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Moyen-Orient - Eclairage

Crise du coronavirus : une occasion en or ratée pour l’environnement ?

Il y aurait un risque incontestable que l’environnement passe au second plan et ne soit pas la priorité quand la crise sanitaire sera terminée et que les gouvernements voudront relancer l’économie.

A Venise, l'eau des canaux est devenue limpide, avec l'arrêt des bateaux-bus du à la crise du coronavirus en Italie. REUTERS/Manuel Silvestri

Alors que les êtres humains se battent contre le Covid-19, la terre respire enfin. Les mesures de confinement prises dans de nombreux pays à travers le monde pour endiguer la pandémie du nouveau coronavirus ont porté un coup d’arrêt sans précédent à l’activité économique, entraînant une réduction substantielle de la production, de la consommation et des déplacements de l’homme. Cette crise sanitaire mondiale semble donc avoir des effets bénéfiques sur l’environnement.

Dans les médias et sur les réseaux sociaux, les images satellites de la diminution de la pollution atmosphérique en Chine ou en Europe sont légions. Des des cartes datant de janvier, l'on peut ainsi voir un « nuage » orange représentant la quantité en dioxyde d’azote (NO2) contenu dans l’air au-dessus de la Chine, de la France ou du Nord de l’Italie. Deux mois plus tard, le « nuage » a presque disparu sur de nouvelles cartes.

De la Chine à l’Europe, on observe une diminution importante de la pollution de l’air, les quantités de monoxyde de carbone (CO) et de dioxyde de carbone (CO2) ont ainsi été réduites d’au moins 25%. Les concentrations de NO2, produit principalement par les véhicules et les centrales thermiques, ont chuté de 54% à Paris et d’environ 45% à Madrid, Milan et Rome pendant le confinement, selon des cartes publiées jeudi par l’Agence spatiale européenne. Ces fortes baisses « coïncident avec les mesures de quarantaine strictes mises en place à travers l’Europe », selon un communiqué de l’ASE.

« Des images similaires ont été prises du Liban aussi où on note une différence notable dans la diminution de la pollution », affirme Dr. Georges Mitri, directeur du Programme des terres et des ressources naturelles à l’Institut de l’environnement, à l’Université de Balamand.

Partout où l’activité humaine est en baisse, des scènes insolites se multiplient avec des animaux sauvages qui envahissent les agglomérations urbaines en raison de la circulation de plus en plus faible. C’est le cas par exemple au Liban, à Jounieh, où des hyènes ont été vues dans le quartier de Ghadir durant le weekend. Au Japon, dans la commune de Nara, des troupeaux de cerfs ont envahi les rues à la recherche de nourriture. En Thaïlande, des macaques ont pris d’assaut la localité de Lopburi au centre du pays. En Italie, les dauphins reviennent nager dans un port de Sardaigne. Les images des canaux de Venise redevenus limpides ont fait le tour d’internet.

« Il est malheureux que le monde ait besoin d’une grave crise sanitaire avec son lot énorme de morts pour se rendre compte d’une manière tangible des conséquences négatives de l’action des hommes sur la planète », déplore Georges Mitri.


(Lire aussi : Coronavirus et déchets infectieux : l’autre aspect de la crise)



Une détérioration importante
« Avant la crise sanitaire due au coronavirus, les équipements industriels fonctionnaient à fond. Et les conséquences sur la planète étaient visibles, qu’il s’agisse de pollution ou de changement climatique. Il y avait une détérioration importante. Rien qu’en 2019, une série d'incendies en Amazonie, en Australie, et même au Liban, ont eu des effets catastrophiques sur l'environnement et sur les humains. L’augmentation des gaz à effet de serre, du CO2 et du NO2 allait entraîner de plus en plus de catastrophes. La crise a fait diminuer plusieurs polluants, et notamment le CO2 et le NO2 », précise à L’Orient-Le Jour, Georges Mitri.

Il existe également une corrélation entre la pollution atmosphérique et la pandémie de Covid-19. « Les conditions préexistantes liées à la pollution de l’air telles que le diabète, les maladies pulmonaires, l’asthme, les maladies cardiaques et le cancer aggravent le danger de l’infection au Covid-19. Il existe des preuves solides que l’exposition chronique à des niveaux élevés de pollution atmosphérique rend les populations plus vulnérables au virus. En d’autres termes, notre dépendance à l’égard des combustibles fossiles nous rend moins sains et donc moins résistants aux pandémies », ajoute de son coté, Julien Jreissati, directeur de programmes à Greenpeace MENA.


Une occasion en or
Cette pandémie peut être ainsi une opportunité en or pour réaliser une véritable avancée en matière écologique, et poursuivre les effets positifs sur l’environnement créés par la crise du coronavirus. Beaucoup d’activistes estiment qu’il faut profiter du fait que les humains ont pris conscience d’une manière concrète des conséquences néfastes de leurs actions sur l’environnement, pour les encourager à œuvrer dans le bon sens.

« Le monde doit comprendre que parallèlement au gain et au profit financiers engendrés par l’économie et l’industrie, il y a des pertes énormes au niveau écologique, qui augmentent chaque année. Il y a des leçons à apprendre. Les gouvernements doivent inclure dans leurs plans de relance des actions relatives au climat comme pour le transport, le développement durable et tout autre initiative dans le même sens », explique M. Mitri.

Il faut ainsi envisager une économie fondée sur l’intérêt public. « La nouvelle économie doit être centrée sur les gens, dans les limites écologiques et le respect de la vie de la planète. Les gouvernements devront repenser et réévaluer leur modèle de croissance pour placer les personnes et l’environnement au-dessus des intérêts économiques étroits et à court terme de quelques sociétés », ajoute de son côté le responsable de Greenpeace. Selon lui, en choisissant de recourir de plus en plus à des énergies propres et renouvelables, les pays récolteront les bénéfices d’un point de vue économique en économisant des millions de coûts indirects sur les systèmes de santé par exemple.



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Pas une priorité ?
Mais quand la crise sanitaire sera terminée et que les gouvernements voudront relancer l’économie, l'environnement ne risque-t-il pas de repasser au second plan. Il est ainsi fort possible que des mesures qui appuient la sauvegarde de l’environnement soient ajournées ou tout simplement abandonnées.

Les experts peuvent asseoir leurs projections, dans une certaine mesure, sur la crise financière de 2008/2009. Le ralentissement économique avait entraîné à cette époque une forte diminution des émissions de gaz à effet de serre. Toutefois, la relance avait été marquée par un rebondissement assez vigoureux. Les émissions de carbone avaient alors  augmenté de 5% en raison des plans de relance qui ont stimulé l’utilisation des combustibles fossiles.

D’où la crainte des experts et des activistes environnementaux de retomber dans la même erreur avec la fin de la pandémie. « Il existe un risque que les gouvernements n’apprennent pas de leurs erreurs et décident de reprendre leurs activités comme d’habitude en fournissant des plans de sauvetage sans conditions aux industries et secteurs les plus destructeurs qui nous ont rendus vulnérables en premier lieu. Le plus grand impact de l’épidémie de Covid-19 est sur les personnes les plus vulnérables de la société, pas sur les grandes entreprises », affirme Julien Jreissati, qui assure que « les gouvernements ajoutent déjà des éléments dans leurs plans d’intervention qui soutiennent directement ou indirectement les combustibles fossiles ». Selon lui, le souhait de Greenpeace est d’œuvrer pour des réponses économiques qui priorisent les personnes sur les profits.

En Europe, l'environnement semble déjà passer au second plan. Certains médias ont ainsi rapporté, citant des sources diplomatiques, que « le Green deal n’est plus la priorité numéro un de la commission européenne ». Selon Le Monde par exemple, « l’exécutif européen envisage même de repousser la date à laquelle il doit proposer de nouveaux objectifs de réduction des émissions de CO2 pour 2030 ».

« C’est un coup dur pour la diplomatie sur le climat. Un grand nombre de conférences ont été ajournées », ajoute M. Mitri. La conférence sur le climat COP 26, qui devait avoir lieu à Glasgow en novembre prochain, a été reportée à 2021. Le Congrès mondial de la nature de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) qui devait se tenir à Marseille, en juin prochain, a également été reporté à janvier 2021. D’autres rencontres qui devaient mettre en œuvre les propositions de la Conférence de Paris ont été annulées. Les participants devaient y présenter des plans d’investissements importants dans la technologie verte.

« Il est évident aujourd’hui que la priorité n’est plus l’environnement, mais la gestion de la crise sanitaire due au coronavirus. Plus tard, elle ira à la relance économique, à la lutte contre le chômage et au soutien de l’industrie. La reprise risque d’engendrer des conditions pires qu’avant, puisqu’elle s'inscrit dans la perspective de récupérer le temps perdu et les mois perdus, côté production mais aussi consommation. Ce sera comme un jeu de domino, plus les activités humaines augmenteront et plus les conséquences seront graves », prédit ainsi Georges Mitri. Sur le court terme, la crise sanitaire a eu des effets bénéfiques pour l'environnement. « A long terme, je crains que nous n'allions vers des hausses de pollution énormes avec des conséquences plus graves encore », conclut-il.



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