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À Washington, les partisans de la thaoura s’interrogent sur les moyens d’action

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Une soixantaine d’émigrés ont participé à la table ronde organisée au Middle East Institute par la Lebanese Diaspora for Action, une branche du regroupement international Meghterbine mejtemine.


09/03/2020

« Quelque 40 % de la population libanaise est menacée de pauvreté dans les mois à venir si la situation économique lamentable n’est pas réglée. » Cette déclaration de Ali Reda Youssef, chargé d’investissement auprès de la Banque mondiale, a eu un impact certain sur le public d’une table ronde organisée le 25 février dernier au Middle East Institute à Washington par la Lebanese Diaspora for Action, une branche du regroupement international Meghterbine mejtemine.

Alors que les participants lui demandaient ce qu’il était possible de faire, Ali Youssef a répondu : « Sur le plan microéconomique, continuons massivement à aider nos proches, nos familles, nos ONG. Sur le plan macroéconomique, des projets doivent être adoptés et proposés au gouvernement libanais qui sera disposé à les entendre tant il y a urgence à agir. Pour cela, il faut que nous soyons unis, que nous parlions d’une même voix. » Selon lui, une plateforme regroupant toutes les forces contestataires devrait être créée. Elle sera l’espace où les forces contestataires publieront et échangeront les informations relatives à l’économie, la politique, l’environnement et à bien d’autres sujets.

Ce n’est pas la première fois que l’idée d’une telle plateforme est abordée. Qu’est-ce qui a jusque-là empêché sa concrétisation ? Pour Ali Youssef, « l’intention a toujours existé, mais l’organisation prend du temps. Cette plateforme est néanmoins très urgente, et nous sommes tous d’accord sur ce point ».

Même appel à l’engagement de la part d’un autre intervenant, Wissam Yafi, auteur du livre Inevitable Democracy in the Arab World, qui a rappelé que la Constitution libanaise « dote actuellement le Parlement libanais et les institutions officielles de pouvoirs extrêmes au détriment du citoyen ». « Il faut rééquilibrer les pouvoirs pour donner au citoyen les droits qui sont les siens, poursuit-il. Le soulèvement populaire est un moment propice pour parler d’une charte des droits », un document qui pose les droits du citoyen et permet de les protéger. Wissam Yafi travaille d’ailleurs avec les différentes forces contestataires pour pouvoir adopter une telle charte. Si des pays tels que l’Afrique du Sud, le Venezuela, Hong Kong ou encore la France (dont la Constitution sert d’exemple à la Constitution libanaise) ont pu l’intégrer et l’appliquer, le Liban aussi peut le faire d’après lui, estime-t-il. « L’idée du chercheur est en train de faire son chemin », commente avec enthousiasme Ramzi Soueid, membre actif de la Lebanese Diaspora for Action. Selon lui, la table ronde a permis aux membres de la diaspora de comprendre les enjeux juridiques, économiques et politiques de la révolte. Ils ont également apprécié l’intervention (en direct du Liban) de Pierre Issa, secrétaire général du Bloc national et l’un des fondateurs d’Arcenciel, ajoute-t-il.


Une communauté « moins visible »
Cette rencontre, qui sera suivie d’autres, a permis de rassurer des membres de la diaspora qui veulent tendre la main aux manifestants, mais ne savent pas par quels moyens. Or une remobilisation est d’autant plus importante que si au début du mouvement de contestation, au Liban, des centaines de Libanais de la diaspora manifestaient régulièrement devant l’ambassade du Liban à Washington, aujourd’hui, ce n’est plus le cas, notamment parce que le mouvement de révolte a changé de visage. « Les gens ont perdu confiance, regrette Soueid. De plus, à Washington, nous avons un problème à mobiliser le public. » Dans la capitale du lobbying, la diaspora libanaise est moins visible qu’ailleurs, alors qu’elle est beaucoup plus dynamique à Londres ou à Paris. « Cela est sans doute lié au fait que les étudiants sont beaucoup moins nombreux qu’en Europe, d’autant plus que l’émigration y est plus ancienne », estime M. Soueid. Il existe aussi une autre raison, explique-t-il, c’est que les partis politiques libanais traditionnels ont tous des représentants installés dans la capitale fédérale américaine depuis des années. Certains ont noué des liens solides avec les institutions américaines et tentent donc de les informer « à leur façon » de ce qui se passe dans leur pays d’origine. Cela peut-il changer aujourd’hui ? « Il faut l’espérer car nous avons vu pas mal d’ex-partisans critiquer ouvertement leurs anciens chefs », conclut M. Soueid.

Pour la Lebanese Diaspora for Action, le chemin semble encore long et laborieux. Mais il est impératif de persévérer et de réveiller la diaspora.

À Boston, cent Libano-Américains s’intéressent au pays

Une initiative toute récente de Meghterbine mejtemine, branche de Boston (Massachusetts), a porté ses fruits. Quatre fois par an, cent émigrés libano-américains se retrouvent dans un endroit et choisissent une ONG à soutenir financièrement. Ils votent aussi pour celles qu’ils soutiendront à l’avenir. Lors de leur première rencontre, ils ont collecté de l’argent au profit de Sesobel via les Amis américains de Sesobel (http ://sesobel.us).


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