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Troc en ligne

« Je ne peux rien acheter à mes enfants, donc j’essaie le troc »

Les groupes de troc, nés avec la crise, sont désormais populaires sur les réseaux sociaux. « Avant, je faisais des donations. Maintenant c’est moi qui ai besoin d’aide », confie une mère de famille qui compte désormais sur la générosité des internautes.

« Je ne peux rien acheter à mes enfants, donc j’essaie le troc »

En raison de la grave crise économique, les sites de troc se multiplient au Liban. Joseph Eid/AFP

Nés avec le début de la crise économique au Liban, des groupes de troc sur les réseaux sociaux représentent aujourd’hui le dernier recours de familles incapables de joindre les deux bouts. Et pour cause, l’inflation et la flambée du dollar, dont le taux sur le marché noir gravitait hier autour de 9 000 livres libanaises, ont gravement amputé le pouvoir d’achat de milliers de ménages libanais, notamment ceux qui ont des enfants en bas âge. Couches pour bébé et lait en poudre font partie des demandes les plus récurrentes sur les pages consacrées au troc sur Facebook, comme celles de LibanTroc ou Loubnan Youkayed (Le Liban troque).

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« Stérilisateur pour biberon en excellente condition à troquer contre deux paquets de couches en urgence », écrit une femme sans emploi et dont le mari est au chômage. Mère de jumelles d’un an et demi et d’un garçon de 7 ans, elle se dit « réduite à mendier des affaires » pour ses enfants. « Au début, je pleurais à chaque fois que je ne pouvais pas leur donner de lait. Aujourd’hui, j’alterne entre le lait et l’eau dans les biberons, mais je ne peux pas me passer de couches », indique cette mère de famille à L’Orient-Le Jour, sous le couvert de l’anonymat. « C’est trop d’injustice. Même les enfants ne sont pas épargnés », lance-t-elle.

Son mari, qui travaillait dans un abattoir, est sans emploi depuis 5 mois. Et pour cause, avec la hausse du dollar, qui a entraîné une augmentation considérable du prix de la viande, de nombreux abattoirs ne fonctionnent presque plus. « Je ne peux rien acheter à mes enfants, donc j’essaie de faire du troc. J’ai déjà pu leur obtenir des médicaments de cette manière », assure-t-elle.

« Vêtements à échanger contre de l’huile végétale, de l’huile d’olive et un grand sac de lait en poudre », peut-on lire sur la page Facebook LibanTroc. Capture d’écran

Dans un rapport publié sur son compte Twitter, l’Institut de consultation et de recherches (Consultation and Research Institute-CRI) révèle que le prix du lait en poudre a augmenté, en mai 2020, de 69 % par rapport à mai 2019. La viande de bœuf a augmenté de 111 % par rapport à la même période en 2019, les haricots secs de 119 % et le bourghoul (blé concassé) de 120 %.

Vêtements contre huile d’olive

Pascale, 41 ans et mère d’un garçon de deux ans, se trouve dans une situation tout aussi dramatique. Sans emploi depuis le début de l’année, elle fait également face à de grandes difficultés financières, d’autant que le salaire de son mari suffit à peine à couvrir quelques dépenses. Récemment, elle a échangé des vêtements devenus trop petits pour son fils contre du lait et des couches.

Selon un sondage effectué en juin par le groupe InfoPro, société spécialisée dans l’édition de titres de presse économique, le taux de chômage au Liban a atteint 30 % dernièrement, soit une augmentation de 550 000 personnes depuis janvier 2019.

« Je vendais des colifichets, mais j’ai dû arrêter à cause de la crise. Je ne pouvais plus payer le loyer de la boutique », explique Pascale à L’OLJ. « Mon mari gagne 2 millions de livres par mois dont la moitié sert à payer le loyer de notre appartement. L’autre moitié nous permet à peine de couvrir nos factures », explique-t-elle. « Avant, je faisais des donations, maintenant c’est moi qui ai besoin d’aide. Cela fait 4 mois que je fais du troc. J’ai pu vacciner mon fils il y a quelques mois grâce à l’aide de généreux donateurs, mais il doit être de nouveau vacciné en août et je ne sais pas encore comment je vais faire cette fois-ci. J’ai vécu à l’étranger pendant de nombreuses années, j’ai eu tort de rentrer », soupire-t-elle.

Tout comme Pascale, de nombreux internautes tentent d’obtenir, par le biais du troc, des produits alimentaires ou même des objets dont ils ont besoin dans leur vie quotidienne. Ainsi, certains proposent d’échanger des vêtements, des chaussures ou encore de la vaisselle contre un téléphone portable, une télévision ou un micro-ondes. Sur un des groupes d’échanges, une femme propose même un lot de vêtements pour enfants contre une certaine somme d’argent pour pouvoir faire réparer sa machine à laver. Mounir, la cinquantaine, espère pouvoir échanger du matériel de construction contre un four. « J’ai dû vendre mon four et mon frigo pour éponger mes dettes, mais maintenant je mise sur le troc pour récupérer ces objets », confie-t-il à L’OLJ.

« Nous avons arrêté de manger de la viande depuis un moment. Nous n’achetons que le strict nécessaire », raconte pour sa part une jeune femme de 25 ans, qui propose de troquer certains de ses vêtements contre des produits alimentaires et de l’huile d’olive. « Nous avions un peu d’argent de côté, mais nous avons tout dépensé. J’espère que quelqu’un répondra à mon annonce », souhaite-t-elle.

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Khalil, la soixantaine, s’est retrouvé dans la rue pendant plusieurs mois, avec l’aggravation de la crise économique, avant d’être aidé par des volontaires de LibanTroc. Ce professeur d’anglais a récemment commencé à échanger ses services contre de la nourriture. « Un hôtel de la capitale m’a proposé un repas chaud tous les jours, en échange de mes talents de rédacteur », se réjouit-il, tout en espérant quand même pouvoir gagner de l’argent en espèces pour payer le lit qu’il loue dans une pension de la capitale.


Nés avec le début de la crise économique au Liban, des groupes de troc sur les réseaux sociaux représentent aujourd’hui le dernier recours de familles incapables de joindre les deux bouts. Et pour cause, l’inflation et la flambée du dollar, dont le taux sur le marché noir gravitait hier autour de 9 000 livres libanaises, ont gravement amputé le pouvoir d’achat de milliers...

commentaires (2)

Au delà de la terrible épreuve que traverse le Liban, j'applaudis des deux mains à l'idée que nous nous orientions sans fausse-honte vers des formules plus respectueuses des biens et moins consuméristes comme le troc, les vide-greniers/deressing, les pre-owned shops; comme nous nous sommes gentiment mis au doggy-bags, il faut parfois s'asseoir sur le regard des autres et ne considérer que le notre.

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21 h 33, le 07 juillet 2020

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Commentaires (2)

  • Au delà de la terrible épreuve que traverse le Liban, j'applaudis des deux mains à l'idée que nous nous orientions sans fausse-honte vers des formules plus respectueuses des biens et moins consuméristes comme le troc, les vide-greniers/deressing, les pre-owned shops; comme nous nous sommes gentiment mis au doggy-bags, il faut parfois s'asseoir sur le regard des autres et ne considérer que le notre.

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    21 h 33, le 07 juillet 2020

  • Ces histoires me brisent le cœur ; je sais combien ces gens souffrent dans leur amour-propre. J exhorte tout libanais vivant à l étranger comme moi de prendre en charge deux familles et les supporter financièrement . Nos dollars iront loin au Liban surtout vers le cœur et le ventre de nos compatriotes A chaque fois que je vais au Liban cad. Aux 3 mois je passe voire mes 2 familles et leur laisse une enveloppe. Faites donc la même chose. , ainsi nous ferons une vraie différence .

    Robert Moumdjian

    04 h 34, le 07 juillet 2020