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Coronavirus : Alex Azar, secrétaire US à la Santé, dans la tourmente

L’administration Trump est très critiquée pour sa gestion de la crise, et le ministre, d’origine libanaise, est en première ligne.

Donald Trump et Alex Azar, lors d’une conférence de presse sur le Covd-19, le 26 février dernier. Andrew Caballero-Reynolds/AFP via Getty Images

Il y a quelques mois à peine, tout allait bien pour Alex Azar à la tête du département américain de la Santé. Et la communauté libano-américaine, fière de son histoire et de celle de ses grands-parents libanais, aimait à mettre l’accent sur ses origines. Aujourd’hui, le secrétaire à la Santé et aux Services sociaux est dans la tourmente. Tout comme son administration, il est fortement critiqué pour sa gestion de la crise du coronavirus.Ce d’autant plus que la propagation du virus s’accélère fortement aux États-Unis : le nombre de décès y a doublé depuis mercredi, franchissant la barre des 2 000 samedi. Le pays compte, en outre, le plus grand nombre de cas confirmés au monde – plus de 121 000 – dont près de la moitié dans l’État de New York (Nord-Est), que le président Trump a envisagé de placer, avec sa métropole emblématique, en quarantaine, ainsi que l’État voisin du New Jersey, avant d’y renoncer.

Les traits tirés, le sourire crispé, Alex Azar paraît désormais de plus en plus souvent embarrassé. Surtout pendant des conférences de presse de Donald Trump, lors desquelles il se tient, souvent désormais, aux côtés du président face aux journalistes. Alors que la crise met plus que jamais en exergue les divisions internes, aux États-Unis les ennuis ne pourraient faire que commencer pour le secrétaire à la Santé.

« Il sera sans doute le prochain bouc émissaire car, sous la pression, la stratégie de cette administration est toujours la même : se séparer de ses membres lorsqu’ils deviennent gênants », estime un analyste ayant requis l’anonymat.

Depuis le début de l’épidémie, Alex Azar est la cible de nombreuses attaques. La plus virulente lui a été directement adressée par le candidat démocrate à la présidentielle américaine Bernie Sanders. « Il est honteux que le test du coronavirus ne soit pas gratuit et accessible à toutes les catégories sociales », a-t-il tweeté.

Et ce n’est pas tout, désormais l’opinion publique américaine reproche à son président d’avoir clairement tout fait pour que le test de dépistage du Covid-19 soit limité au maximum. Certains analyses, dans les médias, ont avancé que Donald Trump serait convaincu qu’un nombre élevé de cas de contamination impacterait négativement ses chances d’être réélu. C’est pour cela, estiment ces analyses, qu’il aurait voulu ne pas opter pour une stratégie fondée sur un maximum de tests. Des critiques qui se répercutent naturellement sur le secrétaire à la Santé.


Un parcours en dents de scie
Même avant la crise actuelle, la nomination d’Alex Azar à ce poste en 2017 a été critiquée. Des élus démocrates avaient ainsi rappelé que M. Azar avait passé plusieurs années à la tête du géant pharmaceutique américain Eli Lilly, qui n’avait pas hésité à doubler le prix de l’insuline. De manière générale, la nomination d’un homme proche du secteur pharmaceutique à ce poste était critiquée. « Il sera une vraie star et baissera les prix des médicaments », avait répliqué Donald Trump aux critiques. Et le ministre pouvait compter sur le soutien de la communauté libano-américaine. Lui-même revendique d’ailleurs haut et fort son identité libanaise en répondant présent à tous les événements organisés par la communauté arabe.


Hommage à son « jeddo »
C’est pourtant aux États-Unis, à Johnstown en Pennsylvanie, qu’Alex Michael Azar est né le 17 juin 1967. Après avoir décroché un diplôme en droit de l’Université Yale et en économie du Dartmouth College, en 1988, il a travaillé au sein de la Cour suprême de justice en 1992-1993 avant de présider l’équipe juridique du président George W. Bush après son élection en 2000. De 2012 en 2017, il a passé cinq ans à la tête de la compagnie pharmaceutique Eli Lilly, avant d’occuper son poste actuel.Le 10 avril dernier, devant une foule l’applaudissant chaleureusement, Alex Azar obtenait le prestigieux prix Philip Habib, décerné par l’organisation American Task for Lebanon (l’ATFL). Le secrétaire à la Santé avait alors rendu un hommage touchant à son « jeddo », son grand-père. « S’il était là aujourd’hui, il serait si fier », avait-il déclaré ému. Ce fameux jeddo, a-t-il expliqué, lui a appris dès son plus jeune âge à se présenter en arabe en insistant sur ses origines, à savoir le village d’Amioun au Liban-Nord.

Alex Azar avait raconté que ses grands-parents sont arrivés aux États-Unis à la fin du siècle dernier. « Mon grand-père ne connaissait pas la date de sa naissance, a-t-il dit. Il a choisi de mettre sur ses papiers d’identité la date de l’indépendance du Liban, tellement il était attaché à son pays d’origine. » Le ministre avait également insisté sur le nombre de fois où le HSS (le département de Santé et de Services sociaux) qu’il préside a tendu la main aux Libanais pour les aider. Les liens entre les deux pays et les relations libano-américaines dans les domaines médical, sanitaire, social et universitaire sont sur le bon chemin, avait-il ajouté.

Le discours d’Iskandar (son prénom en arabe) Azar prononcé ce soir-là avait fortement résonné auprès des émigrés. Son jeddo, « un homme pauvre, privé de tant de libertés politiques, économiques, au sein de l’Empire ottoman, avait eu droit à de nombreuses opportunités dans son pays d’adoption, dont celle de l’accès aux soins », selon lui. Ironie du sort, cent ans plus tard, le système de santé américain est qualifié de « déficient » par une majorité d’observateurs dans le pays.



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