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Politique - Focus

Mikati à Damas… pour se remettre au centre du jeu

L'ex-Premier ministre s'est immédiatement entretenu avec le président du Parlement, Nabih Berry. De quoi susciter de nombreuses questions.

Mikati à Damas… pour se remettre au centre du jeu

Le président syrien, Ahmad el-Chareh, s'entretenant avec l'ex-Premier ministre Nagib Mikati à Damas, le 8 juin 2026. Photo tirée du compte X de la présidence syrienne

C’est depuis la Syrie que Nagib Mikati a choisi de faire sa (ré)apparition sur la scène politique, plus d’un an après la fin de son mandat de Premier ministre. Le milliardaire tripolitain a été reçu lundi par le président syrien, Ahmad el-Chareh. Il s’agit du second entretien entre les deux hommes, le premier ayant eu lieu quelques jours après l’accession du nouvel homme fort syrien au pouvoir, alors que Nagib Mikati était encore Premier ministre. Cette fois-ci, la rencontre intervient dans un contexte marqué par la popularité croissante du président syrien dans les milieux sunnites libanais, notamment à Tripoli.

Nagib Mikati est donc le premier leader politique sunnite libanais (outre le chef du gouvernement Nawaf Salam) à être reçu dans la « nouvelle Syrie ». « Le rendez-vous était fixé depuis plusieurs semaines », assure une source proche de M. Mikati à L’Orient-Le Jour, appelant à « ne pas surinterpréter » la rencontre. Mais dans certains cercles politiques, on souligne que l’ancien chef de gouvernement a été reçu à Damas à l’heure où nombreuses figures, dont des députés sunnites du Liban-Nord, ont déjà demandé des rendez-vous avec le président syrien sans réponse pour le moment.

D'aucuns estiment toutefois que, dans un tel contexte, la visite de M. Mikati à Damas a de quoi le renflouer sur la scène tripolitaine. D'autant que l'homme d'affaires tripolitain est en perte de popularité depuis les législatives de 2022. Une lecture que l’on préfère nuancer à la capitale du Nord. « La visite de M. Mikati n’a aucune signification politique, même si ses partisans veulent faire croire le contraire à l’opinion publique », dit un député sunnite de la ville. Et d'ajouter : « Ce n'est pas un entretien avec Chareh qui va blanchir la page de Nagib Mikati dans la ville. » De son côté, Ali Darwiche, proche de Nagib Mikati et ex-député de Tripoli, rétorque en affirmant que l'ancien Premier ministre « ne rate aucune occasion de mettre son réseau de relations locales et internationales au service du Liban ».

La rencontre de lundi est intervenue après des propos du président américain, Donald Trump, portant sur un éventuel recours à la Syrie de Chareh dans les efforts visant à affaiblir le Hezbollah. Dans les médias proches du pouvoir syrien, dont l'agence officielle SANA, on indique que les discussions entre MM. Chareh et Mikati ont porté sur les relations bilatérales, ainsi que sur les développements régionaux à la lumière de la guerre en cours entre l’Iran et ses satellites, d’une part, et Israël et les États-Unis, d’autre part, notamment au Liban.

« Je ne crois pas que Ahmad el-Chareh voudrait intervenir dans les affaires internes libanaises, encore moins dans le dossier du désarmement du Hezbollah », dit un député sunnite. Une lecture partagée par plusieurs analystes, qui estiment qu'une intervention de la Syrie contre le Hezbollah serait coûteuse pour le nouveau pouvoir sur les plans militaire et diplomatique.

Une médiation avec Berry ?

Fait notoire, à son retour à Beyrouth mardi, M. Mikati s'est tout de suite entretenu avec le président du Parlement, Nabih Berry. Bien qu'étant un grand allié du Hezbollah, M. Berry avait pris ses distances avec le régime de Bachar el-Assad lors de la révolte en Syrie. Toutefois, après la chute en décembre 2024 du dictateur syrien et l'arrivée au pouvoir de Ahmad el-Chareh, aucun contact direct n'a eu lieu entre la « nouvelle Syrie » et le maître du perchoir.

Le déplacement de M. Mikati, allié du chef du législatif, pourrait-il donc défricher le chemin de Damas devant M. Berry ? « Il se pourrait que M. Mikati soit porteur d’un message », lance M. Darwich, sans dire plus. À noter que le leader druze Walid Joumblatt, un ami proche de Nabih Berry, a déjà été reçu à plusieurs reprises par le président syrien. Dans ce cadre, certains observateurs estiment que M. Joumblatt aurait aussi pu mener une mission de bons offices entre MM. Berry et Chareh. « Walid Joumblatt s'est rendu en Syrie pour évoquer les relations bilatérales et la situation dans la province druze de Soueida. Il ne cherche pas à mener une médiation », commente une figure joumblattiste. « Je ne crois pas que Nabih Berry ait besoin d’une médiation politique pour ouvrir un canal de dialogue avec la Syrie. Son poste de président du Parlement lui suffit », estime dans le même cadre Ziad Itani, analyste politique.

Selon cette lecture, la réunion de lundi vise surtout à discuter de certaines affaires financières. « Nagib Mikati est un homme d’affaires qui fait de la politique et qui cherche à préserver ses relations et ses intérêts afin de rester actif et présent sur la scène politique », commente un ex-Premier ministre. Comme pour barrer la voie aux spéculations autour d’ambitions futures de M. Mikati de revenir à la présidence du Conseil. « La Syrie ne lui suffit pas. Il a besoin des Américains et des Saoudiens dont Nawaf Salam demeure le favori », affirme le député tripolitain cité plus haut.


C’est depuis la Syrie que Nagib Mikati a choisi de faire sa (ré)apparition sur la scène politique, plus d’un an après la fin de son mandat de Premier ministre. Le milliardaire tripolitain a été reçu lundi par le président syrien, Ahmad el-Chareh. Il s’agit du second entretien entre les deux hommes, le premier ayant eu lieu quelques jours après l’accession du nouvel homme fort syrien au pouvoir, alors que Nagib Mikati était encore Premier ministre. Cette fois-ci, la rencontre intervient dans un contexte marqué par la popularité croissante du président syrien dans les milieux sunnites libanais, notamment à Tripoli.Nagib Mikati est donc le premier leader politique sunnite libanais (outre le chef du gouvernement Nawaf Salam) à être reçu dans la « nouvelle Syrie ». « Le rendez-vous était fixé depuis plusieurs...
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