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Société - Initiative

Des masques de plongée reconvertis pour l’usage médical

Les innovations se multiplient en vue de parer au risque d’une pénurie d’outils de protection des personnels soignants et de ventilation des malades du Covid-19.

La visière fabriquée par l’architecte Edgar Meksass. Photo DR

On n’en est pas encore là, mais si le coronavirus se propageait démesurément à l’instar d’autres pays, les masques chirurgicaux et les respirateurs artificiels risquent de ne plus suffire, les premiers pour les personnels soignants et les membres de la Croix-Rouge libanaise (CRL), les seconds pour les patients. Pour pallier le danger de contamination des professionnels de santé et éviter aux malades d’être intubés, deux médecins de l’hôpital Beirut Eye and ENT Specialist, Ziad Khoueir, ophtalmologue, et Henry Fakhoury, anesthésiste réanimateur, se sont penchés, il y a quelques jours, sur une alternative déjà développée en Europe : l’adaptation des masques de plongée produits par la marque d’articles de sport Décathlon, pour protéger les soignants et apporter une ventilation aux malades. La démarche n’attend plus que l’approbation du ministère de la Santé, sachant que Décathlon a décidé mardi de bloquer la vente de ses masques et de les réserver exclusivement aux hôpitaux qui les sollicitent à travers le monde.


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Imprimante 3D

« Les masques N95 faisant, au plan mondial, l’objet d’une demande accrue, les industries n’arrivent plus à suivre, indique le Dr Fakhoury, joint par L’Orient-Le Jour. Ayant appris que des médecins italiens ont transformé des masques de plongée vendus par Décathlon en masques de protection contre le Covid-19 et en outils permettant une respiration sans intubation, nous sommes entrés en contact avec eux, ainsi qu’avec des médecins allemands et des laboratoires internationaux, pour expérimenter le processus dans le laboratoire de l’hôpital Beirut Eye and ENT. Décathlon nous a par ailleurs fait parvenir gracieusement quelques masques afin d’effectuer les tests, qui semblent très concluants. » Pour modifier le masque de plongée initial en masque de protection, le médecin explique qu’on ôte le tuba pour le remplacer par un connecteur auquel on raccorde un filtre antibactérien ou antiviral, peu coûteux et utilisé dans tous les blocs opératoires et les salles de soins intensifs. Pour pouvoir relier le masque au filtre, il faut donc fabriquer le connecteur. « Nous avons fait appel à l’entreprise Raidy Printing Group, qui nous a offert des valves spécifiques fabriquées au moyen d’une imprimante en 3D, à partir d’un modèle informatique fourni par un groupe allemand de recherches. Ces connecteurs ont été testés et les résultats sont très positifs », se félicite le Dr Fakhoury, qui estime que les masques reconvertis présentent des avantages par rapport aux masques N95. « Les masques Décathlon sont parfaitement étanches, supportant l’eau jusqu’à une profondeur de 10 mètres. Faits de plastique et de caoutchouc, ils peuvent être désinfectés et réutilisés, contrairement aux masques N95, utilisables une seule fois pour une durée de 3 heures. En outre, ils couvrent l’intégralité du visage, alors que les masques N95 laissent les yeux à découvert », souligne le spécialiste. Pour transformer les masques Décathlon en masques de ventilation, la fabrication d’une autre valve est nécessaire. Pour brancher le masque à l’oxygène mural, il faut une valve à 3 voies : une pour faire entrer l’oxygène; une autre pour aider à l’expiration en assurant la rétention de la pression d’oxygène ; et une troisième pour relier au ballon permettant la réserve de l’oxygène, explique-t-il. Cet aménagement profite aux patients souffrant de difficultés respiratoires intermédiaires, c’est-à-dire graves mais ne nécessitant pas pour autant l’intubation.

Le médecin, qui a présenté son projet à la commission d’urgence au sein du ministère de la Santé, attend l’approbation du ministère, sachant qu’elle est « indispensable pour permettre l’utilisation de ces masques sur le territoire », lance-t-il, confiant.



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Visières

C’est aussi l’imprimante 3D qu’a choisie l’architecte Edgar Meksass pour fabriquer des visières permettant, affirme-t-il, de remplacer les masques N95. M. Meksass se sert de la 3D depuis trois ans pour créer des moules destinés à confectionner des objets fonctionnels ou décoratifs. Il a donc décidé de façonner de la même manière des masques de protection transparents pour éviter aux personnels de santé d’être atteints par des particules infectées. « Le concept de la visière vient d’un site web suédois qui a travaillé en coordination avec une université suédoise », explique-t-il. La pièce est composée d’acétate transparent, et recouvre les yeux, le nez, la bouche et les oreilles, précise-t-il. Étant donné que le masque N95 ne protège que le nez et la bouche, la visière peut le remplacer ou du moins se poser par-dessus pour une sécurité additionnelle, indique M. Meksass. D’une largeur de 33 cm, la visière obtenue mesure 21 cm de longueur, pèse 20 gr et permet par ailleurs aux porteurs de lunettes de l’utiliser car elle offre un grand espace avec les yeux, avance l’architecte. La visière est réutilisable puisqu’elle peut être nettoyée avec de l’alcool à 70 %, ajoute-t-il, assurant avoir envoyé un prototype à un laboratoire (Claim), accrédité par les ministères de la Santé et de l’Industrie, qui a confirmé sa conformité aux normes. Grâce à ses efforts, le concepteur est parvenu à réduire à 48 minutes le temps de fabrication qui avoisine généralement les 2h30. Un fait important, selon lui, en cas d’une forte propagation du coronavirus au cours de laquelle les masques traditionnels deviendraient insuffisants.


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On n’en est pas encore là, mais si le coronavirus se propageait démesurément à l’instar d’autres pays, les masques chirurgicaux et les respirateurs artificiels risquent de ne plus suffire, les premiers pour les personnels soignants et les membres de la Croix-Rouge libanaise (CRL), les seconds pour les patients. Pour pallier le danger de contamination des professionnels de santé et...

commentaires (1)

Ce masque a comme grand avantage qu'on peut respirer par le nez ce qui n'est pas le cas avec beaucoup d'autres masques de plongee (souvent les masques de plongee supposent qu'on respire par la bouche ce qui n'est pas naturel). Le masque EasyBreath c'est bien fait vraiement, un bon produit ...

Stes David

13 h 14, le 02 avril 2020

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Commentaires (1)

  • Ce masque a comme grand avantage qu'on peut respirer par le nez ce qui n'est pas le cas avec beaucoup d'autres masques de plongee (souvent les masques de plongee supposent qu'on respire par la bouche ce qui n'est pas naturel). Le masque EasyBreath c'est bien fait vraiement, un bon produit ...

    Stes David

    13 h 14, le 02 avril 2020

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