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Mode

Dior, un printemps-été 2021 en hommage aux intellectuelles

Dior, un printemps-été 2021 en hommage aux intellectuelles

Dior, collection printemps-été 2021. Photos DR

Cette saison, la crise emmène la mode loin, bien loin, des codes habituels de la séduction. Chez Christian Dior, la directrice artistique Maria Grazzia Chiuri a choisi de rendre hommage aux femmes qui écrivent et reconstitue à travers le vêtement une sorte d’académie idéale. Le printemps-été 2021 de Dior s’inspire ainsi d’égéries insolites dont la singularité se love dans des vies toutes en intériorité. La maison de luxe leur réinvente un vestiaire ample, confortable, propice à la réflexion et aux voyages de l’esprit :

« Dans un contexte privilégiant l’image, redécouvrir la valeur des mots peut aider à créer car le mot est lui aussi, sous sa forme graphique, un dessin. » (Nanni Strada, Lezioni. Moda-design e cultura del progetto, 2013)

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Pour Maria Grazia Chiuri, chaque collection ne consiste pas seulement à concevoir une série de pièces pouvant accueillir le corps des femmes qui les portent ; elle constitue également une réflexion sur les transformations de la société ou une réaction aux événements, comme l’écrit Christian Dior dans son autobiographie. La directrice artistique des collections femme de Dior s’intéresse à un double mouvement : celui de la vie et celui de la mode. Nous vivons une période de crise qui modifie radicalement les comportements, les habitudes, les rituels. Nos esprits ont changé, les attitudes de nos corps aussi. Le concept de mode que nous connaissions est remis en question. « La coupe structure le langage, mais également le vêtement. Elle intervient sur les conventions traditionnelles de la représentation et de la vision d’un corps ou d’une chose, et produit une nouvelle sensation », écrit Germano Celant.

Pour sa collection de prêt-à-porter printemps-été 2021, Maria Grazia Chiuri transforme la silhouette Dior pour respecter, paradoxalement, son héritage : le radicalisme subversif de ses origines. Penser, c’est couper. Redéfinir la forme pour susciter des sensations, lui insuffler un mode de vie différent. La structure de la veste Bar se transforme ainsi avec la réinterprétation de silhouettes issues d’une collection Dior réalisée au Japon pour l’automne-hiver 1957. La présence de lacets permet de l’adapter à sa guise sur le corps. Le tailleur habille chaque femme de manière singulière, unique.

Dior, collection printemps-été 2021. Photos DR

Maria Grazia Chiuri puise son inspiration chez celles qui illuminent les vies et les sentiments grâce à leur écriture : poétesses, intellectuelles, écrivaines. Membres d’une académie idéale. Dans l’intimité de leur maison, de leur espace de travail, lovées dans d’infinies superpositions colorées, comme Virginia Woolf, ou vêtues d’une simple chemise blanche, comme Susan Sontag. Élément indispensable pour Maria Grazia Chiuri, la chemise homme se réinvente. Elle devient une tunique ou encore une robe, faisant écho à l’emblématique robe-chemise Dior, associée à un large pantalon rayé ou à un short. Elle se porte aussi sous de grands manteaux en tissu chiné. Des patchworks de foulards aux motifs cachemire et floraux – ornés de fragments de dentelle offrant un effet de collage romantique – sont déclinés au gré d’une série de robes ou de pantalons ouvrant des possibilités infinies au champ de l’imagination.

Ces tissus, résolument fluides, ne figent pas les formes, mais épousent intimement chacun des corps en une alchimie continue de techniques et de matières : mousseline de soie pour des robes longues dans des tons bleu clair mat, ocre foncé, orange clair ; mousselines ornées de broderies de perles. La taille est soulignée par les smocks, ou rabaissée, pour osciller librement au cœur de cette idée de complexité et de beauté marquée à la fois par la tradition et par l’actualité qui imprègne cette collection. Ainsi, ces mouvements trouvent un écho dans les mots de Germano Celant, qui s’imposent avec force aujourd’hui : « Il est temps, maintenant, que la mode déchiffre ses latences et ses envies, se reconnaisse comme une discipline libre et originale. (Extraits issus du catalogue de la Biennale de Florence – Il tempo e la moda – publié en 1997. L’essai de Germano Celant avait pour titre Tagliare è pensare (Couper, c’est penser). »


Cette saison, la crise emmène la mode loin, bien loin, des codes habituels de la séduction. Chez Christian Dior, la directrice artistique Maria Grazzia Chiuri a choisi de rendre hommage aux femmes qui écrivent et reconstitue à travers le vêtement une sorte d’académie idéale. Le printemps-été 2021 de Dior s’inspire ainsi d’égéries insolites dont la singularité se love dans...

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