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Déchets ménagers

Entre urgence et long terme, le risque d’une nouvelle crise

La fermeture annoncée de Costa Brava face à certaines régions remet le Liban dans la logique des crises potentielles, alors même que le nouveau plan de gestion fait son chemin en Conseil des ministres.

Entre urgence et long terme, le risque d’une nouvelle crise

Réunion de la commission chargée de la gestion des déchets au Grand Sérail. Photo Dalati et Nohra

Le dossier des déchets ménagers, qui n’a jamais cessé d’être problématique, recommence à faire parler de lui : du ramassage chaotique dans les différentes régions en raison des retards de paiement aux deux sociétés, aux menaces de fermer la décharge de Costa Brava face aux déchets venus d’une partie de Beyrouth, de Aley et du Chouf… et jusqu’au nouveau plan de gestion – encore un – qui devrait incessamment être discuté en Conseil des ministres. Une impression de déjà-vu, avec l’urgence annoncée de décharges de rechange.

Alors que les yeux étaient rivés début mai sur la décharge de Bourj Hammoud-Jdeidé (Metn-Nord et une partie de Beyrouth), qui a été rouverte pour un stockage en hauteur après avoir été déclarée saturée sans alternative, la menace vient aujourd’hui du côté de Costa Brava, qui dessert l’autre partie de Beyrouth, sa banlieue sud, ainsi que les cazas de Baabda, de Aley et du Chouf. Le 16 juillet, le président de la Fédération des municipalités de la banlieue sud, Mohammad Dergham, a décrété que cette décharge n’accueillerait plus, à partir du 31 juillet, que les ordures de la banlieue sud et de Choueifate, la localité où elle se trouve. M. Dergham n’a pas répondu aux appels de L’Orient-Le Jour, mais il avait mis en avant au cours de sa conférence de presse « le préjudice écologique, matériel et moral « qui découle de l’absence de gestion opportune de cette décharge », en reprochant au gouvernement de « n’avoir pas tenu ses promesses quant aux normes qu’il était censé appliquer lorsqu’il avait décidé d’agrandir le site ».

Alors que le dialogue avec les municipalités va bon train pour les dissuader de mettre leur menace à exécution, la possible fermeture de cette décharge a été au menu des réunions de la commission ministérielle chargée du suivi de cette affaire, sans qu’il n’en filtre une décision définitive. Des sources proches du dossier interrogées s’étonnent du fait que « le gouvernement prend acte de la déclaration des municipalités sans tenir compte du fait que les décharges sont la propriété de l’État, et que les autorités locales n’ont pas la prérogative de décider de la provenance des déchets ». Le ministre de l’Environnement Damien Kattar est resté injoignable pour commenter la fermeture annoncée de la décharge, tout comme le nouveau plan en gestation.

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De son côté, le député Marwan Hamadé, président de la commission parlementaire de l’Environnement, répond à la question de savoir si les municipalités ont le droit de fermer la décharge. « Le droit est devenu une notion relative au Liban, il suffira de quelques barrages pour que la décharge soit effectivement fermée aux camions », souligne-t-il. Interrogé sur la perspective d’une réouverture de la décharge de Naamé, qui a desservi la capitale et le Mont-Liban de 1997 à 2016 mais qui comporte encore des cellules non saturées, le député du Chouf répond par la négative. « Les habitants de Naamé ont assez souffert toutes ces années, il est impensable de leur faire revivre ce calvaire aujourd’hui, dit-il. Si les déchets doivent se retrouver dans la rue, ce sera au gouvernement de trouver une solution à cela. »

Réunion jeudi au Parlement
Rappelons que les municipalités de la banlieue sud avaient déjà menacé de fermer par la force les portes de la décharge l’année dernière au même moment de l’année avant d’y renoncer. Elles avaient alors fourni les mêmes arguments : que la mauvaise gestion de la décharge allait provoquer une saturation précoce, et que la priorité devait être donnée aux municipalités qui l’accueillent. Selon certains observateurs, ce forcing vise à acculer le Parti socialiste progressiste de Walid Joumblatt à accepter une réouverture de Naamé pour « ses » régions. Ce qui est loin d’être gagné pour l’instant. Marwan Hamadé donne une autre dimension à cette fronde. « Les odeurs sont insupportables, tous ceux qui empruntent la route du Sud le constatent aisément, dit-il. Avec les crises successives, et un tri des déchets minimal par les compagnies, le seuil de tolérance des régions baisse significativement. »

Pour parer à l’urgence, le député a appelé à une réunion de la commission parlementaire de l’Environnement demain jeudi au Parlement, afin de discuter principalement de deux sujets : le dossier des déchets et l’opposition au barrage de Bisri (entre Jezzine et le Chouf, objet d’une vive polémique entre militants appuyés par des partis politiques, d’une part, et le gouvernement, d’autre part).

Dans les chiffres, qu’en est-il de la capacité de chacune des deux décharges principales du pays ? Selon des sources bien informées, le stockage en hauteur – un mètre et demi – dans la décharge de Jdeidé aurait dû conférer au gouvernement quelque trois mois de sursis, or avec la baisse de consommation due aux crises successives, ce délai pourrait être prolongé jusqu’à novembre. La décharge de Costa Brava – déjà agrandie rappelons-le – pourrait tenir jusqu’à fin 2021 si le volume des déchets qui y parvient demeure inchangé.

Plan et stratégie à long terme
Les polémiques incessantes autour de ces deux décharges, ainsi que leur capacité limitée, reflètent la nécessité d’adopter un plan et une stratégie à plus long terme. Avec un espoir ténu de sortir le pays de la logique des plans d’urgence et des mauvaises solutions. Dans ce cadre, le rapport élaboré par la commission ministérielle chargée du dossier devrait être présenté prochainement au Conseil des ministres.

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Des acteurs de la société civile ont participé aux débats autour de cette feuille de route. Samar Khalil, représentant la Coalition pour la gestion des déchets et l’Alliance civile pour l’environnement, livre à L’Orient-Le Jour son impression générale. « Cette feuille de route est globalement plus valable que les précédentes, dit-elle. De nombreux concepts en relation avec la réduction du volume des déchets et le tri à la source, entre autres, y ont été ajoutés. Il s’agit de voir comment tout cela sera appliqué car il manque encore les détails d’exécution. »

Elle affirme cependant que la coalition et l’alliance ont refusé de signer le document, principalement pour protester contre le fait qu’une stratégie de gestion des déchets digne de ce nom tarde à voir le jour, bien qu’elle doive précéder et non suivre les plans d’action. Une autre divergence est apparue au sujet des technologies à adopter : bien que les participants aux réunions aient rejeté les incinérateurs, extrêmement coûteux et très polémiques, Samar Khalil déplore que le texte final ait retenu d’une part le carburant à base des déchets (« Refused Derived Fuel », qui est utilisé dans l’industrie lourde), et qu’il ait d’autre part réitéré l’expression « récupération d’énergie à travers le traitement des déchets ». « Nous préconisons la récupération d’énergie si elle procède de la digestion anaérobique (une des étapes du compostage sans oxygène) ou par la récupération du méthane dans les décharges existantes, mais pas si cette expression sera utilisée pour réintroduire l’incinération dans l’équation », dit-elle.

Pour sa part, Raja Noujaim, expert en contrôle de qualité, ayant également participé à ces discussions, insiste sur la nécessité d’adopter les législations nécessaires, sans lesquelles le plan, quel qu’il soit, sera difficilement applicable. Émettant des doutes sur les chiffres qui sous-tendent l’élaboration de la feuille de route – le plan officiel s’en tient à un volume estimé à sept millions de tonnes par an, ce qui devrait être inférieur à la réalité selon lui – il a plaidé pour un plan qui soit « un système d’avenir », déplorant qu’à court terme, le gouvernement soit toujours à la recherche de nouvelles décharges.


Le dossier des déchets ménagers, qui n’a jamais cessé d’être problématique, recommence à faire parler de lui : du ramassage chaotique dans les différentes régions en raison des retards de paiement aux deux sociétés, aux menaces de fermer la décharge de Costa Brava face aux déchets venus d’une partie de Beyrouth, de Aley et du Chouf… et jusqu’au nouveau plan de...

commentaires (5)

Celà fait bien longtemps que ça sent mauvais chez nous, mais n’est-ce pas là une conséquence logique que l’on soit engloutis par les déchets si on ne sait se faire gouverner que par des ordures?

Fady Abou Hanna

22 h 20, le 22 juillet 2020

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Commentaires (5)

  • Celà fait bien longtemps que ça sent mauvais chez nous, mais n’est-ce pas là une conséquence logique que l’on soit engloutis par les déchets si on ne sait se faire gouverner que par des ordures?

    Fady Abou Hanna

    22 h 20, le 22 juillet 2020

  • du platre sur une jambe de bois vous ne trouvez pas que ca ressemble au problème d éléctricité ? QUI DURE pauvre liban

    youssef barada

    13 h 19, le 22 juillet 2020

  • CA COMMENCE A DEVENIR, LE PAYS TOUT ENTIER, UNE MAISON DE OISELETS.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    12 h 53, le 22 juillet 2020

  • Nous constatons une chose: le ministre de l'environnement est, à chaque crise, I N J O I G N A B L E ! Ben oui...de cette façon...il économise son énergie...pour la prochaine crise...bien tranquille...penché sur ses dossiers...qui contiennent QUOI...au juste ??? Irène Saïd

    Irene Said

    09 h 19, le 22 juillet 2020

  • Encore un sujet dégoûtant, à tous points de vue.... Honte à ces messieurs qui palabrent encore depuis 5 ans sur le sujet du traitement des déchets, mais sans trouver la moindre solution ni de pondre un projet viable à long terme.... Aucune idée sur de nouvelles décharges, ni de triage, de compostage etc... Dans quelques mois donc, de nouveau le spectacle des déchets dans les rues: on va encore se scandaliser, se révolter, ruer dans les brancards, et puis.... Le chien aboie et la caravane passe...... Au point où on en est, un peu plus ou un peu moins d’une situation m..dique: qui s’en fout de nos dirigeants qui vivent dans leurs tours d’ivoire!

    Saliba Nouhad

    00 h 41, le 22 juillet 2020