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Culture - Edition

Les fruits confits du confinement

La maison d’édition Oser dire vient de publier une compilation de textes écrits par 14 auteurs amateurs racontant leur confinement dans le cadre d’un atelier d’écriture animé par l’écrivain Antoine Boulad.


Les fruits confits du confinement

Les participants aux ateliers d’écriture animés par Antoine Boulad. Photo DR

C’est un livre qui a ceci d’assez troublant qu’il se fait l’écho d’une situation vécue par des milliards d’êtres humains, tout en demeurant très intime et personnel. Presque 200 pages écrites en temps réel par 14 Libanais âgés de 20 à 70 ans, racontant leurs joies et leurs peines en ce mois d’enfermement qu’a été avril 2020. « Écrire, c’est un confinement dans la langue, mais un confinement bizarre parce que c’est en même temps une ouverture. On ne peut pas écrire sans solitude, sans hésitation, on plonge dans la langue comme si rien n’existait, mais le mot est un bout de l’univers... » poétise Antoine Boulad. C’est lui, enseignant retraité et écrivain, qui est à l’origine de ce projet d’ouvrage collectif ; Fruits confits : journal de confinement à Beyrouth, avril 2020 (éditions Oser dire) étant la réunion des textes produits par ses « écrivants » au cours des séances de son atelier d’écriture donné à distance pendant la pandémie de Covid-19. « Écrire en atelier, c’est-à-dire en groupe, exacerbe cette expérience à l’extrême : il n’y a pas de production d’écrit sans isolement. Cependant, le partage est immédiat. Le regard d’autrui – certes bienveillant – n’est jamais loin. L’atelier d’écriture est la forme culturelle inédite dans l’histoire qui rapproche jusqu’à l’attouchement l’écrivant et le lecteur, le dedans et le dehors », écrit dans la préface de Fruits confits l’auteur des Brindilles de la mémoire (L’Harmattan, 1993).

C’est que, forcément, l’identification via l’écriture est ici d’autant plus forte. D’abord parce qu’à partir de la fin mars, nos vies se sont soudainement mises à se ressembler, tous reclus que nous avons été à nous occuper en nos demeures, à lire les mêmes chiffres, à craindre la même contagion. Ensuite parce que le principe même de l’écriture du journal, parce que subjective, parce que crue, implique ce processus de projection empathique qui pousse à l’assimilation avec le « je » qui s’exprime. « Elle est presque indécente, cette uniformité de notre condition », lit-on dans un des textes. Et plus loin : « On se réveille corona, on mange corona, on pense corona, on parle corona, on vit corona, on pisse corona, on dort corona! » Et combien d’entre nous se reconnaîtront en lisant cette phrase : « Je résiste comme je peux, vautrée devant des séries américaines, en vidant ma cave à vin, en enfumant ma planque » ? Des souvenirs d’une réalité que nous avons connue et qui nous paraît déjà à la fois proche et lointaine...


Un livre qui se fait l’écho d’une situation vécue par des milliards d’êtres humains.


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Pourtant, comme on peut aussi aisément le concevoir, un livre écrit par 14 personnes différentes se caractérisera nécessairement par son hétérogénéité. Mais que cette hétérogénéité soit tonale ou stylistique, que certains textes semblent pour certains meilleurs ou moins bien tenus pour d’autres, Fruits confits demeurera un livre somme toute convergent parce qu’il raconte le quotidien d’une tranche d’une population appartenant à un espace géographique à un moment donné de son histoire. En ce sens, il pourra constituer une sorte d’échantillon représentatif ou plutôt de témoignages sociologiques de ce qu’a pu vivre une certaine classe libanaise beyrouthine francophone en ce mois d’avril 2020, alors que le pays entier se confinait. « C’est du vrai, du vécu. Les “écrivants” se sont mis à nu. Dans cette nudité, on trouve de la dérision, de l’humour, de l’humour noir parfois, de la tristesse, de l’angoisse, il y a une variété très riche de tons… » explique Antoine Boulad qui aime aussi à rappeler dans un de ses textes qu’ « écrire, c’est vivre deux fois. Tenir un journal, (c’est) vivre doublement comme un geste et son écho. »

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Et effectivement, on se retrouve, par reflets, dans des mots, des phrases, des idées, des paysages que décrivent ces Libanais et qui sont des gens comme tout le monde, avec leurs colères, leurs angoisses, mais aussi leur humour et leur poésie : « J’enlève mon pyjama de nuit pour mettre mon pyjama de jour », lit-on en souriant. Mais ce sourire-là cache une réalité d’une nature bien différente, qui revient toujours par à-coups, une réalité qui nous rappelle toujours qu’on est bien dans ce Liban en décrépitude, avec ses crises qui n’en finissent plus et dont ce livre semble être le double : « Déjà 6 semaines que les écoles et les universités sont fermées !À vrai dire, nous n’en sommes pas à notre coup d’essai depuis le 17 octobre », ne pourra-t-on manquer de lire dans ce recueil à découvrir à la librairie Antoine.

Les auteurs de « Fruits confits »

Antoine Boulad, Christiane Dagher Ayoub, Gabriel Deek, Gisella Tamraz Akl, Hala Habache, Marie-Ségolène Lagarrigue, Mishka Mojabber Mourani, Randa Aractingi, Océane Descedres, Randa el-Kadi Imad, Sylvia Keyrouz, Tamara Deek, Zeina Komboz, Zeina Mangin Salibi.


C’est un livre qui a ceci d’assez troublant qu’il se fait l’écho d’une situation vécue par des milliards d’êtres humains, tout en demeurant très intime et personnel. Presque 200 pages écrites en temps réel par 14 Libanais âgés de 20 à 70 ans, racontant leurs joies et leurs peines en ce mois d’enfermement qu’a été avril 2020. « Écrire, c’est un confinement dans...

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