Rechercher
Rechercher

Société - Liberté d’expression

Le journaliste Radwan Mortada convoqué par l’armée contrairement aux procédures

Une patrouille militaire encercle les bureaux d’al-Jadeed, le barreau et l’ordre des journalistes volent au secours du reporter.


Le journaliste Radwan Mortada convoqué par l’armée contrairement aux procédures

Le journaliste Radwan Mortada (à gauche) racontant ses démêlés hier avec l’armée Photo tirée de la page d’al-Jadeed sur Twitter

Dans une démarche qui s’ajoute à la tristement longue liste d’entorses officielles aux lois régissant les libertés publiques, le commandement de l’armée a tenté hier de convoquer à Yarzé un journaliste de la chaîne al-Jadeed, Radwan Mourtada, accusé de diffamation après avoir mis en avant la responsabilité du directoire de la Troupe dans le maintien au port de Beyrouth des 2 700 tonnes d’ammonium dont l’explosion, le 4 août dernier, avait détruit plusieurs quartiers de la capitale. Le journaliste a cependant refusé d’obtempérer en faisant valoir son droit à comparaître seulement devant le tribunal des imprimés. Un droit confirmé en soirée par le barreau de Beyrouth et le président de l’ordre des journalistes, Joseph Kossayfi, qui a demandé à l’armée de « respecter la décision de l’ordre à ce sujet, d’autant que le journaliste s’est dit prêt à comparaître devant le tribunal des imprimés si une action en justice est engagée contre lui ».

Sur le plateau d’al-Jadeed, Radwan Mortada a raconté en début d’après-midi avoir reçu dans la matinée la visite de militaires qui lui ont remis une sommation de comparution « immédiate » auprès des services de renseignements à Yarzé, en lui expliquant que celle-ci a été émise sur ordre du procureur près la Cour de cassation, le juge Ghassan Oueidate. « J’ai demandé à voir le document et constaté qu’il émanait de la direction des SR et non pas du parquet, ce que j’ai précisé au militaire qui m’a répondu que l’injonction a été émise sur ordre du parquet », a relaté le journaliste avant d’ajouter : « Je lui expliqué qu’il appartient au parquet de me convoquer et non pas aux SR et que, en tant que journaliste, je ne comparais, conformément aux lois, que devant un magistrat du tribunal des imprimés. J’ai par la suite pris contact avec le juge Oueidate qui a démenti avoir donné un quelconque ordre à mon encontre. »

Lire aussi

Explosion du port de Beyrouth : 25 détenus et d’innombrables questions

Radwan Mortada a ensuite rappelé que la sommation intervient après une décision du commandement de l’armée lui « interdisant l’accès au tribunal militaire et à toutes les institutions relevant des forces régulières » à cause de ses commentaires au sujet de l’enquête sur l’explosion au port.

Le journaliste a accusé le commandant en chef de l’armée, le général Joseph Aoun, « de violer les lois par ces décisions » avant d’expliquer que s’il est poursuivi par la Troupe, c’est parce qu’il avait évoqué sa responsabilité dans l’affaire de la double explosion au port qui a fait au moins 210 morts et des milliers de blessés et de sans-abri. « J’avais affirmé que le général Joseph Aoun et son prédécesseur, Jean Kahwaji, ont une part de responsabilité dans ce qui s’est passé et que l’enquête menée par le juge d’instruction près la Cour de justice, Fady Sawan, restera tronquée et inutile si les deux ne sont pas convoqués et questionnés à ce sujet », a poursuivi Radwan Mortada, en soulignant qu’il « n’a accusé l’armée de rien » mais qu’il a « seulement souligné la responsabilité de son commandement telle qu’elle est stipulée dans la loi sur les armes et munitions, laquelle attribue exclusivement aux forces régulières la responsabilité du stockage de ce genre de matières ». « S’ils veulent me combattre pour ce que je dis, qu’ils le fassent à travers les lois. Je ne comparaîtrai que devant le tribunal des imprimés », a-t-il insisté.

Lire aussi

Ces trois hommes d’affaires syriens qui seraient impliqués dans l’acheminement du nitrate d’ammonium

Un peu plus tard, une patrouille conjointe de la police militaire et des SR de l’armée devait encercler le bâtiment de la chaîne locale à Wata Mousseitbé, empêchant les voitures d’en sortir ou d’y entrer, pendant qu’une unité fouillait les locaux, selon la PDG de la chaîne, Karma Khayat, qui a critiqué « la démonstration de force militaire ». La patrouille devait se retirer en début de soirée. Le journaliste est apparu ensuite sur le plateau du journal télévisé pour donner sa version des faits. Il devait quitter les locaux en soirée.

Entre-temps, le bâtonnier Melhem Khalaf a chargé un groupe d’avocats, composé de Mes Antoine Houeis, Alia Mouallem et Mazen Hoteit, de suivre cette affaire et d’assurer la défense de Radwan Mortada, à tous les niveaux de la procédure judiciaire qui pourrait être déclenchée.

Cette affaire intervient deux jours après la publication par Human Rights Watch de son rapport annuel sur l’état des droits de l’homme au Liban, dans lequel l’organisation internationale relève « une détérioration dramatique » à ce niveau en 2020. Le document fait état notamment d’une régression des libertés d’expression et de réunion suite notamment au soulèvement populaire du 17 octobre 2019.


Dans une démarche qui s’ajoute à la tristement longue liste d’entorses officielles aux lois régissant les libertés publiques, le commandement de l’armée a tenté hier de convoquer à Yarzé un journaliste de la chaîne al-Jadeed, Radwan Mourtada, accusé de diffamation après avoir mis en avant la responsabilité du directoire de la Troupe dans le maintien au port de Beyrouth des...

commentaires (8)

Quel choc pour les libanais qui continuent de vénérer et de croire en son armée. Voir un journaliste encerclé par ces derniers pour avoir osé dire la vérité que tous les libanais réclament est une honte de plus pour notre pays et pour son peuple qui ne sait plus en qui croire. Et dire que nous continuons à jurer par leur nationalisme et leur patriotisme malgré leurs comportement ambigu vis à vis des révolutionnaires. On voulait croire à quelques brebis galeuses et voilà qu’ils nous montrent un autre visage de la force nationale censée protéger ses citoyens et qui se retournent encore une fois contre eux. C’EST UN CRÈVE CEOUR.

Sissi zayyat

13 h 48, le 17 janvier 2021

Tous les commentaires

Commentaires (8)

  • Quel choc pour les libanais qui continuent de vénérer et de croire en son armée. Voir un journaliste encerclé par ces derniers pour avoir osé dire la vérité que tous les libanais réclament est une honte de plus pour notre pays et pour son peuple qui ne sait plus en qui croire. Et dire que nous continuons à jurer par leur nationalisme et leur patriotisme malgré leurs comportement ambigu vis à vis des révolutionnaires. On voulait croire à quelques brebis galeuses et voilà qu’ils nous montrent un autre visage de la force nationale censée protéger ses citoyens et qui se retournent encore une fois contre eux. C’EST UN CRÈVE CEOUR.

    Sissi zayyat

    13 h 48, le 17 janvier 2021

  • Quand je pense qu'il y a sur les reseaux sociaux des "individus" qui appelent l'armee a prendte le pouvoir.... Au risque de me repeter je citerai de nouveau le grand Clemenceau : «la justice militaire est a la justice ce que la musique militaire est a la musique»

    Michel Trad

    20 h 45, le 16 janvier 2021

  • C'est triste.

    PPZZ58

    17 h 58, le 16 janvier 2021

  • Est ce que Mr. Joseph Aoun est parent du Président ? Et encore vous n'avez rien vu .......

    Eleni Caridopoulou

    17 h 15, le 16 janvier 2021

  • ON CENSURE ET ON VEUT PUNIR. CA ME RAPPELLE UN PEU LES METHODES QUOIQUE ELOIGNEES MAIS SEMBLABLES DANS LE SENS DES CENSURES DU FORUM DE L,OLJ ET LA PUNITION DE L,INTERNAUT EN NE PUBLIANT PAS SA LIBRE EXPRESSION MAIS EN L,ETOUFFANT.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    13 h 42, le 16 janvier 2021

  • IMAGINONS UNE SEULE SECONDE QUE LE JOURNALISTE EST DU CÔTÉ BERRY OU LE HEZBOLLAH. EST CE QUE CE GÉNÉRAL, CE GRAND CHAMPION JOUE AUX HÉROS COMME IL VIENT DE LE FAIRE OU BIEN QU'IL FAIT PIPI DANS SA CULOTTE ET S'ÉCRASE ? AU DIABLE LES MERCENAIRES IRANIENS.

    Gebran Eid

    13 h 12, le 16 janvier 2021

  • La susceptibilité de certains fanatiques les rend encore plus bêtes et ignares qu'ils ne le sont déjà.

    Robert Malek

    12 h 29, le 16 janvier 2021

  • Un contre tous et tous pourris! Nous avions touché le fond soudain nous continuâmes de creuser! Que trouva t on ?un miroir! qui renvoyait quoi ? Un image des déjections et de détritus humains que le miroir lui même essayait de s’en débarrasser tant cela lui était insupportable !

    PHENICIA

    09 h 05, le 16 janvier 2021

Retour en haut