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Culture - Édition

S’il vous plaît, dessine-moi une âme d’enfant

À l’école, « Le Petit Prince » de Saint-Exupéry était un passage obligé sauf que, n’ayons pas honte de le dire, personne ne l’a jamais compris du premier coup. Mais c’est peut-être là où réside sa beauté. À chaque relecture, cette œuvre s’enrichit de significations inédites qui trouvent toujours écho dans les esprits. Profitons alors du 75e anniversaire de l’édition française pour revenir, adultes que nous sommes, sur cette œuvre qui réveille l’âme d’enfant qui sommeille en chacun. L’innocence, l’espoir, la sagesse, nous en avons grandement besoin aujourd’hui...

S’il vous plaît, dessine-moi une âme d’enfant

« Voilà le meilleur portrait que, plus tard, j’ai réussi à faire de lui », dixit Antoine de Saint-Exupéry. Photo DR

Origines

Le secret de la naissance du « Petit Prince »

Il serait difficile de croire qu’une œuvre aussi monumentale que Le Petit Prince nous réserve encore le secret de sa création. Car, oui, même si à 80 ans de sa découverte du grand public, et au 75e anniversaire de sa première édition en français, nous avons tous un peu l’impression que ce petit personnage à la toison d’or fait partie de la famille, personne ne sait vraiment où et comment il a été conçu. Longtemps, dans le cercle des biographes et autres inconditionnels d’Antoine de Saint-Exupéry, c’est une version officielle qui retraçait les origines du personnage du Petit Prince : celui-ci aurait été créé par l’auteur durant l’année 1942 aux États-Unis, là où l’ouvrage a été publié pour la première fois, aux éditions Reynal & Hitchcock. Sauf que même là, ce sont deux récits différents qui retracent la naissance du Petit Prince. L’un dit que lors de son hospitalisation (suite à son exil aux États-Unis en 1941), une actrice rendait souvent visite à l’ex-pilote, en lui apportant des contes d’Andersen qui, dit-on, lui auraient donné l’envie d’écrire un conte. En même temps, le cinéaste René Clair offre à Saint-Exupéry une boîte d’aquarelles. C’est ainsi que ce dernier conçoit, en mots et en peinture, son Petit Prince. Le récit alternatif raconte qu’Eugene Reynal, éditeur américain de l’œuvre, découvre un jour un petit personnage qu’Antoine de Saint-Exupéry avait griffonné sur un coin de table. C’est là qu’il lui propose d’en faire le héros d’un conte qui serait lancé pour les fêtes. Si l’œuvre n’est pas sortie au moment prévu, c’est parce que l’auteur aurait passé beaucoup de temps sur les dessins, conçus à la Bevin House de Long Island, et pour lesquels le jeune Thomas De Koninck, fils du philosophe canadien d’origine belge Charles De Koninck, lui aurait servi de modèle, le boxer de Sylvia Reinhardt pour un tigre et le caniche d’un ami pour le légendaire mouton. L’histoire ne s’arrête pas là. C’est un témoignage de l’éditeur Alfred Mame, qui avait fait la connaissance de Saint-Exupéry en 1939, qui brouille les cartes et confirme qu’une première version du conte avait été réalisée en France, avant la guerre, avant d’être reconstituée aux États-Unis. Mystère.

Cinéma

Mark Osborne a enfin gagné le pari

Depuis sa sortie en 1943, Le Petit Prince est un monument de la littérature que de nombreux réalisateurs ont tenté d’adapter avant d’y renoncer devant la difficulté de la tâche. Car peut-on vraiment adapter le roman d’Antoine de Saint-Exupéry sans le trahir ? Orson Welles et Walt Disney en avaient rêvé, mais en vain. Avant la version en film d’animation du Petit Prince par le réalisateur Mark Osborne, en 2015, l’œuvre de Saint-Exupéry a connu plusieurs adaptations, dans différents styles, pas toujours très réussies. Après l’adaptation radiophonique de l’œuvre de Saint-Exupéry sortie en 1954 et racontée par Gérard Philippe, d’autres tentatives filmées ont eu lieu dont on peine à se souvenir.

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Le Petit Prince et sa Rose

En 1974, le réalisateur américain Stanley Donen (Chantons sous la pluie) a revisité l’œuvre sans grand succès dans une version musicale interprétée par Bob Fosse et Gene Wilder. Le Petit Prince a également eu droit à une adaptation en bande dessinée par Joann Sfar en 2008, à des pièces de théâtre, des opéras (par Lev Knipper en 1964, Rachel Portman en 2003 ou Michaël Levinas en 2014) et des comédies musicales, comme celle de Richard Cocciante. L’adaptation de 2015, par Mark Osborne, est produite par Dimitri Rassam (le projet avait initialement était proposé à Hayao Miyazaki qui a décliné). Il aura fallu neuf ans aux producteurs pour mener à bien leur projet. Retranscrire la magie et la poésie du roman original dans un film d’animation en images de synthèse était-il possible ? Un pari risqué, mais il s’est avéré payant pour Mark Osborne.

Pour éviter les écueils, les scénaristes ont raconté plusieurs histoires dans un même film : celle d’une petite fille qui vit dans un monde d’adultes, celle d’un aviateur qui n’a jamais vraiment grandi et celle du Petit Prince, que tout le monde connaît. Le tout rassemblé dans un long-métrage rassemblant un casting de choix : André Dussolier, Florence Foresti, Vincent Cassel, Marion Cotillard pour les voix, Hans Zimmer à la musique.

« Le Petit Prince » au cinéma.

Symbolique

Le boa, l’éléphant et les planètes

Écrit pour déstabiliser, Le Petit Prince est un livre pour adultes à lire en retrouvant le jeune enfant qui habite en chacun de nous. Pour avoir la capacité de voir un éléphant à l’intérieur d’un boa et non un chapeau, il faut aller à la rencontre de l’indicible, de l’invisible, de cette part de mystère caché dans toute chose. « L’essentiel est invisible pour les yeux » (qui reprend la théorie de Platon sur « le monde des Idées » qu’illustre l’éléphant caché dans le boa) et « on ne voit bien qu’avec le cœur » (qui reprend la distinction de Pascal sur les vérités sensibles au cœur). Dans l’Évangile de saint Matthieu, il est dit : « Si vous ne changez pas pour devenir comme les petits enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume de Dieu. » Saint-Exupéry se révèle pleinement dans un symbolisme qui s’adresse à chacun et dans lequel il livre les clefs d’une philosophie de la réussite, de l’homme universel. La rencontre avec un renard l’incite à penser l’amitié, et le lien à la rose à redécouvrir l’amour. Les visites successives des six planètes puis de la Terre, où chaque planète constitue une étape dans la formation de son personnage, donne ainsi au récit une dimension clairement initiatique qui l’enracine dans le genre du conte philosophique, mais une philosophie pratique. Saint-Exupéry ne supportait pas sa vie en tant que spectateur du monde. Il se voulait être acteur avant tout. Son Petit Prince est un héros peu ordinaire qui porte en lui les deux choses antinomiques de la vie. Il est d’une condition mortelle et d’une nature immortelle et s’avère être un personnage toujours en mouvement, insaisissable parce l’immobilisme est la voie de l’absurdité de la vie. Le dialogue entre le Petit Prince et le pilote en panne est un dialogue purement socratique où il n’est jamais question de choses terrestres et factuelles, mais simplement essentielles. Le Petit Prince enseigne au pilote la capacité d’acquérir le discernement, il lui offre cet amour de la clarté. Un dialogue que chaque être humain doit faire à l’intérieur de lui-même. Notre vie est héroïque uniquement si nous sommes capables de faire la traversée et d’affronter la solitude. Devenir un héros, c’est être porteur d’une providence et inspiré par une destinée. L’humain pour Saint-Exupéry n’est pas une finitude en soi, il est une transition entre deux mondes et la Terre est notre vaisseau.

Illustration

Quand Saint-Exupéry a failli ne pas dessiner le Petit Prince

Il n’a pas vraiment surgi de nulle part ce petit personnage blond, si délicat, dessiné par Antoine de Saint-Exupéry. Dans un livre de Mémoires, le photojournaliste de LIFE, John Phillips, fait le récit d’une conversation avec l’aviateur-écrivain alors qu’il lui tirait le portrait : « Quand j’ai demandé à Saint-Ex comment le Petit Prince était entré dans sa vie, il me confia qu’un jour alors qu’il méprisait ce qu’il pensait être une feuille blanche, il aperçut une petite silhouette enfantine et lui demanda qui il était. Je suis le Petit Prince, fut la réponse, me dit-il. » C’est sans doute à partir de là que Saint-Exupéry s’est mis à gribouiller en marge de ses cahiers, de ses lettres et même sur les nappes en papier des restaurants, un petit personnage aux cheveux fins portant un nœud papillon. Un personnage qu’il imagine en héros du conte pour enfants qu’il décide de rédiger en 1942 dans son manoir de Long Island, à New York. Pour illustrer son livre, il fait d’abord appel à son vieil ami Bernard Lamotte. Mais le trait de l’illustrateur de Pilote de guerre se révèle trop réaliste pour ce conte naïf. À la suggestion de sa maîtresse, Silvia Reinhardt, l’auteur finit par réaliser lui-même les dessins de son Petit Prince. Sur les conseils d’un autre de ses amis, l’explorateur Paul-Émile Victor, il utilise des crayons aquarelle pour donner naissance à la fameuse silhouette d’un petit garçon portant, cette fois, autour du cou un foulard qui flotte au vent.

Aujourd’hui, les aquarelles du Petit Prince font partie de l’inconscient collectif. Et si elles ont donné naissance à un florilège de déclinaisons sur des produits divers : cartes, objets de papeterie, figurines etc., elles ont aussi inspiré des dessinateurs et bédéistes de l’envergure d’un Moebius ou encore d’un Joann Sfar. Le premier n’a pas résisté à l’envie de rendre hommage, à l’occasion du 60e anniversaire de la sortie du livre de Saint-Exupéry, à l’intemporalité du célèbre petit personnage, en le représentant dans Le Figaro Littéraire, en version « cool » : les mains dans les poches, en plein désert, accompagné par un mouton.

Quant à l’auteur du fameux Chat du Rabbin, il a signé en 2008 sa version bande dessinée du Petit Prince parce qu’il s’identifiait enfant au petit héros créé par Antoine de Saint-Exupéry, a-t-il confié lors de la parution de son album.

« Le Petit Prince » sous la plume de Joann Sfar, aux éditions Gallimard. Photo DR

Variations littéraires

Qui a tué le Petit Prince ?

L’écrivain Michel Bussi, troisième auteur le plus lu en France en 2020, va publier en octobre un roman offrant une variation autour du personnage du Petit Prince. Code 612. Qui a tué le Petit Prince ? doit paraître le 14 octobre aux Presses de la Cité.

Le livre de Michel Bussi « passe en revue hypothèses, coupables et mobiles pour mettre en lumière la profondeur de cette œuvre et révéler les secrets d’Antoine de Saint-Exupéry, et de son double de papier », a expliqué l’éditeur à l’AFP.

« Depuis son adolescence, Michel Bussi cherche les clés du mystère qui lie la mort du Petit Prince à celle de son auteur. L’enfance, la quête d’identité, l’absence, le désir de liberté contrarié par la responsabilité sont autant de thèmes de ce conte philosophique », a-t-il ajouté.

Saint-Exupéry, aviateur mort en juillet 1944 lors d’une mission en Méditerranée dans des circonstances qui restent inconnues, n’a pas eu l’occasion de voir le succès planétaire de son conte, inspiré à l’origine par un accident en Libye en décembre 1935.

Michel Bussi reversera ses droits d’auteur à la Fondation Antoine de Saint-Exupéry pour la jeunesse, qui finance des projets dans l’éducation et l’environnement.

Sept phrases cultes

« C’est le temps que tu as perdu pour ta rose qui rend ta rose importante. »

« On n’est jamais content là où on est. »

« Droit devant soi, on ne peut pas aller bien loin. »

« On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux. »

« Toutes les grandes personnes ont d’abord été des enfants, mais peu d’entre elles s’en souviennent. »

« Faites que le rêve dévore votre vie afin que la vie ne dévore pas votre rêve. »

« S’il vous plaît... dessine-moi un mouton. »

En paroles et en musique

Il est venu sur la terre

Et n’a vu qu’un grand désert

Quelques fleurs sauvages,

Un renard argenté et un poète égaré

Il s’ennuyait bien souvent

De sa rose de ses volcans

Il a demandé au serpent son ami

De le ramener chez lui

Chantées par Gérard Lenorman, ces paroles résument d’une manière aussi laconique que juste cette œuvre aux mille et une ramifications. Parmi les nombreux contes musicaux inspirés du Petit Prince de Saint-Exupéry, nous retiendrons celui de Joann Sfar, mis en musique par Marc-Olivier Dupin, avec l’Orchestre de chambre de Paris et Benoît Marchand. De même que celui, tout aussi rafraîchissant, de Coralie Fayolle, qui en signe la musique et le livret. Sans oublier la comédie musicale éponyme, produite par Richard Cocciante en 2002 au Casino de Paris. Ou encore la très attachante bande-annonce du film, réalisée par Hans Zimmer et Richard Harvey.


OriginesLe secret de la naissance du « Petit Prince »Il serait difficile de croire qu’une œuvre aussi monumentale que Le Petit Prince nous réserve encore le secret de sa création. Car, oui, même si à 80 ans de sa découverte du grand public, et au 75e anniversaire de sa première édition en français, nous avons tous un peu l’impression que ce petit personnage à la toison...

commentaires (1)

Une âme d'enfant? Prenez n'importe quel libanais. D'ailleurs, peu d'entre eux atteignent l'age adulte avant de mourir....

Mago1

00 h 52, le 12 septembre 2021

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Commentaires (1)

  • Une âme d'enfant? Prenez n'importe quel libanais. D'ailleurs, peu d'entre eux atteignent l'age adulte avant de mourir....

    Mago1

    00 h 52, le 12 septembre 2021

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