Rechercher
Rechercher

Économie - Rapport

Conjoncture : l’IFI enfonce un peu plus le Liban

Si les réformes attendues ne sont pas mises en place, l’Institut de la finance internationale estime que le taux de change grimpera à 9 472 livres fin 2021, pour atteindre près de 30 000 livres fin 2024.

Conjoncture : l’IFI enfonce un peu plus le Liban

Vue de la zone portuaire de Beyrouth. L’Institut de la finance internationale a dégradé ses projections concernant le PIB libanais à deux reprises depuis la catastrophe du 4 août. Photo P.H.B./Archives

L’Institut de la finance internationale (IFI) a mis à jour cette semaine ses projections concernant la situation économique libanaise, qui traverse une crise profonde et multidimensionnelle – économique, financière, sociale, sanitaire et institutionnelle – depuis un an et demi.

L’association, qui rassemble plusieurs centaines de grandes banques dans le monde, a dégradé sa projection concernant l’évolution du PIB pour la deuxième fois depuis l’explosion meurtrière du 4 août dernier, qui a soufflé le port de Beyrouth et plusieurs quartiers de la capitale, la faisant passer de -24 % à -26,5 % (en éliminant l’effet de l’inflation), soit 25,8 milliards de dollars (PIB nominal, soit avec l’effet de l’inflation) à l’issue de l’exercice. En octobre dernier, le Fonds monétaire international (FMI) avait tablé sur une chute de 25 %, contre 19,2 % pour la Banque mondiale (BM) au même moment, pour des décotes peu ou prou du même ordre que celle anticipée par l’IFI en août.

L’économiste en chef pour la zone MENA au sein de l’IFI, Garbis Iradian, a considéré que le pays risquait de suivre la même trajectoire que certains « États faillis comme le Venezuela », reprenant à son compte un parallèle effectué en octobre par le FMI – dont il est lui-même un ancien cadre. Parmi les autres chiffres qui font froid dans le dos, l’IFI s’attend à ce que le ratio dette/PIB atteigne 221 % en utilisant le « taux de 3 890 livres pour un dollar pour convertir en livres les 32 milliards de dollars d’eurobonds et autres engagements en devises » contractés par l’État.

Taux d’inflation à 142,3 %

Ce ratio pourrait être encore plus élevé si la dette en devises était calculée sur la base du taux actuel dollar/livre chez les agents de change, qui fluctue actuellement au-dessus de la barre des 8 000 livres pour un dollar. En septembre, le financier libanais Nicolas Chikhani avait évoqué au site Arabian Business un seuil supérieur à 375 % en tenant compte de ces paramètres. À titre de comparaison, le FMI est resté en octobre sur un ratio de 172 % pour 2020, tandis que la BM s’attend à ce qu’il atteigne 178,2 %.

Lire aussi

Les subventions généralisées touchent à leur fin. Et après ?

La livre a commencé à s’effondrer par rapport au dollar en août 2019, mais la parité officielle de 1 507,5 livres pour un dollar est toujours artificiellement maintenue par la Banque du Liban (BDL) pour certaines transactions. Signe tangent de cette dépréciation, la masse monétaire en livres dans le pays a triplé en un an, rappelle l’IFI, qui a calculé à 3 853 livres pour un dollar le « taux de change moyen pondéré » sur l’ensemble de 2020, en tenant compte de la parité officielle, du taux du « dollar libanais » mis en place par la circulaire n° 151 (3 900 livres pour un dollar) et du taux moyen sur le marché noir (5 528 livres). Le FMI estime ce taux pondéré à 5 009 livres pour un dollar, a souligné l’IFI dans son rapport.

Parmi les autres chiffres, l’association anticipe un taux d’inflation de 142,3 % contre 144,5 % pour le FMI ; un ratio déficit budgétaire/PIB de 9 %, contre 16,5 % pour l’organisation internationale ; ou encore un déficit de la balance des paiements (la différence entre les flux entrants et sortants) de 2,9 milliards de dollars, soit un peu moins que les 3,1 milliards de dollars calculés par le FMI.

Deux scénarios

Fidèle à ses habitudes, Garbis Iradian a abordé la conjoncture libanaise à moyen terme à l’aune de deux scénarios : un premier, plutôt optimiste, dans lequel les dirigeants libanais forment un gouvernement « indépendant des allégeance sectaires » et commencent à sérieusement mettre en place les réformes réclamées par les soutiens du pays, lui permettant ainsi de décrocher un financement externe ; et un second dans lequel le « statu quo » actuel est maintenu (le terme désignant le blocage de l’agenda de réformes et de la formation du gouvernement depuis le 10 août par les différents acteurs de la politique libanaise, NDLR).

Dans le premier scénario, qui a « 60 % de chances » de se réaliser, la monnaie nationale pourrait s’apprécier jusqu’à atteindre un taux inférieur à 6 500 livres pour un dollar « début 2021 », ce qui mettrait un coup de frein à l’inflation et permettrait à la Banque centrale d’unifier les taux de change. Avec le lancement des réformes attendues – notamment l’audit de la BDL, qui semble suspendu depuis le désistement le mois passé d’Alvarez & Marsal, la société chargée du volet juricomptable – et le déblocage des financements externes –

entre autres, les plus de 11 milliards de dollars de prêts et dons réservés pour réhabiliter les infrastructures lors de la conférence de Paris d’avril 2018

(CEDRE), plus de 8 milliards pouvant être obtenus du FMI et d’éventuels financements venus du Golfe –, l’IFI estime que le Liban peut viser un ratio dette/PIB de 80 % à l’horizon 2024. Si ce scénario se concrétise, l’IFI envisage même un retour de la croissance dès 2021 (+5 %).

Dans le second scénario, l’aide serait limitée aux contours beaucoup plus restreints de la conférence internationale de soutien organisée le 9 août dans le sillage de la catastrophe du 4 août (dont les causes et/ou les responsables sont toujours inconnus) et le pays se dirigerait vers plusieurs années de disette, avec notamment un taux de change qui grimperait à 9 472 livres fin 2021, pour atteindre près de 30 000 livres fin 2024, tandis que le ratio dette/PIB resterait « bien au-dessus » de 120 % à l’issue de cette période et que la croissance resterait négative jusqu’en 2023 au moins.

Contrôle des capitaux

Le pays est en crise depuis un an et demi et le gouvernement de Hassane Diab a fait défaut en mars dernier sur les eurobonds, avant de solliciter le FMI pour débloquer une assistance financière. La procédure n’a pas abouti, faute de consensus côté libanais sur le calcul des pertes et la marche à suivre. Le FMI ainsi que les principaux soutiens du pays réclament la mise en place d’une série de réformes préalablement à tout octroi d’une aide financière conséquente pouvant servir à financer le redressement du pays. Listée dans le rapport de l’IFI, ces réformes incluent la réalisation d’un audit fiable des comptes de la BDL, la réforme de l’électricité ou encore l’adoption d’une loi officialisant le contrôle de capitaux de facto mis en place par les banques dès l’automne 2019.

Mais ce dernier point fait désormais débat parmi les voix qui militaient pour sa mise en œuvre. Sur Twitter, le PDG de FFA Private Bank, Jean Riachi, a par exemple considéré que cette loi aurait dû être adoptée en octobre 2019, « quand les banques avaient encore des liquidités en devises », considérant que son éventuelle entrée en vigueur aujourd’hui « pourrait avoir un impact négatif sur la relance de l’économie ». Contacté, il a aussi alerté sur le risque que cette loi, dont l’objectif serait de mettre tous les déposants sur un pied d’égalité, ait finalement l’effet contraire dépendamment de comment elle est rédigée et appliquée dans le contexte actuel. Il propose enfin de « laisser le dollar libanais (celui qui peut être retiré au taux de 3 900 livres pour un dollar) s’échanger librement contre de vrais dollars après avoir régulé le système financier, pour plus d’équité et de transparence ».


L’Institut de la finance internationale (IFI) a mis à jour cette semaine ses projections concernant la situation économique libanaise, qui traverse une crise profonde et multidimensionnelle – économique, financière, sociale, sanitaire et institutionnelle – depuis un an et demi.L’association, qui rassemble plusieurs centaines de grandes banques dans le monde, a dégradé sa projection...

commentaires (3)

"... l’adoption d’une loi officialisant le contrôle de capitaux ..." - pour tous ceux qui croient qu’une telle loi a pour but de punir les banques qui refusent de nous remettre nos économies, vous vous mettez le doigt dans l’œil jusqu’à la prostate. Au contraire, cette loi va rendre légales les restrictions illégales mises en place par les banques. Ce n’est pas tout à fait ce que demande le peuple...

Gros Gnon

02 h 12, le 20 décembre 2020

Tous les commentaires

Commentaires (3)

  • "... l’adoption d’une loi officialisant le contrôle de capitaux ..." - pour tous ceux qui croient qu’une telle loi a pour but de punir les banques qui refusent de nous remettre nos économies, vous vous mettez le doigt dans l’œil jusqu’à la prostate. Au contraire, cette loi va rendre légales les restrictions illégales mises en place par les banques. Ce n’est pas tout à fait ce que demande le peuple...

    Gros Gnon

    02 h 12, le 20 décembre 2020

  • TOUS LES MAFIEUX SUR LA MEME LONGUEUR D,ONDE !

    SOUTENONS L,OLJ. CONDAMNONS SES CENSURES.

    14 h 04, le 19 décembre 2020

  • Ces analyses de ces grands experts financiers internationaux me font pouffer de rire, notamment la projection a 9472LL pour un $ (il manque les piastres pour plus de précision ... ). Il est très facile de réécrire l’Histoire et encore plus facile d’imaginer des scénarios à la Netflix. Mais aucun de ces experts ou financiers n’avait un seul instant imaginé, prévu ou mis en garde de la catastrophe financière actuelle dont les SEULS responsables sont les dirigeants politiques des 30 dernières années, le gouverneur de la BdL et tous ceux qui se font appeler banquiers. Et on veut faire payer l’addition de ces pertes aux épargnants libanais car les fortunes de toutes les personnes précitées sont à l’abri dans les paradis fiscaux. Alors messieurs les grands experts, au lieu de divaguer sur des scénarios fantaisistes, cherchez plutôt à savoir comment et où a disparu l’argent des libanais, vous serez au moins pour une fois utiles à la société

    Censuré par l’OLJ

    10 h 44, le 19 décembre 2020

Retour en haut