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Lifestyle - Confinement à Beyrouth

XII- De la vie pour tous

Photo DR

Retour du colibri. Il se balance paisiblement sur le lierre indiscret qui pend à ma fenêtre. Encore quelques heures de ce silence. Petit à petit, le soleil semble écarter la menace de la maladie qui plane sur nous depuis deux mois comme un mauvais nuage. Déjà la vie reprend ses droits, pâle et nauséeuse. La convalescence sera bien longue pour ceux que le Covid n’a pas atteints. Curieuse malédiction qui, précisément l’année de son centenaire, replonge le Liban dans la famine qui a précipité sa création. On reconnaît l’ouvrier à son ouvrage, dit-on. La ruine fumante qui nous sert de pays donne une idée claire du talent des apprentis sorciers qui se sont disputés ses loques durant la guerre avant d’œuvrer à sa fin la paix venue. Sommes-nous brillants nous-mêmes, citoyens abusés, d’avoir consenti à en confier les rênes à une bande de tueurs jamais guéris du goût du sang. Que vaut, pour eux tous, le prix d’une vie humaine comparée à leur gloire de pacotille. Pire, que vaut la dignité d’un individu ?

Elle gronde, la colère du peuple, et on en connaît, du haut de leurs tours d’ivoire, qui vont s’en délecter. Ils essaieront, une fois de plus, de manipuler le désespoir des foules et de s’en servir les uns contre les autres. Y survivront-ils cette fois-ci ? D’aucuns rêvent de régner sur un canton et appellent à la création d’une fédération. Comme si ce Liban peau de chagrin avait de quoi se morceler de manière équitable, ou que les roitelets de même communauté pouvaient cohabiter sans s’étriper, entraînant à leur suite familles divisées et frères ennemis. La première leçon, quand on apprend à conduire un engin, ne serait-ce qu’un vélo, consiste à regarder au loin. Tant qu’on sera dirigés par des quidams pour qui la politique n’est qu’un moyen de remporter les prochaines élections au profit d’une puissance étrangère, ou de pomper les caisses de l’État pour mieux acheter ces pathétiques victoires, ou, dans la même logique, promettre à des malheureux comme un privilège le droit à la nourriture, à la santé et à la scolarisation de leurs enfants, ce pays restera à l’état de projet.

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Pourtant, alors que le temps se liquéfie entre confinement et absence de perspectives, dans cette atmosphère de montres molles et de mort lente, les heures et les jours avancent. Ce grattement d’insectes, dans le silence inquiétant de la ville encore inerte, vient des aiguilles qui rongent le bois de nos vies sans cesse suspendues. Il est temps de tourner le dos à cette classe politique assassine. Cesser d’en attendre des miracles qui ne viendront jamais et d’hypothétiques ressources pétrolières qui, au moment de leur exploitation, seront sans doute obsolètes ou en tous cas largement dévaluées. La principale ressource du Liban, le monde entier vous le dira, est son capital humain. Que de familles se sont saignées aux quatre veines et vendu le peu qu’elles avaient pour assurer les études de leurs enfants. Et nos universités ont su se montrer à la hauteur des espoirs qui leur ont été confiés. Aujourd’hui, cette génération rue dans les brancards. Le moment est venu pour elle d’explorer les possibilités d’entreprendre, de créer des industries dans l’esprit de coopération qui répondent aux urgences de cette époque, loin de l’égoïsme de la fin du siècle dernier pourri par la finance dont on expie aujourd’hui les turpitudes. Le Liban ne s’en sortira pas sans aides. Mais il ne faut en aucun cas que ces aides viennent alourdir sa dette publique, ni engraisser les partis jamais repus qui en rongent les derniers os. Pour être efficaces et durables, les aides doivent s’adresser aux jeunes entreprises sous forme d’investissement à la fois technique et matériel. Cessons de voir en tout terrain en friche un bien immobilier. La terre contient de la vie pour tous. Elle est rare et merveilleuse, et chez nous bénie par les saisons. Gardons à l’esprit que nourrir, c’est déjà libérer la pensée.

Dans cette rubrique prévue tous les lundis, mardis et vendredis tant que durera la crise, Fifi Abou Dib se propose de partager avec vous des pensées aléatoires issues du confinement.


Retour du colibri. Il se balance paisiblement sur le lierre indiscret qui pend à ma fenêtre. Encore quelques heures de ce silence. Petit à petit, le soleil semble écarter la menace de la maladie qui plane sur nous depuis deux mois comme un mauvais nuage. Déjà la vie reprend ses droits, pâle et nauséeuse. La convalescence sera bien longue pour ceux que le Covid n’a pas atteints....

commentaires (3)

""Le Liban ne s’en sortira pas sans aides."".... L'aide internationale arrivera après une restructuration de l'économie, et c'est la quadrature du cercle.............

L'ARCHIPEL LIBANAIS

18 h 06, le 28 avril 2020

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Commentaires (3)

  • ""Le Liban ne s’en sortira pas sans aides."".... L'aide internationale arrivera après une restructuration de l'économie, et c'est la quadrature du cercle.............

    L'ARCHIPEL LIBANAIS

    18 h 06, le 28 avril 2020

  • ...""La principale ressource du Liban, le monde entier vous le dira, est son capital humain. Que de familles se sont saignées aux quatre veines et vendu le peu qu’elles avaient pour assurer les études de leurs enfants."" Vous faites des merveilles ! Votre journal du confinement est à lire pendant et APRÈS le confinement. Moi, Confiné, j’ai fait quelques travaux de rénovation, du bricolage, du jardinage, et la plupart du temps confortablement assis dans mon fauteuil à écouter de vieux disques, et les nouvelles à la radio. Seulement voilà, les nouvelles mettent brusquement fin à ma somnolence, quand j’entendais hier les cris de douleur des manifestants, quand les jeunes hurlaient une seule envie, travailler... Le potentiel de ces jeunes Libanais est immense. Encore faut-il les écouter... Prendre le large comme c’est de tradition chez nous, n’est plus à leur ordre du jour... Encore des laissés-pour-compte ?......................

    L'ARCHIPEL LIBANAIS

    10 h 54, le 28 avril 2020

  • oui ,le temps n'est plus à la patience ; la jeunesse est pressée et nous ,nous n'avons plus le temps!jp

    Petmezakis Jacqueline

    08 h 34, le 28 avril 2020

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