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Politique - Social

Le gouvernement lance son programme d’aides, les municipalités dans le flou

Les premières aides seront versées dès aujourd’hui dans le cadre de ce programme dont bénéficieront près de 187 500 familles, qui recevront 400 000 livres par mois.

Le ministre des Affaires sociales Ramzi Moucharrafiyé au cours de sa conférence de presse, hier. Photo Dalati et Nohra

Le programme d’aides du gouvernement aux familles démunies se met enfin en branle, mais les modalités restent floues pour beaucoup de municipalités. Hier, au cours d’une conférence de presse, le ministre des Affaires sociales Ramzi Moucharrafiyé a lancé la procédure, qui reposera principalement sur des formulaires remplis par les candidats désireux d’en bénéficier, collectés par les autorités locales, municipalités et moukhtars.

Les aides s’élèvent à 400 000 livres libanaises par famille nécessiteuse par mois, « pour toute la durée de la crise », a insisté le ministre. Les premiers à pouvoir en bénéficier sont les familles qui étaient inscrites, avant même la crise, auprès des Affaires sociales dans le cadre du projet de soutien permanent aux familles les plus démunies. Le ministre a cependant ajouté que d’autres catégories touchées de plein fouet par les crises successives et le chômage causé par le confinement imposé à la population dans le cadre de la lutte contre le coronavirus, comme les chauffeurs de taxi, ont été inclus par le gouvernement dans cette liste.

Par ailleurs, le ministre a donné aux autorités locales le soin de récolter les demandes formulées par de nouveaux demandeurs. « Si ces formulaires ne sont pas remplis de manière exacte et transparente, les responsables s’exposent à des poursuites légales », a-t-il poursuivi. La véracité des informations sera vérifiée par trois instances selon lui, le ministère de l’Intérieur qui recevra les demandes, l’Inspection centrale et, enfin, l’armée qui sera chargée de distribuer les aides au final.

Ces aides commenceront à être distribuées aujourd’hui jeudi pour les familles déjà enregistrées sur les listes officielles, c’est-à-dire dans le programme de soutien du ministère des Affaires sociales, ou d’autres ministères comme la Santé ou le Travail (Caisse nationale de Sécurité sociale), affirme à L’Orient-Le Jour Jad Haïdar, conseiller en communication du ministre des Affaires sociales. Il ajoute que si les familles inscrites au ministère des Affaires sociales sont au nombre de 47 000, 28 000 seulement seront desservies par ce programme, étant donné que les autres bénéficient déjà d’une aide mensuelle.

Toujours selon M. Haïdar, environ 187 500 familles bénéficieront de ce programme, pour un budget total de 75 milliards de livres. « Ce nombre total englobera les nouveaux venus, ceux qui ne sont pas encore sur les listes des ministères mais qui rempliront les formulaires dont a parlé le ministre, précise-t-il. Et si les recherches du gouvernement montrent qu’il y a un nombre plus important de familles démunies, il lancera une deuxième phase. »


(Lire aussi : Le processus d’aide aux plus démunis sera lancé aujourd’hui avec l’aide de l’armée)


Les municipalités dans le flou

Si le ministre Moucharrafiyé a assuré que le clientélisme n’a aucune place dans ce programme, les critères du choix des familles restent opaques pour les principaux concernés, et ce système ne semble pas satisfaire nombre de municipalités sondées par L’Orient-Le Jour.

Le président du conseil municipal de Saïda, Mohammad al-Saoudi, a indiqué au correspondant de L’OLJ dans la ville, Mountasser Abdallah, avoir reçu un appel de l’armée lui demandant une liste de cinquante familles nécessiteuses dans la ville. Il ajoute avoir été surpris par le quota si bas pour une grande ville.

« Nébuleux. » C’est en ces termes que le président du conseil municipal de Qaa (Békaa), Bachir Matar, a qualifié, interrogé par notre correspondante Sarah Abdallah, le système. Dans ce village de 45 000 habitants, la municipalité ne sait pas selon quels critères équitables sélectionner les familles les plus nécessiteuses. M. Matar affirme avoir des difficultés à choisir des candidats dans une population qui s’est globalement appauvrie, notamment les agriculteurs, les chauffeurs de taxi, les commerçants qui ont fermé boutique, etc. Il se demande aussi s’il doit inclure des Libanais qui résident dans le village mais qui sont issus d’autres localités, ou si ce sont les municipalités de leurs régions d’origine qui les inscriront sur leurs listes.

Joséphine Zoughaib, membre du conseil municipal de Kfardebiane, précise de son côté que cet organisme a effectué ses propres statistiques depuis que le gouvernement a annoncé son intention de soutenir les plus démunis, et ce malgré les retards successifs dans la mise en application de ce programme, selon elle. « Nous avons sélectionné 450 familles, suivant des ordres de priorité, avec 150 ménages nécessitant une aide d’urgence, précise-t-elle à L’OLJ. La liste du ministère ne comporte que 40 à 50 noms, mais elle date de 2017 et n’a pas été mise à jour. » Les modalités de sélection des candidats restent obscures, selon l’élue. « Suivant nos propres statistiques, nous allons contacter les 450 familles sur notre liste, mais nous n’avons aucune idée du nombre de nos administrés que compte inclure le ministère dans son programme d’aides », regrette-t-elle.


(Lire aussi : Coronavirus : des millions de personnes menacées d'insécurité alimentaire au Liban, prévient HRW)


Les réponses du ministère

Interrogé sur toutes ces incertitudes, Jad Haïdar répond que « toutes les municipalités doivent adresser leurs questions au ministère de l’Intérieur, qui est leur ministère de tutelle et qui peut clarifier tous les points obscurs ». Aux municipalités qui se plaignent du nombre réduit de bénéficiaires dans leur périmètre, comme Saïda, il précise que « ces chiffres qui leur ont été donnés correspondent aux aides distribuées par l’armée, et non au programme gouvernemental », assurant qu’il n’existe pas, dans le cadre de ce programme, de quota posé à l’avance pour chaque municipalité.

Qu’en est-il des critères de sélection ? « Les municipalités et les moukhtars doivent savoir que le choix ne leur revient pas, affirme-t-il. Ils connaissent cependant leur population et peuvent déceler facilement les demandes justifiées de celles qui ne le sont pas. Les autorités locales sont cependant invitées à enregistrer tous ceux qui le demandent, sous peine de poursuites. Le tri sera ensuite effectué par une commission spéciale chargée de cette mission au Grand Sérail. »

Enfin, en réponse à la question posée par le président du conseil municipal de Qaa, M. Haïdar souligne que « les demandeurs d’aides sont priés de s’inscrire dans la municipalité où ils résident, et non dans celle dont ils sont originaires ».



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