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Lifestyle - Confinement à Beyrouth

VI - L’odeur du café

Photo DR

Réveil perplexe avec l’impression de ne distinguer aucune odeur. La fenêtre ouverte toute la nuit n’a rien introduit de l’extérieur, même pas une mauvaise exhalaison de groupe électrogène ni le relais d’une brise vaguement jasminée comme il en passe en cette saison. En d’autres temps, je n’y aurais pas prêté attention. Mais ce virus a la réputation de nous priver de notre sens le plus animal, comme s’il cherchait à neutraliser, au-delà de l’organe, l’instinct le plus élémentaire qui commande nos impulsions et nos répulsions, nos envies et notre survie. Au-delà de ses vertus tonifiantes, c’est par ses arômes grillés que le café nous ouvre les yeux au jour. Nos matins sentent le brûlé, et cela suffit pour faire taire l’alarme et donner l’alerte. À l’intersection de la lumière et de l’obscurité du breuvage, la vie nous offre une nouvelle chance. Ce matin, l’odeur du café m’a restitué mon ombre, mes contours et ma place dans l’espace. Tout va bien.

Apparemment nous sommes tous plus ou moins plongés dans des œuvres liées au confinement. Comment passer à côté de la fameuse citation de Sartre dans Huis clos : « Tous ces regards qui me mangent… Ah ! vous n’êtes que deux ? Je vous croyais beaucoup plus nombreuses. Alors, c’est ça l’enfer. Je n’aurais jamais cru… Vous vous rappelez : le soufre, le bûcher, le gril… Ah ! quelle plaisanterie. Pas de besoin de gril : l’enfer, c’est les autres. » Soigner une jambe, assister un proche affaibli semblent faire partie des premières manifestations de la civilisation. Dans un contexte où perdre la faculté de s’enfuir vous expose à la dévoration d’espèces plus puissantes, la solitude laisse peu d’espoir. La maladie, la faiblesse du corps ont justifié la nécessité de s’organiser pour se porter une aide mutuelle. Ensemble est le mot qui signe l’évolution de l’humanité. La crise que nous traversons le ravive et lui donne une valeur toute nouvelle. Il est bon de se souvenir, au-delà de la souffrance que peut causer l’aliénation à l’autre, que celle-ci bouscule notre intelligence, affine notre réflexion et notre communication et donne sens à notre existence.

On apprend que trois hommes ont pris avant-hier le chemin de l’espace malgré le coronavirus qui enserre la terre. Ils sont partis du cosmodrome de Baïkonour, l’un des lieux les plus improbables de la planète, planté comme un rêve inachevé dans les steppes arides du Kazakhstan depuis les années 1950. Ils vont rejoindre la Station spatiale internationale qu’ils vont occuper six mois d’affilée. L’espace incarne un fantasme pour les enfermés que nous sommes. Ce ciel où notre regard s’évade et dont nous avons reçu notre première notion de l’infini est pourtant, pour les cosmonautes et les astronautes, le lieu par excellence d’un confinement multiple, entre combinaisons, station spatiale et extérieur totalement hostile à la vie humaine. Naturellement, ces hommes partent aseptisés et intouchés par le coronavirus. Mais dans notre contexte dystopique, comment ne pas imaginer le risque d’exporter une infection qui prendrait, dans la virginité des territoires célestes, des formes imprévisibles? Brusquement, le sentiment que l’humanité est irrémédiablement souillée.

Dans cette rubrique prévue tous les lundis, mardis et vendredis tant que durera la crise, Fifi Abou Dib se propose de partager avec vous des pensées aléatoires issues du confinement.


Les précédentes entrées du journal
V – Nos besoins et l’ordre du monde

IV- Mesures du temps

III- Histoires de masques

II- Que ma joie demeure

I- Lui nous voit



Réveil perplexe avec l’impression de ne distinguer aucune odeur. La fenêtre ouverte toute la nuit n’a rien introduit de l’extérieur, même pas une mauvaise exhalaison de groupe électrogène ni le relais d’une brise vaguement jasminée comme il en passe en cette saison. En d’autres temps, je n’y aurais pas prêté attention. Mais ce virus a la réputation de nous priver de notre...

commentaires (5)

Dans un pays qui symbolise l'aléatoire distillé, les pensées de Fifi sont très bienvenues... Pardon, pas de café pour moi! Un arak fera l'affaire!!

Wlek Sanferlou

02 h 53, le 11 avril 2020

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Commentaires (5)

  • Dans un pays qui symbolise l'aléatoire distillé, les pensées de Fifi sont très bienvenues... Pardon, pas de café pour moi! Un arak fera l'affaire!!

    Wlek Sanferlou

    02 h 53, le 11 avril 2020

  • Sur la photo une tasse (fenjenn) de café . Made and designed in China .

    FRIK-A-FRAK

    15 h 29, le 10 avril 2020

  • Merci pour votre invitation à boire un bon café. Ce sera "wassatt" pour moi, mais retourner sa tasse pour y lire l'avenir...c'est une autre affaire ! À éviter en ce moment !

    Aoun Catherine

    10 h 10, le 10 avril 2020

  • ""Une odeur de café qui fume Et voilà tout son univers Les enfants jouent, le mari fume Les jours s'écoulent à l'envers"" Corona n’est pas un rhume Ni grippette mais lucifer Ecoute Bach à plein volume En boucle comme somnifère Par ces temps de forte brume Mieux penser aux infirmières Aux docteurs, à titre posthume Je leur dirai que toute la terre Applaudit non sans amertume Reconnaissante, et très fière Pour respirer il nous faut désormais des scaphandres.....

    L'ARCHIPEL LIBANAIS

    09 h 37, le 10 avril 2020

  • Quelle urgence ont ces ecervelés de cosmonautes d’aller transferer nos virus a une autre planete? Pauvres irresponsables !!!

    Marie-Hélène

    01 h 38, le 10 avril 2020

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