ambassades ennemies. Toutes les méthodes sont bonnes pour faire taire un adversaire. Tous les coups de force doivent rappeler qui est le véritable maître à bord.

Lire aussi

Le gouvernement miné par l’enquête, risques de débordements dans la rue

Le Hezbollah a décidé qu’il n’y aura pas d’enquête sur la double explosion du port de Beyrouth, qui a fait au moins 218 morts et plus de 7 000 blessés. Ou que celle-ci ne pourrait viser aucun responsable chiite et ne répondre à aucune des nombreuses zones d’ombre susceptibles de mettre en cause le parti. Qui a importé le nitrate d’ammonium ? Qui a décidé de son stockage à Beyrouth ? Quelles relations le Hezbollah entretient-il avec les trois hommes d’affaires syro-russes, proches du régime syrien, qui se cachent derrière la société Savaro Limited, propriétaire de la cargaison ? La formation chiite semble désormais prête à tout pour venir à bout de Tarek Bitar, le juge en charge de l’enquête, qui a eu le malheur d’inculper des proches du parti – qui étaient au courant de la présence de cette matière explosive dans le port et n’ont rien fait – et de se montrer trop curieux.

Lire aussi

Nasrallah, torpilleur en chef de la justice

À l’instar du leadership sunnite, le Hezbollah joue sur la fibre communautaire en reprochant au juge d’avoir une approche arbitraire qui épargne la présidence chrétienne, en raison de l’immunité que lui confère sa fonction. Mais si le parti a envoyé une menace directe à Tarek Bitar, si Hassan Nasrallah a sérieusement haussé le ton lors de son dernier discours et si le tandem chiite a décidé d’organiser aujourd’hui un rassemblement contre le juge, insulte suprême aux victimes qui rappelle à certains les pires souvenirs du 7 mai 2008, c’est que l’enjeu est plus important que cela pour le Hezbollah. Ce dernier a clairement peur de l’enquête. Comme il avait peur de celle menée par le tribunal international qui a fini par désigner l’un de ses membres, Salim Ayache, comme le chef de l’équipe qui a mené l’attaque contre Rafic Hariri. Rien de plus dangereux que la justice lorsque l’on veut cacher l’aspect le plus mortifère de sa nature milicienne, alors que le parti est accusé d’être impliqué dans toute la campagne d’assassinats qui a touché le Liban depuis le début des années 2000 jusqu’au 4 février dernier, le jour du meurtre de Lokman Slim.

Sa principale arme

Cela fait bien longtemps que le Hezbollah n’est plus seulement un État dans l’État mais aussi un État au-dessus de l’État. Il décide de la paix et de la guerre pour le Liban. Il envoie ses hommes en Syrie pour guerroyer aux côtés d’un régime sanguinaire qui a phagocyté le pays du Cèdre pendant des décennies. Il paralyse l’État pour nommer son principal allié à la présidence. Il refuse la défaite dans les urnes et impose son droit de regard sur chaque dossier. Il importe son pétrole iranien en toute illégalité et se félicite d’être capable de se substituer à un État qu’il a lui-même largement contribué à faire disparaître.

Le décryptage de Scarlett HADDAD

Le Hezbollah et le juge Bitar : qui a peur de l’autre ?

Mais tout cela n’est pourtant pas le pire dans cette histoire. Le pire c’est que le Hezbollah oblige le reste du Liban à être comme lui. À être en permanence dans une logique sectaire et milicienne qui ne laisse place à aucune nuance, à être dans la confrontation frontale et totale qui ne laisse place à aucun dialogue. Avec lui, il ne peut y avoir de batailles politiques. C’est soit la guerre civile, soit la soumission.

C’est là sa principale arme : avoir réussi à faire croire à sa communauté que son affaiblissement, ou pire sa disparition, relève pour elle d’un enjeu existentiel. Avoir réussi à faire de la logique du « nous contre eux » bien plus qu’un slogan, mais une religion. Et contrecarrer ainsi la seule approche susceptible de réellement lui nuire : celle qui consiste à ne jamais rien lui céder, mais à tendre dans le même temps la main à la communauté chiite bien trop longtemps marginalisée.


Vous voulez la justice ? Vous aurez la guerre ! Pas besoin d’avoir bac+8 pour comprendre à quoi joue le tandem chiite et en particulier le Hezbollah depuis quelques jours. Cette méthode est dans l’ADN du parti qui y recourt à chaque fois que l’on s’approche de ses lignes rouges. Le Hezbollah répète depuis des années à qui est encore assez naïf pour le croire que ses armes sont un...

commentaires (21)

SEUL LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE PEUT S’EXPRIMER AU NOM DE SON PAYS. CHACUN A LA LIBERTE D’EXPRESSION. N’EN DEPLAISE A CERTAIN C’EST UN DROIT DE FAIRE CONNAITRE LE PRODUIT DE SON ACTIVITE INTELLECTUEL . OR , PEUT-ON DONNER L’IMAGE DES AUTRES A PARTIR DE L’IMAGE DE SOI ? J’EN DOUTE.

aliosha

20 h 57, le 14 octobre 2021

Tous les commentaires

Commentaires (21)

  • SEUL LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE PEUT S’EXPRIMER AU NOM DE SON PAYS. CHACUN A LA LIBERTE D’EXPRESSION. N’EN DEPLAISE A CERTAIN C’EST UN DROIT DE FAIRE CONNAITRE LE PRODUIT DE SON ACTIVITE INTELLECTUEL . OR , PEUT-ON DONNER L’IMAGE DES AUTRES A PARTIR DE L’IMAGE DE SOI ? J’EN DOUTE.

    aliosha

    20 h 57, le 14 octobre 2021

  • Certains libanais ont encore besoin d’un dessin en couleur pour comprendre la motivation de HN. Ils font exprès de jouer aux ânes pour avoir du foin. Il n’y a pas d’autres explications à leur aveuglement. Un chef de parti taxé de terroriste par le monde entier tient un petit pays au rythme de ses menaces avec ses armes et qui se permet de menacer ouvertement la justice et la paix intérieur du pays n’est pas un patriote qui veut le bien de son pays. C’est un vendu lâche qui se croit courageux parce qu’il détient des armes avec lesquelles ils n’hésitera pas à tuer les citoyens qui se mettraient en travers de son chemin même si parmi eux se trouvent des partisans qui ont toujours cru en lui. Si vous continuer à ne pas comprendre c’est que vous ne méritez pas de vous exprimer au nom de notre pays.

    Sissi zayyat

    15 h 01, le 14 octobre 2021

  • IL Y A BEAUCOUP DE QUI ? PUIS QUI ? PUIS QUI ? BEAUCOUP D’ACCUSATIONS ET DES SOUS-ENTENDU MAIS PAS DE PREUVES ? ALLEZ, UNE, UNE PREUVE ( EX. STOCKAGE D’ESSENCE/GAZOLE A ZAHLE ) NOIR SUR BLANC AUTREMENT MERCI POUR VOTRE REPORTAGE FACON JEDID +MTV, TINTIN…

    aliosha

    11 h 58, le 14 octobre 2021

  • LA TRINITE DIABOLIQUE DU MAL DE BELZEBUTH LE BARBU AVEC SON ADJOINT LE PATRON DES VOYOUS ET SES DEUX LIEUTENANTS INFERNAUX LES DEUX BELIERS BISCORNUS DE LA, FAUT-IL DIRE BERGERIE PAR POLITESSE, DE RAI SONT LES PRODROMES DE LA CORRUPTION ET LES ARCHITECTES DE LA DESTRUCTION DU PAYS ET DE L,APPAUVRISSEMENT ET DU VOL DE SES CITOYENS, AVEC LEURS COLLEGUES LES MAFIEUX, PAR LEUR ACHARNEMENT CONTRE LES PAYS ARABES SURTOUT ET AUTRES QUI FAISAIENT VIVRE PAR LEUR TOURIEME ET LEURS INVESTISSEMENTS LARGEMENT LES CITOYENS DE CE PAYS. DEGAGEZ-LES ET CHANGEZ TOUTES LES CLIQUES MAFIEUSES POUR QUE REVIVENT LE PAYS ET SON PEUPLE. CHASSEZ CEUX DANS L,ALLEGEANCE N,EST PAS LIBANAISE.

    SOUTENONS L,OLJ. CONDAMNONS SES CENSURES.

    11 h 50, le 14 octobre 2021

  • DIVORCE IMMÉDIAT ET RÉGIME FÉDÉRAL SINON PARTITION. ON EN A LARRE DE CES TERRORISTES DU HEZBOLLAH

    Censuré par l’OLJ

    10 h 56, le 14 octobre 2021

  • Tres vrai

    Tabet Ibrahim

    10 h 38, le 14 octobre 2021

  • etablissons une liste des "libanais" qui sont Comme le hezb vs. ceux qui ne le sont pas : cette derniere est tres courte en fait se compose des partisans des kataeb, FL, Joumblatistes ,qqs independants & bien sur de la societe civile,les 17 Octobristes . NB. ceux dont les reactions sont mitigees sont hors stats, tels que les allies du hezb et d'autres malgre des appuis au juge Bitar :ceux la sont pire que ceux de liste # 1.

    Gaby SIOUFI

    10 h 36, le 14 octobre 2021

  • Qu'est ce qu'il y a dans l'ADN de l'auteur de cet article plein de nuances ?

    NASSER Jamil

    10 h 32, le 14 octobre 2021

  • Excellent résumé et analyse de la situation

    AntoineK

    10 h 08, le 14 octobre 2021

  • Le comportement des responsables du Hezbollah donne raison à ceux qui qualifient ce parti d'organisation terroriste ! Qui aura le courage de leur signifier: "ça suffit ! "...et de demander à celui qui les couvre de rentrer enfin chez lui, vu son âge avancé et sa faiblesse physique de plus en plus visible...???- Irène Saïd

    Irene Said

    09 h 19, le 14 octobre 2021

  • Bonjour N’y a t il personne de la famille de Aoun, des proches, des conseillers de Aoun ( qui ne soient pas PSNS) de Aoun lui-même… pour lire cet article ? Le citoyen CPL. , celui qui réfléchit… ne peut-il pas faire le point avec lui-même sur la mauvaise trajectoire, la nocive alliance faite avec ces intégristes islamistes gravitant autour de l’iran? Le CPL qui , lui, elle, envoie ses enfants étudier aux USA, EUROPE … et non en Chine , en Iran ou en Syrie. Peuvent-ils revoir leur conscience et pour une fois revoir les dégâts causés par ces islamistes , d’un autre siècle, qui n’ont aucun atome crochu avec les libanais modernes qu’ils sont ? Merci à l’auteur pour cet article logique, réel, objectif .

    radiosatellite.online

    09 h 13, le 14 octobre 2021

  • clair, vrai et precis !

    Goraieb Nada

    08 h 05, le 14 octobre 2021

  • Enfin!cela fait des annees que je le dis... Esperons que le cpl a compris cette fois et que leur porte parole,votre decrypteuse aussi. Aoun et Mikati demissionnez!

    Nassar Jamal

    07 h 40, le 14 octobre 2021

  • Certainement, beaucoup ont lu à propos de la " Secte des Assassins", dans l'ouvrage Samarcande de Amine Maalouf.

    Esber

    07 h 08, le 14 octobre 2021

  • Excellent

    M.E

    06 h 22, le 14 octobre 2021

  • Ah ça c’est envoyer hien !!

    Bery tus

    06 h 13, le 14 octobre 2021

  • "La communauté chiite bien trop longtemps marginalisée" Ca en devient insupportable. Les Chiites feraient bien de commencer a se sortir de ce discours victimaire, infantile et dangereux En quoi est-elle marginalisée cette communauté? Le fermier chiite de la Bekaa et du Sud ont quoi a envier exactement au fermier du village chrétien de la montagne ou du fermier Druze ou autre? De quoi parle-t-on alors? Que cette communauté ne se sert pas suffisamment dans les coffres de l'Etat? C'est ça la définition de la marginalisation? Non, cherchez ailleurs. Les communautés trop longtemps marginalisées au Liban sont autres: ce sont plutôt les protestants, les syriaques, les chaldéens, les latins, ce qui reste des juifs libanais etc... Oui, voila les communautés marginalisées du Liban et qui n'ont aucun droit au chapitre. Et c'est bien dommage pour le pays...

    Mago1

    04 h 59, le 14 octobre 2021

  • Personne ne se pose la question de savoir comment ce pays est géré par quelqu'un, qui depuis 16 ans, ne voit que très rarement la lumière du jour? Vraiment, Libanais, quelle empathie, quelles idées, quel amour pour la vie peuvent naître d'un homme vivant dans des conditions psychiquement aussi anormales? Que lui reste t-il a perdre, lui qui a déjà tant perdu? Le Liban actuel déshumanise et triste est exactement a l'image de ce pauvre bougre.

    Mago1

    04 h 44, le 14 octobre 2021

  • LES MEMBRES ATTEINTS DE GANGRENE, DEUX ILS SONT ET TROIS AVEC LES PARAVENTS DOIVENT ETRE AMPUTES DU CORP POUR QU,IL REVIVE.

    SOUTENONS L,OLJ. CONDAMNONS SES CENSURES.

    04 h 43, le 14 octobre 2021

  • Eh oui, Mr Samrani: clair, net et précis….Épilogue d’un drame national hors normes mis en place, accepté de manière abjecte au sortir de la guerre par les différents chefs communautaires pour sauver leur peau et préserver leurs privilèges et, le pire dans l’histoire, c’est cet accord contre nature entre cette milice théocratique aux mœurs encore moyenâgeuses et un parti chrétien naïf, rancunier et opportuniste qui pensait prendre sa revanche sur le camp sunnite et retrouver des privilèges illusoires: scénario mis en place depuis plus de 20 ans et beaucoup de gens bien-pensants avaient prédit cette catastrophe inévitable de longue date mais qu’on traitait d’empêcheurs de tourner en rond et d’oiseaux de mauvaise augure…Mais en fait, le Libanais était devenu fataliste: celui qui ne voulait pas quitter le pays et savait qu’il ne pouvait rien faire, se mettait la tête dans le sable et essayait de s’enrichir sur le dos du système et, advienne que pourra, alors que les autres ont carrément déserté ce bateau en perdition vers d’autres cieux! Et maintenant? Que Dieu nous préserve d’une autre guerre civile et, sinon c’est l’iranisation totale et absolue de manière brutale et autoritaire du Hezbollah sur ce qui reste de l’état…Pas de place à un autre scénario, hélas!

    Saliba Nouhad

    03 h 06, le 14 octobre 2021

  • Liban est gravement malade. Il a un cancer non gerissable. Même les Dieux qui sont docteurs ne peuvent pas le sauver. Son stade iranien est bien avancé. Le métastase de hezb est dans tout le pays. Maintenant c'est trop tard. A dieu aux reveurs de la democratie et de la laicité. A dieux mon vieux Liban. Je continue de t'aime

    Jean bader

    02 h 49, le 14 octobre 2021

Retour en haut