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Liban-Israël

Washington joue son rôle de médiateur et prépare la relance des négociations

En tournée à Beyrouth, l’émissaire américain John Desrocher insiste sur le maintien du processus.

Washington joue son rôle de médiateur et prépare la relance des négociations

Le président Aoun s’entretenant avec le diplomate John Desrocher en présence des deux délégations libanaise et américaine, hier, à Baabda. Photo Dalati et Nohra

C’est surtout pour maintenir les négociations libano-israéliennes autour de la délimitation de la frontière maritime entre les deux pays et préparer un climat propice à leur relance que Washington a dépêché à Beyrouth John Desrocher, médiateur américain dans ces pourparlers. De par son timing, la visite de l’émissaire américain à Beyrouth semble avoir remplacé la quatrième séance de négociations entre les deux camps, qui devait se tenir hier mais qui a fini par être reportée sine die lundi dernier. Le processus a été gelé dans un contexte politique tendu entre Beyrouth et Tel-Aviv.

Lancées début octobre dernier, ces négociations, menées sous l’égide de l’ONU avec une médiation américaine, ont en effet subi un freinage soudain lors de la toute dernière séance tenue le 11 novembre dernier. Le Liban avait en effet revendiqué, en plus de la zone maritime contestée de 860 kilomètres carrés (selon une carte enregistrée auprès de l’ONU en 2011 mais que le Liban juge aujourd’hui erronée), 1 430 km2 supplémentaires plus au sud, s’étendant dans une partie du champ gazier de Karish dont Israël a confié l’exploration à la société grecque Energean. Le 20 novembre, Israël a accusé le Liban d’avoir changé sa position à plusieurs reprises sur la démarcation de la frontière maritime, avertissant que cela pourrait mener à une impasse et ainsi freiner la prospection d’hydrocarbures offshore dans la région.

Les difficultés « peuvent être surmontées »

C’est donc pour tenter de convaincre le Liban de revenir à l’accord conclu avant le début des pourparlers (dans le cadre duquel le Liban sollicitait les 860 km2) que M. Desrocher s’est rendu à Beyrouth, selon notre correspondant politique, Mounir Rabih. Ce dernier confie aussi que le diplomate a clairement exprimé cette position devant le chef de l’État, Michel Aoun, qui l’a reçu hier à Baabda, en présence de l’ambassadrice des États-Unis à Beyrouth, Dorothy Shea, et de Salim Jreissati, conseiller du chef de l’État. Toujours selon notre correspondant, le diplomate américain a insisté sur l’importance de la poursuite des négociations, affirmant que Washington est prêt à faciliter cette tâche. Une source qui suit de près le dossier confirme à L’Orient-Le Jour que John Desrocher a fait part de la volonté américaine de voir se poursuivre les négociations, malgré l’opposition israélienne aux demandes libanaises, cartes et documents à l’appui. Mais à en croire cette source, le président Aoun s’est montré ferme en insistant sur l’attachement du Liban à tous ses droits, soulignant que cette position a été clairement exprimée par la délégation libanaise lors des trois séances de négociations.

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Les difficultés sont "surmontables", affirme Aoun

La présidence de la République a d’ailleurs indiqué, dans un communiqué publié hier, que M. Aoun a affirmé devant le diplomate américain que « le Liban est attaché à sa souveraineté sur son territoire et ses eaux ». Il a souligné que Beyrouth « souhaite que les négociations réussissent parce que cela permettra de renforcer la stabilité dans le sud du pays et de bénéficier des ressources naturelles, gazières et pétrolières ». « Les difficultés qui sont apparues lors de la dernière séance des pourparlers peuvent être surmontées au moyen d’une étude approfondie, axée sur les droits internationaux, les différents articles de la loi maritime et tous les textes de loi afférents », a encore estimé le chef de l’État. Il a souligné que la délégation libanaise chargée de mener les négociations « suit des directives claires ». « Il faut que les négociations se poursuivent afin d’atteindre le but fixé et si, pour une raison quelconque, elles font l’objet d’obstacles, nous pourrons étudier des alternatives », a encore estimé M. Aoun.

De son côté, le diplomate américain a exposé au président libanais les « différentes étapes franchies » par les pourparlers et le rôle de médiation des États-Unis, insistant sur l’importance de les mener à bien, « ce qui est dans l’intérêt de tous », selon le communiqué de Baabda.

« Les discussions ont été productives et ont permis un échange de vues franc sur les mesures nécessaires pour parvenir à un accord tant attendu et mutuellement avantageux », a pour sa part affirmé Washington dans un communiqué.

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Pourquoi les négociations sur les frontières maritimes sont reportées

M. Desrocher s’est ensuite entretenu avec le commandant en chef de l’armée, Joseph Aoun, et le général Bassam Yassine, chef de la délégation libanaise en charge des négociations, et d’autres membres de celle-ci. Il se rendra bientôt en Israël afin de poursuivre sa médiation. Selon un source proche du dossier, le sort de la médiation américaine dépendra largement des résultats du déplacement de M. Desrocher en Israël. Et de préciser, en outre, que l’État hébreu continuera de faire pression pour que le Liban abandonne sa revendication des 1 430 km2 supplémentaires. Mais cela exige du temps, d’autant que les concessions semblent exclues, du moins à l’heure actuelle.

Ne pas se faire d’illusions

Pour Marc Ayoub, chercheur en ressources pétrolières à l’Institut Issam Farès de l’Université américaine de Beyrouth, la tournée de l’émissaire américain à Beyrouth visait principalement à « éviter une implosion des tractations, si la séance prévue aujourd’hui (hier) avait eu lieu ». « C’est donc pour préparer le terrain à une relance des négociations, mais aussi pour éviter une escalade militaire entre les deux États ennemis que Washington tient à jouer son rôle de médiateur dans ce dossier », poursuit-il. Cela ne garantit en rien la tenue d’une nouvelle séance de négociations dans un avenir proche, précise-t-il, les États-Unis pouvant estimer qu’il vaudrait mieux retarder le redémarrage pendant la période de transition américaine (jusqu’à l’arrivée de l’administration de Joe Biden à la Maison-Blanche le 20 janvier), et en attendant la réaction de Téhéran à l’assassinat, vendredi dernier, du « Soleimani du nucléaire » iranien, Mohsen Fakhrizadeh, attribué par la République islamique à l’État hébreu. Marc Ayoub note par ailleurs que le dossier des négociations libano-israéliennes doit être abordé avec un certain pragmatisme. Les résultats de cette démarche sur le Liban et son économie ne se feront pas sentir avant l’année 2030 au moins, rappelle-t-il, interrogé par L’OLJ. « Il ne faut donc pas se faire d’illusions et prétendre que ce processus suffirait à lui seul pour remettre le pays sur les rails », prévient l’expert.



C’est surtout pour maintenir les négociations libano-israéliennes autour de la délimitation de la frontière maritime entre les deux pays et préparer un climat propice à leur relance que Washington a dépêché à Beyrouth John Desrocher, médiateur américain dans ces pourparlers. De par son timing, la visite de l’émissaire américain à Beyrouth semble avoir remplacé la quatrième...

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