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Société - Hommage

Janine Safa, une pionnière de l’amour

Janine Safa, une pionnière de l’amour

Janine Safa, une fondatrice au plein sens du terme. Photo DR

L’Église est mère. À son image, Janine Safa (1930-2021) l’a été pour de nombreuses générations de personnes en situation de handicap, de jeunes sourds et malentendants, pour lesquels elle a créé, avec Souad Ballita, l’Institut de rééducation audio-phonétique (IRAP), probablement mieux connu pour ses sablés et ses croquants que pour son apostolat éducatif. L’archevêque d’Antélias, Antoine Bou Najem, célèbre aujourd’hui à Mtaïleb (Metn) une messe de requiem à l’intention de celle auprès de qui, encore aiglon, il se rendait pour demander conseil.

Étonnant et doux parcours que celui de cette fille « de bonne famille », très tôt attirée par Dieu, et chipant le pain familial pour nourrir ses pauvres. Orpheline de père à un jeune âge, elle refuse les partis et fréquente assidûment les religieuses de Marie Saint-Frai, qui tiennent à Furn el-Chebback un asile, vendu depuis à l’État libanais et devenu faculté des beaux-arts de l’Université libanaise. Elles sont aujourd’hui à Ghodress. Sa jeune maman consent finalement à ce que sa fille, encore adolescente qui ne tient pas en place, rejoigne la congrégation, et voilà Janine Safa à Tarbes, dans les Pyrénées, maison mère des religieuses de Marie Saint-Frai, à quelques kilomètres de Lourdes.

Entre les vieux et les piscines du sanctuaire de Lourdes, Janine passera quelque huit ans, avant de revenir au pays avec la bénédiction de sa supérieure où elle fonde, avec un petit groupe, la Fraternité des malades du Liban. C’est qu’entre-temps, l’archevêque maronite de Beyrouth, Ignace Ziadé, le président Camille Chamoun (un cousin), les pères jésuites qui l’ont confessée et le père Grégoire Haddad ne l’ont pas perdue de vue. Cette entreprenante jeune religieuse est plus nécessaire au Liban qu’en France.

Voilà comment va naître et grandir, d’abord à Jisr el-Bacha, ensuite à Sin el-Fil, la Fraternité des malades du Liban, ancêtre de l’IRAP. Ce sont les malentendants, une douzaine au départ, attirés par son sourire, sa patience et son sens pratique, qui la choisissent. Ils viennent vers elle, qui ne peut qu’embrasser le choix de Dieu.

En 1958, en pionnière, Janine Safa est la première femme à conduire un pèlerinage à Lourdes, grâce à un avion de la Lebanese International Airways (LIA) mis à sa disposition. Au milieu des années soixante, un téléthon est organisé par Jean-Claude Boulos. L’objectif de 70 000 livres libanaises est atteint en une seule soirée. Avec ce montant, elle acquiert le bâtiment actuel de l’IRAP, à Àïn Aar, qui côtoie la grand-route Antelias-Bickfaya. Elle y vivra jusqu’à sa 91e année, cœur battant d’une petite communauté féminine, fidèle quand elle le peut à la prière des heures, dormant sur un lit pliant au hasard des nécessités de l’accueil, soutirant de ceux qui lui sont proches les fonds dont elle a besoin pour sa fondation. Car l’IRAP est une fondation, sans aucun doute, une fondation qui tente de rester autonome financièrement, sans toujours y réussir ; une œuvre au plein sens du terme, c’est-à-dire une école de vie.

Janine Safa est partie à la Pentecôte 2021 entourée d’une couronne de frères et de sœurs attentifs à ses moindres gestes, confiants mais un peu désemparés de la voir traverser une ultime nuit de la foi, à l’image de tant de saints et de saintes qui sont ainsi entrés dans la vie. L’IRAP est un lieu de paix et d’amour, disait-elle. Il le restera.


L’Église est mère. À son image, Janine Safa (1930-2021) l’a été pour de nombreuses générations de personnes en situation de handicap, de jeunes sourds et malentendants, pour lesquels elle a créé, avec Souad Ballita, l’Institut de rééducation audio-phonétique (IRAP), probablement mieux connu pour ses sablés et ses croquants que pour son apostolat éducatif. L’archevêque...

commentaires (2)

C'est notre Vincent de Paul ,Joseph Cottolengo,Abouna Yaacoub,Abbé Pierre...au feminin Son sourire continuera à briller dans notre ciel endeuillé et son action germera en moissons abondantes..

Pere Mansour Labaki

08 h 41, le 12 juillet 2021

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Commentaires (2)

  • C'est notre Vincent de Paul ,Joseph Cottolengo,Abouna Yaacoub,Abbé Pierre...au feminin Son sourire continuera à briller dans notre ciel endeuillé et son action germera en moissons abondantes..

    Pere Mansour Labaki

    08 h 41, le 12 juillet 2021

  • Hommage à cette grande dame au sourire si puissant , au cœur si généreux , au volontariat infini , à l’action si discrète. Vous manquez beaucoup aux petits et grands de l’I.R.A.P mais aussi a beaucoup d’autres . A vous la Vie Éternelle

    Bersuder Jean-Louis

    15 h 11, le 10 juillet 2021

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