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Archéologie

Tell el-Hammam serait-il le site de la Sodome biblique ?

Des données archéologiques et les traces d’une explosion météorique révèlent, en Jordanie, l’emplacement d’une cité légendaire... Une opportunité, en temps de confinement, pour en savoir plus sur le sujet.

Tell el-Hammam donnant sur la vallée jordanienne. Photo tirée du site wikimédia

L’emplacement de Sodome, la ville incarnant dans la Bible la dépravation la plus extrême, a-t-il été repéré ? Les vestiges d’une cité antique détruite à la fin de l’âge du bronze moyen vers 1850-1650 avant J-C, ont été mis au jour à Tell el-Hammam dans le sud de la vallée du Jourdain, en Jordanie. Des briques brûlées, des poteries vitrifiées, des ossements humains tordus sous l’effet d’une onde de choc massive ont été découverts sur le site. Conséquence d’une guerre, ou d’un tremblement de terre ? Les analyses effectuées sur des échantillons démontrent des traces résultant d’un énorme phénomène thermique qui renvoient au récit de la destruction de Sodome et Gomorrhe relaté dans la Bible : « L’Éternel fit tomber sur Sodome et sur Gomorrhe une pluie de souffre et de feu ; ce fut l’Éternel lui-même qui envoya du ciel ce fléau. Il détruisit ces villes et toute la plaine, et tous les habitants de ces villes. » Voilà pour ce qui est de la parole divine inscrite dans la Genèse. Mais Sodome et Gomorrhe ont-elles réellement existé ?

Les excavations menées depuis 2005 par une équipe d’archéologues américains de l’université Trinity South West d’Albuquerque, dans le Nouveau-Mexique, et de l’université Veritas de Santa Ana, en Californie, en collaboration avec le Département des antiquités de Jordanie, semblent le prouver.

Dans une interview publiée par le site Assist news service, le directeur des fouilles, Steven Collins, est formel : « Tell el-Hammam correspond à tous les critères de Sodome dont parlent les écrits [...] Mentionnée en premier dans le texte devant Gomorrhe, Sodome devait être la plus importante ville de la région. Avec ses 40 hectares, Tell el-Hammam est une évidence ; son étendue est démesurée par rapport aux normes de l’âge du bronze. » Collins souligne un autre élément à prendre en compte : les fragments de poteries découvertes dans la ville sont attribués à l’âge du bronze moyen, c’est-à-dire à l’époque d’Abraham. De plus, une partie de ces tessons sont vitrifiés, et « ceci ne peut se produire que suite à une chaleur extrême et subite ».


L’explosion d’une météorite

Pour localiser le site, les archéologues se sont appuyés sur la méthode dite de « criblage par critères ». Phillip J. Silvia, responsable de l’analyse scientifique des excavations, signale que le texte de la Genèse est fiable pour les profils géographiques. « Or, avec 25 indicateurs géographiques correspondant à la description de la Genèse, celui de Tell el-Hammam s’est avéré le plus adéquat. » Il ajoute que l’analyse et l’interprétation des vestiges corroborent l’hypothèse qu’un phénomène météorique a détruit la ville. Les preuves de cette théorie ont été exposées par Collins et Silvia dans un article intitulé La fin de la civilisation. L’événement 3.7KYrBP. En substance, les deux archéologues expliquent que quand la météorite a explosé, il y a eu une onde de choc extrêmement chaude et puissante qui a rasé la végétation de la région sur une superficie de 500 km2. Ils ajoutent que la destruction et les dégâts causés aux murs et autres structures de la ville sont « directionnels ». « Or un tremblement de terre ne peut pas provoquer ce type de dommage (directionnel) », et par conséquent l’hypothèse d’une onde de choc est retenue. Collins et Silvia révèlent d’autre part avoir trouvé une roche magmatique de 600 grammes, fondue et vitrifiée sous l’action d’une température et d’une pression élevées. Les cristaux de zirconium qui y sont inclus laissent supposer que la roche a été exposée à une température de 12 000°C.

Les archéologues s’étaient également demandés si un tremblement de terre avaient provoqué de brûlantes éruptions pétrochimiques, causant la destruction. « Ce brûlage pourrait expliquer les épaisses couches de cendres à Tell el-Hammam, mais n’explique aucunement l’absence à grande échelle de briques crues qui seraient typiques des dégâts causés par un séisme. »

Aucune trace de tremblement de terre n’a été notée dans les archives archéologiques, souligne pour sa part Mohammad Najjar, ancien directeur du Département des antiquités de Jordanie. Najjar qui a suivi les fouilles depuis leur début appuie la théorie des archéologues américains en signalant « un taux de salinité de 6 % » trouvé dans le sol du site. « Le sel provenait de la mer Morte située à environ 10 km au sud-ouest du site. Or, à leur plus haut niveau, il y a 18 mille ans, les eaux de la mer Morte étaient plus basses que le sommet de Tell el-Hammam. Et ces sels n’ont pu être transportés vers le site que par une onde de choc et une vague de chaleur. » À cette période, les environs de Tell el-Hammam était la zone agricole la mieux arrosée de la région. Mais la couche de sel a rendu le sol stérile et inapte à l’agriculture. Et tout semble indiquer que cette terre est restée inoccupée pendant les cinq à sept siècles suivants.


Une muraille imprenable

Au cours d’une décennie de fouilles, les archéologues ont déterré les ruines de cette immense cité de l’ère du bronze, notamment une porte d’entrée monumentale, qui faisait partie d’un système de fortifications, mis en place pour protéger les lieux. La construction, flanquée de tourelles défensives, s’étendait sur une longueur de plus de 2,5 km, et présentait plus de dix mètres de haut, et une épaisseur allant jusqu’à 30 mètres. « Une réalisation remarquable qui a demandé des millions de briques et, évidemment, un grand nombre d’ouvriers », souligne Steven Collins. En comparant ces découvertes avec celles des sites avoisinants, il apparaît que la ville, qui a prospéré pendant au moins mille ans, était cinq à dix fois plus grande que les autres. Les analyses du contexte, des découvertes, et d’autres données ont conduit les chercheurs à suggérer qu’elle a pu être le centre d’un ensemble de colonies.

Par la suite, la construction de la muraille a été renforcée d’un système de rempart ou glacis en terre crue. Collins rapporte que « la taille et l’étendue du système défensif devaient être impressionnantes, et le rendaient pratiquement imprenable ». « D’ailleurs, ajoute-t-il, jusqu’à ce jour il n’existe pas de preuves que la ville ait été vaincue ou détruite au cours du bronze moyen II. » Les fouilles révèlent également les traces d’une importante route entre la face interne de la paroi de la ville et la première rangée de maisons.

L’exploration a démontré, du reste, que le site a été occupé depuis la période chalcolithique jusqu’à l’époque islamique, avec un « trou blanc » de plusieurs siècles qui a suivi la période du bronze moyen.

*Sources : Slate, The Jordan Times, News Network Archaeology, Popular Archaeology, Découvertes archéologiques, Evangeliques.info


L’emplacement de Sodome, la ville incarnant dans la Bible la dépravation la plus extrême, a-t-il été repéré ? Les vestiges d’une cité antique détruite à la fin de l’âge du bronze moyen vers 1850-1650 avant J-C, ont été mis au jour à Tell el-Hammam dans le sud de la vallée du Jourdain, en Jordanie. Des briques brûlées, des poteries vitrifiées, des ossements humains...

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Maintenant le monde entier est Sodome et Gomorrhe

Eleni Caridopoulou

18 h 33, le 25 avril 2020

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Commentaires (1)

  • Maintenant le monde entier est Sodome et Gomorrhe

    Eleni Caridopoulou

    18 h 33, le 25 avril 2020