Un drapeau libanais flotte sur la place des Martyrs à Beyrouth, au Liban, le 4 juin 2026. Photo Mohamed Azakir/ Reuters
Le chef de l'Etat Joseph Aoun a lancé une nouvelle pique mercredi à l'encontre de la République islamique d'Iran, parrain du Hezbollah, affirmant qu'il « existe une grande différence entre l’aide et l’ingérence dans les affaires intérieures libanaises », selon un message sur X de la présidence libanaise. « Il est interdit de revenir à l’époque des tutelles, quelles qu’elles soient », a également déclaré le président libanais. Il a cependant tenu à préciser accueillir « favorablement l’aide de tout État », et ainsi ne pas rejeter par principe l'aide iranienne.
Il a tenu ces propos devant une délégation de représentants des municipalités du caza de Kesrouan-Ftouh. M. Aoun avait déjà haussé le ton de manière inédite la semaine passée lors d'une interview accordée à CNN, accusant l'Iran d'utiliser le Liban comme une « monnaie d'échange » dans son bras de fer avec Washington. Il avait appelé à cesser toute ingérence dans les affaires du pays. Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, qui a toujours nié toute ingérence de son pays au Liban, avait répliqué samedi en exhortant le chef de l'État à « sauver » le Liban de son « véritable ennemi », Israël. Le lendemain, l'Iran avait riposté lui-même à une frappe israélienne sur la banlieue sud de Beyrouth.
« Ne pas s'immiscer dans nos affaires pour servir ses propres intérêts »
Joseph Aoun a également déclaré que de « nombreux pays sont les bienvenus pour apporter leur aide, des pays du Golfe aux pays européens et autres, à condition qu’ils ne s’immiscent pas dans nos affaires intérieures dans le but de servir leurs propres intérêts », dans un reproche clair à la filiation entre le Hezbollah et l'Iran, ayant entraîné le Liban dans la guerre régionale le 2 mars dernier. Au moins 3 666 personnes ont été tuées dans les bombardements israéliens depuis la reprise de la guerre au Liban le 2 mars, selon les autorités, tandis que 11 321 autres ont été blessées.
M. Aoun a par ailleurs défendu une nouvelle fois le choix de l'État libanais de négocier directement la fin de la guerre avec Israël, sous médiation américaine. « J’ai pris la décision d’engager ces négociations et je les poursuivrai jusqu’au bout, car le Liban est un membre fondateur de l’Onu, doté de son entité et de sa souveraineté. Et ce, à partir de ma conviction que les guerres ne produisent aucun résultat, si ce n’est des pertes que tous finissent par partager », a dit le chef de l'État, qui pilote, en coordination avec le Premier ministre Nawaf Salam, le dossier des négociations.
Ses propos interviennent alors que le Hezbollah vilipende depuis avril ce choix, le parti-milice espérant que l'Iran négocie avec les États-Unis la fin de l'offensive israélienne au Liban. « L’objectif des négociations à Washington est de permettre à l’État de retrouver sa place, afin que les Libanais ne soient plus dépendants de quiconque, que ce soit à travers une autorité de tutelle ou à travers des négociations menées en notre nom par d’autres », a déclaré à ce sujet M. Aoun. « Nous sommes maîtres de notre décision, et le Liban est un État souverain », a-t-il martelé. « Ce que le Liban a subi pendant cinquante ans de mauvaise gouvernance, de corruption et de guerres successives ne peut pas prendre fin du jour au lendemain. Aujourd’hui, nous œuvrons à renforcer le rôle de l’État dans l’ensemble des dossiers », a également affirmé le chef de l'État.
La position du président libanais est accueillie très favorablement par les États-Unis. Amos Hochstein, ancien émissaire spécial des États-Unis et architecte du cessez-le feu de novembre 2024, avait notamment, dans une démarche inhabituelle, félicité les propos de Joseph Aoun la semaine passée : « Bien dit M. le président. Ce sont les Libanais et non l'Iran ou quelqu'un d'autre qui devraient décider du sort du Liban », avait-il dit.



L'Iran exclut toute signature d'un accord avec les Etats-Unis dans les prochaines 24 heures
Présenter un axe comme sauveur et l’autre comme unique menace est une lecture simpliste et biaisée. Ce que certains qualifient d’ingérence est en réalité une architecture de sécurité nécessaire, portée par l’axe de la résistance, pour contenir les visées expansionnistes d’Israël qui menacent l’intégrité du Liban. À l'inverse, l'axe américano-sioniste utilise souvent le prétexte du sauvetage ou du retour à la souveraineté pour tenter de placer le pays sous une tutelle politique et économique. La vraie souveraineté réside dans le refus de toute domination étrangère.
14 h 42, le 11 juin 2026