Du petit-lait pour Greta

L’ampleur de la farce tragique que nous avons l’impression de vivre a tué la farce. Hier, 1er avril, le niveau des « infox » était franchement navrant, ou alors nous avons perdu le sens de l’humour. Penauds nous sommes et l’envie de rire commence à nous passer, tant ce qu’au début nous avions imprudemment assimilé à une mauvaise grippe se révèle de plus en plus dangereux et pernicieux… et sélectif. Le virus choisit ses victimes, emporte les uns, épargne d’autres, mute et se recombine. Ayant besoin de nos cellules pour se répliquer, il est forcément un parasite et donc un envahisseur. D’où les terminologies guerrières employées par la plupart des dirigeants pour impliquer les populations dans la lutte contre la pandémie. Inerte ou vivant ? Cette question divise encore la communauté scientifique sur la nature de la bête qui ne peut pourtant ni croître ni se multiplier d’elle-même. Une chose est sûre, les virus sont infiniment plus nombreux que le genre humain. Ils étaient là avant nous et leur rôle dans l’évolution est incontesté. Et il est effarant de songer que nous sommes plus de sept milliards à traverser ce siècle que tous les fantasmes futuristes ont imaginé infaillible, dominé par l’intelligence et les technologies de pointe, et qu’aucun spécialiste, dans l’attente de la mise au point d’un vaccin, n’a encore la moindre idée de la manière d’éradiquer le fléau qui nous menace collectivement.

Nous vivons sans doute un moment vertigineux de l’histoire de l’humanité et le recul nous manque pour en prendre la mesure. Les pandémies successives ont durablement marqué les civilisations, l’une des premières connues étant la « peste d’Athènes » (de 430 à 426 av. J-C), une fièvre typhoïde qui aurait décimé le tiers de la cité, soit près de 200 000 habitants, et annoncé son déclin. On citera aussi les ravages de la « peste noire », arrivée à Florence en 1348 avant de se répandre par vagues dans les villes d’Occident, produisant en Europe une catastrophe démographique tout au long des XIVe et XVe siècles, avec des résurgences espacées de dix ou quinze ans. La peste a déclenché les premiers pogroms contre les juifs qu’on accusa d’empoisonner les puits, manière d’effacer à bon compte les créances dues à ces puissants commerçants et argentiers. Plus près de nous, le sida a, dans un premier temps, provoqué un ostracisme à l’égard des homosexuels qui en furent les principales victimes, avant qu’un puissant lobby mené par les artistes ne se forme, offrant une puissance et une influence inédites à une communauté longtemps stigmatisée. Ces maladies ont, chacune à son époque, modifié les sociétés qu’elles ont frappées, remettant en question les valeurs, les hiérarchies politiques et de classes, le rapport à la religion, les priorités économiques, créant aussi de nouvelles formes de solidarité, poussant plus loin la réflexion et la recherche, des arts aux sciences en passant par la littérature et la philosophie.

Le Covid-19 nous attaque à l’un des moments les plus confus de notre histoire et nous cueille en pleines controverses sur les sacrifices à consentir pour sauver la Terre de nos abus. Ironiquement, au bout de l’année même où la jeune activiste Greta Thunberg faisait la couverture de la revue Time, après avoir subi les sarcasmes de Donald Trump, pour avoir supplié les puissances de sauver sa génération, le virus emportait sa première victime. Voici la planète arrêtée, plongée dans l’incertitude. Quel nouvel ordre, quelles sociétés, quelles formes d’organisation économique, financière, industrielle et commerciale, quelle diplomatie, quelle sorte de régimes et de relations entre États émergeront de cette guerre inhabituelle, sans armes et sans bruits? Nous jetterons-nous dans le giron des dictatures ou, au contraire, établirons-nous des organisations transversales et consensuelles surveillées par des armées informatiques? Garderons-nous les bons vieux billets de banque qui n’ont de fiduciaire que le nom, avec leur charge de bactéries et leur valeur simiesque, ou bien choisirons-nous de nouveaux étalons de valeurs immatérielles représentés par les cryptomonnaies? Une chose est sûre, les temps que nous vivons s’appellent « avant ».


L’ampleur de la farce tragique que nous avons l’impression de vivre a tué la farce. Hier, 1er avril, le niveau des « infox » était franchement navrant, ou alors nous avons perdu le sens de l’humour. Penauds nous sommes et l’envie de rire commence à nous passer, tant ce qu’au début nous avions imprudemment assimilé à une mauvaise grippe se révèle de plus en plus...

commentaires (5)

...""Ironiquement, au bout de l’année même où la jeune activiste Greta Thunberg faisait la couverture de la revue Time, après avoir subi les sarcasmes de Donald Trump, pour avoir supplié les puissances de sauver sa génération, le virus emportait sa première victime.""... Ce ne sont pas seulement les délires de Trump qui ""bat ses propres records de démence"", mais des bien-pensants, des philosophes (dont l’un deux : ""elle n’a qu’à retourner à l’école"")... etc etc, paraît-il craignaient le prix, pressentie, et qu’elle n’a pas eu, et donc soulagement et satisfaction... Là aussi une citation que je viens de lire dans un autre éditorial : ""Quand un vrai génie apparaît en ce bas monde, on peut le reconnaître à ce signe que les imbéciles sont tous ligués contre lui"" (Swift). Gretta animé par son seul Asperger veut changer le monde, dit beaucoup moins de bêtises que les grands dirigeants... Je ne sais pas de quoi est fait le monde de demain, mais on vit sûrement des moments historiques... On attribue à un Prix Nobel d’avoir prédit : que le XXI siècle sera celui des pandémies et des maladies génétiques...

C. F.

13 h 04, le 02 avril 2020

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Commentaires (5)

  • ...""Ironiquement, au bout de l’année même où la jeune activiste Greta Thunberg faisait la couverture de la revue Time, après avoir subi les sarcasmes de Donald Trump, pour avoir supplié les puissances de sauver sa génération, le virus emportait sa première victime.""... Ce ne sont pas seulement les délires de Trump qui ""bat ses propres records de démence"", mais des bien-pensants, des philosophes (dont l’un deux : ""elle n’a qu’à retourner à l’école"")... etc etc, paraît-il craignaient le prix, pressentie, et qu’elle n’a pas eu, et donc soulagement et satisfaction... Là aussi une citation que je viens de lire dans un autre éditorial : ""Quand un vrai génie apparaît en ce bas monde, on peut le reconnaître à ce signe que les imbéciles sont tous ligués contre lui"" (Swift). Gretta animé par son seul Asperger veut changer le monde, dit beaucoup moins de bêtises que les grands dirigeants... Je ne sais pas de quoi est fait le monde de demain, mais on vit sûrement des moments historiques... On attribue à un Prix Nobel d’avoir prédit : que le XXI siècle sera celui des pandémies et des maladies génétiques...

    C. F.

    13 h 04, le 02 avril 2020

  • Je ne vois pas pourquoi on parle du SIDA dans cette ambiance pandémique, ça n'a strictement rien à voir avec le covid19 de par sa transmission et par sa nature. On peut accepter de parler de greta hystérique mais faut passer très vite là-dessus. Par contre que le monde a basculé dans ses axes d'une passé à un future, ça oui on est en plein dedans. L'avenir nous l'expliquera une fois la roue remise en marche.

    FRIK-A-FRAK

    10 h 33, le 02 avril 2020

  • A chaque jour suffit sa peine ,tant qu'il y a des jours!MERCI ,Fifi.J.P

    Petmezakis Jacqueline

    10 h 18, le 02 avril 2020

  • "Plus près de nous, le sida a, dans un premier temps, provoqué un ostracisme à l’égard des homosexuels qui en furent les principales victimes, avant qu’un puissant lobby mené par les artistes ne se forme..." Certes, mais la transmission du sida n'est pas aussi généralisée que celle du Covid-19, ni aussi bénigne. Comme l'a si bien décrit cette blague circulant sur les réseaux sociaux: il y avait quelque chose de plus alléchant qu'un éternuement!

    Georges MELKI

    10 h 09, le 02 avril 2020

  • Avant sans recul mais avec le souvenir des nostalgies de l'Homme modeste loin de la folie du virtuel moderne qui supervise ironiquement le Monde .

    Antoine Sabbagha

    09 h 25, le 02 avril 2020