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La vie plus forte que la mort

La vie plus forte que la mort

Nous sommes vivants. Nous y avons échappé. Certains avec de grosses séquelles, d’autres sans la moindre égratignure. Certains ont tout perdu, d’aucuns n’ont eu aucun dégât. La vie est faite d’injustice et de miracles, de chance et de fatalité. Cette leçon, nous les Libanais, la connaissions déjà. On l’a maintes fois expérimentée. On l’a retenue par cœur. Retenu l’introduction et la conclusion. On l’a synthétisée, digérée des milliers de fois, parce que notre destin est ainsi programmé. Un destin régi, depuis la nuit des temps, par les autres. Un destin saturé d’invasions, de guerres, d’attentats, de famines, d’occupations, de voitures piégées, d’assassinats et d’exil(s). De cette nouvelle et inédite épreuve de la vie qui nous a mis à terre, nous sommes contraints de tirer à nouveau une leçon. Plusieurs même. Et pas seulement une leçon de vie.

De chaque trauma, de chaque crise, de chaque expérience, il nous est demandé d’extraire le meilleur. De regarder de l’autre côté d’un miroir sans tain. D’essayer de trouver cette étincelle de vie que l’on a voulu (re)trouver dans les battements d’un cœur sous les décombres de cet immeuble de Mar Mikhaël. Ce battement qui était en définitive celui d’un flux d’eau. La fin fut en quelque sorte heureuse. Pas de victime supplémentaire sur cette longue liste macabre de ceux qui ont rendu leur dernier souffle à cause de ceux qui savaient. Ce supposé battement de cœur était en fait une métaphore étrange de ce que vit le peuple libanais aujourd’hui. Un peuple écrasé sous les décombres de la vie, respirant à peine dans ce purgatoire intemporel où il a été projeté, à la recherche du moindre miracle, de la moindre lueur d’espoir.

Et c’est une des leçons que l’on pourrait apprendre de cette apocalypse qui est venue noircir le ciel de Beyrouth ce 4 août à 18h8. Nous savons, malgré toutes les tragédies, les peines, les départs et les douleurs, nous accrocher à la vie. Parce que pour nous, Libanais, la vie est plus forte que la mort. Et l’amour l’est encore plus.

Ce que je retiendrai de ce 4 août, c’est la découverte de nouvelles émotions. Des émotions inconnues jusqu’ici. La découverte de moi-même. De ce qui m’habitait sans que je le sache. J’ai découvert une force plus grande, un espoir en demi-teinte, un attachement infaillible à ma ville, une peur que j’essaie de dompter. J’ai découvert des gens aux idéaux sublimes avec un engagement sincère, un dévouement pour les autres, une empathie pure.

Ce que je retiendrai de ce 4 août, c’est que j’ai la chance d’être vivante. Et aujourd’hui, plus rien n’a d’importance. Ce qui compte dorénavant, c’est la vie. Aussi dysfonctionnelle soit-elle. Aussi folle, ahurissante, violente, différente, contre nature ou anormale soit-elle. Nous savons que dans le monde où nous vivons, il nous est devenu impossible de faire de plans. Nous savons que dans le pays où nous vivons, il nous est devenu utopique de penser rationnellement à l’avenir. Nous n’avons plus aucune certitude à part (en ce qui me concerne en tout cas) celle de l’amour. Ce sentiment qui a surgi du cœur de dizaines de milliers de Libanais est le plus pur et le plus puissant qui ait jamais existé. Et c’est l’amour qui nous aidera probablement à sortir de ce trauma colossal qui s’est imposé à nous, ce soir du 4 août. L’amour que l’on a reçu et celui qu’on a donné. L’amour d’une main tendue à ceux qui sont tombés. L’amour de ces jeunes venus aider ces habitants qu’ils n’avaient jamais vus de leur vie. L’amour de ces volontaires qui se sont tués à la tâche afin de panser les blessures de cette ville maintes fois meurtrie. Afin de nourrir, aider, soigner et réparer ces cicatrices qui ne se fermeront jamais vraiment. L’amour de nos familles, celui de nos amis, de nos proches. L’amour qu’ils nous donnent et qu’on a parfois tendance à oublier ou dont on pense qu’il est acquis.

C’est cet amour-là, celui d’un peuple qu’on aime tellement haïr, qui sera salvateur. Parce que lorsqu’une femme ou un homme se lève pour laisser jaillir ses émotions les plus intenses, elle ou il peut soulever des montagnes. Elle ou il peut accomplir des merveilles. Elle ou il peut se battre pour son pays, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur des frontières, mais également pour elle ou lui-même. Cet amour-là nous permet à nous, Libanais, de choisir la vie au-delà de tout.


Nous sommes vivants. Nous y avons échappé. Certains avec de grosses séquelles, d’autres sans la moindre égratignure. Certains ont tout perdu, d’aucuns n’ont eu aucun dégât. La vie est faite d’injustice et de miracles, de chance et de fatalité. Cette leçon, nous les Libanais, la connaissions déjà. On l’a maintes fois expérimentée. On l’a retenue par cœur. Retenu...

commentaires (3)

Avec les images de la solidarité spontanée qui est née quelques minutes après le cataclysme de tous les libanais encore en sang et délaissés par leurs tueurs et abandonnés à leur sort a fait le tour du monde. le déblayage et le nettoyage des rues et des appartements touchés se sont fait en un temps record grace aux bénévoles qui sont venus de tout le Liban pour aider leur compatriotes et leur offrir tout ce qu’un état qui se respecte aurait du faire dans ces circonstances, a montré au monde que le peuple libanais ne doit pas mourrir. Espérons que nous serons sur la liste des peuples à sauver. Parce que nous le valons bien.

Sissi zayyat

15 h 13, le 19 septembre 2020

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Commentaires (3)

  • Avec les images de la solidarité spontanée qui est née quelques minutes après le cataclysme de tous les libanais encore en sang et délaissés par leurs tueurs et abandonnés à leur sort a fait le tour du monde. le déblayage et le nettoyage des rues et des appartements touchés se sont fait en un temps record grace aux bénévoles qui sont venus de tout le Liban pour aider leur compatriotes et leur offrir tout ce qu’un état qui se respecte aurait du faire dans ces circonstances, a montré au monde que le peuple libanais ne doit pas mourrir. Espérons que nous serons sur la liste des peuples à sauver. Parce que nous le valons bien.

    Sissi zayyat

    15 h 13, le 19 septembre 2020

  • et dire que cette CRASSE politique n'a ete en rien intimidee par cet amour, cette abnegation mille fois prouvee par les citoyens .

    gaby sioufi

    12 h 54, le 19 septembre 2020

  • "choisir la vie" comment? J.P

    Petmezakis Jacqueline

    09 h 44, le 19 septembre 2020