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Économie - Conjoncture

Le PIB libanais a fondu de 25,9 %, selon un panel d’économistes

Le panel d’experts sélectionné par Bloomberg a également été interrogé sur l’inflation, le déficit public et la balance courante.

Le PIB libanais a fondu de 25,9 %, selon un panel d’économistes

Une rue du quartier commerçant de Bourj Hammoud, à Beyrouth. Photo P.H.B.

Le PIB réel du pays du Cèdre (calculé en déduisant l’effet inflation) a reculé de 25,9 % en 2020, selon un panel de neuf économistes et analystes, basés au Liban et à l’étranger, interrogés en décembre par Bloomberg dans le cadre de son dernier sondage trimestriel sur l’évolution de la conjoncture dans le pays en crise depuis un an et demi et sans gouvernement de plein pouvoir depuis août dernier. Les résultats du sondage ont été relayés par le Lebanon This Week de Byblos Bank. L’estimation globale est une moyenne de celle réalisée par chaque expert interrogé. Dans le détail, les réponses des participants se sont situées entre -20,6 et -35 %, avec deux tiers des estimations limités à la fourchette allant de -25 % à -27,2 %. La nouvelle estimation dégagée par le sondage de Bloomberg est en nette baisse par rapport aux -17,8 % estimés lors du précédent questionnaire réalisé en septembre 2020. Elle est toutefois alignée avec celle du Fonds monétaire international, qui a tablé sur une baisse de 25 % en octobre dernier, ou encore de l’Institut de la finance internationale (IFI, une association internationale regroupant plusieurs centaines de grandes banques) qui a abaissé ses prévisions de -24 % à -26,5 % en décembre. Seule la Banque mondiale anticipe une fonte de l’activité économique du pays dans des proportions inférieures à 20 % (-19,2 % en octobre).

Instabilité

S’ils sont plus pessimistes qu’en septembre concernant les prévisions de 2020, les experts interrogés ont toutefois légèrement amélioré leurs prévisions pour 2021, anticipant une stagnation du PIB, en lieu et place de la baisse de 1,5 % qu’ils avaient pronostiquée en septembre. La fourchette globale des estimations se situe entre -10 % et +6,2 %, avec une majorité de participants entre 0 % et +6,2 %. Un écart qui traduit la difficulté de s’engager sur un scénario précis, tant la crise que traverse le pays est profonde et son redressement dépend de la volonté et de la capacité de la classe politique à mettre ses divergences de côté pour lancer les réformes nécessaires et identifiées de longue date. Le pays est en outre tributaire de l’instabilité politico-sécuritaire qui règne dans la région, et plus particulièrement les aléas du conflit syrien et les tensions entre le Hezbollah et Israël.

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Ainsi, la Banque mondiale – qui avait pointé du doigt en décembre dernier l’irresponsabilité « délibérée » des dirigeants libanais accusés d’avoir laissé la Banque du Liban et les banques mener une politique d’ajustement financier qui fait « porter l’essentiel du poids de la crise aux petits déposants, entrepreneurs et travailleurs payés en livres » – avait tablé sur un recul du PIB de plus de 13 % en 2021. Un peu plus optimiste, l’IFI avait évoqué deux scénarios. Un premier dans lequel les autorités lançaient, enfin et sérieusement, les réformes de fond les plus urgentes, convainquant ainsi leurs soutiens de débloquer l’essentiel de l’aide financière à laquelle le pays peut prétendre, ce qui permettrait à son économie de renouer avec la croissance dès 2021 (+5 %). Et un second, moins idyllique, dans lequel l’aide versée serait plus restreinte, faute de réformes, repoussant un éventuel retour de la croissance à 2023 (+0,9 %).

Le panel d’économistes a également été interrogé sur l’inflation, qui s’est littéralement envolée au fur et à mesure que la livre s’effondrait face au dollar (près de 9 000 livres le dollar, alors que la parité officielle est à 1 507,5 livres). Les experts interrogés ont dégagé une estimation moyenne d’inflation de +97,6 % en 2020, un niveau inférieur aux 134 % récemment calculés par l’Administration centrale de la statistique au Liban, en attendant l’indice des prix à la consommation (IPC) de décembre. Pour 2021, les mêmes économistes s’attendent à une hausse de 42,3 %. Au niveau budgétaire, le panel s’attend à ce que le ratio déficit public/PIB atteigne 10,9 % en 2020 et 10 % en 2021. Les experts se sont enfin avancés sur un déficit de la balance courante (soit la somme de la balance commerciale, celle des revenus et enfin celle des transferts courants) à 15,1 % du PIB en 2020, puis 13,2 % en 2021.

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D’une violence sans précédent dans l’histoire récente du Liban, la crise a été aggravée par l’épidémie de Covid-19 et la terrible double explosion qui a ravagé le port et plusieurs quartiers de Beyrouth le 4 août dernier. Le pays a en outre fait défaut sur ses obligations d’État en devises (eurobonds) en mars dernier, dont une importante partie était détenue par la Banque centrale et les banques du pays. En proie à une vaste crise de confiance et de liquidités en dollars, ces dernières restreignent depuis l’automne 2019 l’accès de la majorité des déposants à leurs comptes en devises et sont à l’aube d’une importante restructuration.

La gravité de la situation libanaise est telle que l’agence de notation financière Moody’s a estimé jeudi dans un rapport sur l’évolution des perspectives mondiales en matière d’endettement souverain dans le monde que le Liban afficherait sans doute les pires performances économiques sur le plan régional en 2021, aux côtés de l’Irak.

Indice de développement humain : le Liban 92e mondial

Avec un score de 0,744 point (sur un barème de 1), le Liban occupe le 92e rang mondial sur 189 pays retenus au classement de l’indice de développement humain (IDH) réalisé par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). Le pays du Cèdre, qui a perdu 2 places par rapport à la précédente édition annuelle, est 8e sur les 20 pays arabes étudiés, dans un classement dominé par les Émirats arabes unis. La Norvège a, elle, le meilleur IDH du monde (0,957).

L’organisation onusienne a créé cet indicateur synthétique en 1990 afin de mesurer le niveau de développement qualitatif d’un pays, dimension que le PIB ne permet pas d’évaluer. L’espérance de vie, l’accès à l’éducation et la richesse par habitant en étaient les trois piliers fondamentaux jusqu’à cette dernière édition. Le PNUD a en effet annoncé avoir intégré pour la première fois un critère notant l’impact environnemental des pays étudiés – émissions de CO2, notamment.



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