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Expédition

À la (re)découverte du Nouveau Monde avec Phoenicia, réplique d’un navire phénicien

Ce bateau a réussi à traverser l’océan Atlantique, dans le cadre d’une mission visant à démontrer que les Phéniciens auraient découvert l’Amérique 2 000 ans avant Christophe Colomb. Il a été accueilli par des Libanais en République dominicaine.

Le drapeau libanais hissé à bord du Phoenicia. Photo Alfred Malek

Dans le port de la capitale de la République dominicaine, en ce dernier jour de 2019, des dizaines de Libanais et de Caribéens attendent impatiemment l’arrivée d’un navire qui avait appareillé depuis les côtes tunisiennes en septembre. Ils ne peuvent s’empêcher de hurler de joie à la vue du navire Phoenicia, avec ses voiles blanches rayées de pourpre.

Phoenicia est une réplique d’un navire phénicien construit grâce aux indications révélées par des vestiges datant de deux mille ans retrouvés par des archéologues à Marseille. Ce navire a été construit en 2008 à Arwad en Syrie suivant des méthodes traditionnelles : il fait 20 mètres de long et pèse 50 tonnes. Son équipage compte douze membres de différentes nationalités, dont deux d’origine libanaise.

Après avoir fait quatre escales à Gibraltar, Cadix, Essaouira et Tenerife, le Phoenicia a réussi à traverser l’océan Atlantique et atteindre le continent américain, laissant les vents et les courants l’emmener vers Saint-Domingue. Cette expédition fait partie de la mission « Phoenician Before Colombus Expedition » lancée par le capitaine Philip Beale et vise à démontrer la thèse selon laquelle les Phéniciens auraient découvert l’Amérique 2 000 ans avant Christophe Colomb.

Si plusieurs historiens et archéologues internationaux soutiennent cette hypothèse, celle-ci suscite jusqu’à nos jours beaucoup de débats puisqu’elle n’est pas adoptée par la majorité des chercheurs. Le capitaine Beale, écrivain et aventurier anglais, ancien membre de la marine royale britannique et ancien banquier à Londres, cherche à travers ses expéditions à démontrer les capacités maritimes des Phéniciens.

En 2010, il a accompli le projet « Phoenician Ship Expedition » (2008-2010), qui a réussi une cir-

cumnavigation autour de l’Afrique, laquelle aurait été réalisée par des marins phéniciens vers 600 av. J.-C. Le projet « Phoenician Before Colombus Expedition » est réalisé en collaboration avec la campagne « Océans propres » d’ONU-Environnement, dont la mission est d’impliquer les gouvernements, le grand public et le secteur privé dans la lutte contre la pollution plastique. Il a également été approuvé par la Société d’exploration scientifique, un organisme de bienfaisance basé au Royaume-Uni.


La recherche de preuves concrètes
« Il est probable que les Phéniciens aient pu atteindre le continent américain grâce à leur connaissance maritime et la bonne structure de leurs navires », estime Nick Kahwaji, consul honoraire du Liban et ancien secrétaire général de l’Union libanaise culturelle mondiale (ULCM) en Colombie-Britannique, au Canada. M. Kahwaji a fondé en 2009, avec Habib Chamoun et Salim Khalaf, le Centre international des études phéniciennes (PIRC), qui est un des principaux sponsors de la mission du Phoenicia.

M. Kahwaji, qui était parti du Liban avec sa famille dans les années 80, est toujours attaché à sa culture et à son identité. « Dans la première expédition du capitaine Beale, le PIRC a joué un rôle important en l’invitant à inclure dans son trajet une visite des ports de Sidon, Beyrouth et Tripoli, ports phéniciens par excellence », explique-t-il. Pour cette seconde expédition, le centre a non seulement collaboré au financement, mais également à la promotion du projet parmi les communautés libanaises, ajoute-t-il.

« Il est émouvant de penser que les Phéniciens ont été les premiers à découvrir l’Amérique », affirme pour sa part Habib Chamoun, chercheur mexicain d’origine libanaise, auteur de plusieurs ouvrages et actuellement président honoraire du PIRC. Selon lui, confirmer une donnée historique nécessite des preuves concrètes.

« Tout au long de ma vie, j’ai été fasciné par la culture phénicienne libanaise, raconte-t-il. Au cours de mes nombreux voyages, j’ai tenté de lier mes lectures à mon vécu. J’ai rencontré plus de questions que de réponses. Ce qui m’a conduit à effectuer plusieurs recherches suivant la méthode empirique, parce que la vérité historique ne réside pas nécessairement dans les écrits. »

Parmi les preuves de l’arrivée des Phéniciens jusqu’au Nouveau Monde, une inscription trouvée au Brésil, ou encore des masques à Candelaria Campeche, au Mexique (qui selon John Sidney Thompson, historien des Mayas, ressemblent étrangement aux physionomies des habitants du Moyen-Orient). Toutefois, précise M. Chamoun, il reste très difficile de retrouver les éventuelles traces d’un passage des Phéniciens en Amérique, d’où l’intérêt de cette expédition.


L’hommage aux ancêtres
Rémi Kahwaji, un des 12 membres de l’équipage du Phoenicia, a été sponsorisé par le PIRC dont il est l’actuel directeur général. Il raconte à L’Orient-Le Jour qu’il a toujours ressenti une passion pour la culture et la civilisation phéniciennes. « Je suis convaincu que la Phénicie d’avant, c’est le Liban d’aujourd’hui, s’extasie-t-il. Le fait de savoir qu’il n’y avait aucun Libanais à bord de la précédente expédition m’avait révolté. En ce temps-là, j’étais encore trop jeune pour une aventure pareille, et je suis content de pouvoir participer à cette seconde expédition jusqu’à Saint-Domingue. »

Ce Libanais de 29 ans, qui avait émigré au Canada avec sa famille en 1997 et réside actuellement aux États-Unis, a réalisé un rêve, celui de participer à un projet qui rende hommage à ses ancêtres. « Aujourd’hui, je suis plus convaincu que jamais de la capacité des Phéniciens à accomplir un voyage pareil, en raison de leurs connaissances maritimes et de la sophistication de leurs navires », affirme-t-il.

Le deuxième membre d’équipage d’origine libanaise est Shaima Oubari, qui avait pris connaissance du projet de Beale via ses recherches. Poursuivant son trajet avec l’équipe vers leur dernière destination à Miami, en Floride, elle a été agréablement surprise par la chaleureuse réception des Libanais à Saint-Domingue.


Traces des Phéniciens à Saint-Domingue ?
« Ce trajet épique va sans doute bouleverser toutes nos connaissances historiques », affirme Alfred Malek, président du Club libanais de Saint-Domingue. « Je suis fier de pouvoir participer à un événement qui rend hommage aux apports de nos ancêtres phéniciens », déclare-t-il.

Un des organisateurs principaux de la réception de la capitale dominicaine, Elvis Alam, ancien vice-président de l’ULCM en Amérique latine, auteur et ingénieur, raconte à L’OLJ qu’il a profité de la présence de l’équipage du Phoenicia à Saint-

Domingue pour organiser une expédition touristique, notamment une visite des grottes de Cano Hondo où se trouvent, selon lui, des preuves historiques du passage des Phéniciens, il y a plus de deux mille ans. Il affirme se référer à plusieurs publications historiques.

« Nous avons visité des endroits intéressants qui pourraient détenir les preuves que cette terre a bel et bien été découverte par les Phéniciens des milliers d’années avant Christophe Colomb, poursuit-il. Selon des archéologues et historiens de la fin du XIXe siècle, certaines régions portent toujours des noms d’origine phénicienne, comme la rivière de Yuna ou la zone de Samana, qui pourrait être associée au capitaine phénicien Zamman. Il y a de même une roche sculptée de main d’homme qui pourrait représenter un dieu phénicien. »

La mission du Phoenicia est accomplie, mais où le bateau sera-t-il installé ? « Le PIRC pense que le Phoenicia doit se retrouver au Liban, au Musée national ! Nous essayons de notre mieux de collecter les fonds nécessaires pour l’acheter et concrétiser ce rêve, avec l’aide des communautés libanaises dans le monde », confie Nick Kahwaji.



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