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Politique

La politique étrangère, cause principale de l’effondrement, tonne le Bloc national

À l’instar du BN, d’autres partis politiques mettent sur le tapis la nécessité d’un débat sur la stratégie de défense.

Robert Fadel et Pierre Issa, lors de leur conférence de presse. Photo ANI

Si parmi les causes qui ont provoqué le séisme économique et financier figure certes la gestion corrompue du pays, il n’est plus un secret pour personne que l’orientation politique étrangère de l’État est en grande partie responsable de cette crise sans précédent qui a mené le pays à l’effondrement et à la perte de l’appui arabe et international.

C’est à cette politique étrangère qu’a fait allusion hier le secrétaire général du Bloc national (BN), Pierre Issa, lors d’une conférence de presse tenue au siège du parti, conjointement avec Robert Fadel, membre du bureau exécutif, et centrée sur les causes de la crise et les moyens de la juguler.

« Notre politique étrangère est totalement en contradiction avec notre modèle économique, basé sur les échanges avec l’Occident et les pays du Golfe », a déclaré M. Issa, soulignant qu’il s’agit d’une des causes du marasme à côté de la mauvaise gouvernance fondée sur la corruption, le confessionnalisme, le clientélisme et le suivisme. Le secrétaire général du BN n’a nommé ni l’ancien ministre des Affaires étrangères, Gebran Bassil, ni le Hezbollah, mais a cité une déclaration récente du député Jamil Sayyed, lequel décrit l’arrangement politique entre les partis du pouvoir comme une entente qui se traduit en une phrase : « À vous la corruption, à nous les armes. »

Contacté par L’Orient-Le Jour, Amine Issa, coordinateur de la direction politique du Bloc national, déplore que la politique étrangère actuelle s’inscrit dans une ligne différente de l’axe économique libéral adopté traditionnellement par le Liban. « Soit on est tourné vers une économie libre qui attire les investisseurs étrangers et favorise les exportations, soit on veut s’aligner sur un axe déterminé, et on subit alors les conséquences économiques de ce choix », déclare M. Issa. « Bien qu’il affirme adopter le principe de distanciation, l’État a carrément choisi son camp », poursuit-il, dans une claire allusion à l’axe syro-iranien.

Comment parvenir à résoudre la question de la stratégie de défense ? « Nous avons toujours dit qu’il s’agit d’un point conflictuel qui ne peut être résolu que par un accord interne », affirme le cadre partisan. « Il faut que le président Aoun appelle à un dialogue auquel participeront son parti et les autres forces politiques représentées au Parlement, sans oublier certes les révolutionnaires, qui depuis le 17 octobre ont aussi leur légitimité ».


(Lire aussi : Le gouvernement Diab face aux grandes et petites guerres, le décryptage de Scarlett HADDAD)

L’intérêt de l’État
Mercredi, le courant du Futur avait lui aussi évoqué la question de la stratégie de défense. « Il est nécessaire de tenir un dialogue consacré à l’examen de la stratégie de défense, qui permettrait à l’État de récupérer la décision de paix et de guerre », avait indiqué un communiqué publié après une réunion à la Maison du Centre. Dans son nouveau positionnement politique, le parti a suivi le sillage du discours de son chef Saad Hariri, tenu à l’occasion du 14 février (commémoration de l’assassinat de l’ex-Premier ministre Rafic Hariri), à travers lequel il avait déclaré qu’il est « indispensable d’avoir de bonnes relations avec les pays du Golfe, Arabie saoudite et Émirats arabes unis en tête, mais cela est impossible tant qu’une partie attaque régulièrement ces États ». M. Hariri avait dans le même temps affirmé que « l’argent liquide venant d’Iran peut résoudre les problèmes d’un parti, pas ceux d’un pays ».

Interrogé par L’Orient-Le Jour sur le point de savoir quel est l’objectif de raviver aujourd’hui l’idée d’un dialogue national, l’ancien député Moustapha Allouche, membre du bureau politique du courant du Futur, indique que celui-ci part du principe de « vouloir rechercher l’intérêt de l’État ». « La logique de la confrontation directe avec le Hezbollah n’a abouti à aucun résultat », note-t-il, admettant qu’elle a « resserré davantage la communauté chiite autour de ce parti ». « Nous avons échoué dans cette confrontation dont nous n’avons pas eu les moyens, faute d’avoir bénéficié d’un appui international et arabe », reconnaît M. Allouche. « Nous voulons à présent sensibiliser les Libanais sur ce que serait l’intérêt du pays. Le Liban a-t-il intérêt à aller dans le giron de l’Iran ? Bien que ce pays a proposé de nous aider, notamment au plan de l’électricité, peut-il réellement nous secourir, sachant qu’il a besoin lui-même d’être secouru ? En cas de réponse négative, nous devons nous tourner vers l’Occident », martèle le responsable du courant du Futur. « À ce jour, la communauté internationale, qui est loin d’être naïve, considère le nouveau gouvernement comme étant sous la coupe du Hezbollah. Même le cabinet précédent qui englobait également le courant du Futur et les Forces libanaises était regardé par les pays occidentaux comme un gouvernement du Hezbollah. Qu’en est-il a fortiori maintenant ? » se demande-t-il, dans une allusion au fait que la crise est loin encore de pouvoir être réglée avec une aide internationale.


(Lire aussi : En quête d’un repositionnement, Hariri à Abou Dhabi puis Riyad)

Il semble que la question de la stratégie de défense préoccupe aussi d’autres parties. L’ancien chargé de communication du Parti socialiste progressiste (PSP), Rami Rayess, conseiller du leader du parti Walid Joumblatt, affirme que « le discours officiel de l’État et celui de la Résistance ont conduit à la dégradation des relations libano-arabes ». Dans un article publié récemment dans le journal an-Nahar, il rappelle que « l’identité arabe du Liban est pourtant consacrée par la Constitution et l’accord de Taëf ». Joint par L’OLJ, M. Rayess juge que le débat sur la politique étrangère « ne doit plus rester tabou », déplorant que le pays a perdu beaucoup de ses relations. Il fait ainsi observer qu’en marge des assemblées générales de l’ONU, dont la dernière s’est tenue à New York en septembre dernier, « le chef de l’État ne s’entretient plus qu’avec son homologue iranien Hassan Rohani ». « Il est temps d’ouvrir un débat national sérieux sur la politique étrangère du Liban », estime par ailleurs M. Rayess, réclamant « des actions rapides qui réinstaureraient les relations extérieures du Liban, actuellement en confrontation avec la communauté internationale ».


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Si parmi les causes qui ont provoqué le séisme économique et financier figure certes la gestion corrompue du pays, il n’est plus un secret pour personne que l’orientation politique étrangère de l’État est en grande partie responsable de cette crise sans précédent qui a mené le pays à l’effondrement et à la perte de l’appui arabe et international.

C’est à cette...

commentaires (7)

Les masques tombent. Ah ces affairistes, qu'ils soient français ou libanais, toujours prêtS à collaborer avec le plus fort du moment. ces boutiquiers. le but des USA est de détruire les états pour mieux exploiter les pays;

NASSER Rada Liliane

22 h 26, le 21 février 2020

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Commentaires (7)

  • Les masques tombent. Ah ces affairistes, qu'ils soient français ou libanais, toujours prêtS à collaborer avec le plus fort du moment. ces boutiquiers. le but des USA est de détruire les états pour mieux exploiter les pays;

    NASSER Rada Liliane

    22 h 26, le 21 février 2020

  • ILS NE VIVENT PAS AU LIBAN, C,EST LA PRESENCE DES DEUX MILICES IRANIENNES LA CAUSE DES EFFONDREMENTS POLITIQUE, ECONOMIQUE ET FINANCIER.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    15 h 13, le 21 février 2020

  • Tristement le Liban est désormais perçu comme un des Etats ou territoires de la région sous la tutelle politique de l'Iran (tout comme la Syrie de Bachar el-Assad, l'Irak, le Yémen ou le territoire de Gaza entre autres). Pour le sauver d'une catastrophe économique et financière irréversible, le Liban a besoin de renouer de bien meilleures relations dignes de confiance, avec les pays occidentaux (Europe, Amérique du Nord) et ceux du Golfe Arabo-Persique (notamment l'Arabie Saoudite, le Koweit et les Emirats Arabes Unis). Quant aux agissements du Hezbollah, celui-ci doit faire face tôt ou tard, à une réévaluation sérieuse au niveau national, de son droit à se procurer et à détenir des armes lorsque seule l'armée libanaise est habilitée à le faire. Faute de quoi, le pays ne se relèvera pas de ses sérieux problèmes.

    Tony BASSILA

    14 h 55, le 21 février 2020

  • Le bloc national a raison , mais qu'il nous dise où situer le Momentum de la politique étrangère . En 75 la guerre civile était aussi un fait de politique étrangère .

    FRIK-A-FRAK

    12 h 22, le 21 février 2020

  • "La logique de la confrontation directe avec le Hezbollah n’a abouti à aucun résultat" dixit Moustapha Allouche du Courant du Futur. Voilà qui a le mérite d'annoncer clairement la couleur. "Nous devons nous tourner vers l'Occident." Voilà toute la stratégie politique du haririsme, capitulation devant le Hezbollah, mendicité devant l'Occident. N'est-ce pas cette stratégie suivie depuis 15 ans qui n'a abouti à aucun résultat ? Quand est-ce que le Courant du Futur ou plus largement le "14 Mars" a été en confrontation directe avec le Hezbollah ? Le 7 Mai 2008 ? Mais ils ont capitulé à Doha avant même de livrer bataille !! Qui croit à cette absurdité qui voudrait qu'une confrontation directe avec le Hezbollah nous replonge automatiquement dans une longue guerre civile ? La fermeture des points de passage illégaux entre le Liban et la Syrie et l'épuration méthodique des administrations publiques fera sûrement réagir le Hezb du régime illégitime et nécessitera une forme de confrontation directe surtout si ses miliciens veulent montrer leurs muscles dans la rue. Mais en même temps si le Hezb du régime illégitime s'oppose directement à une mesure qui ne le vise pas directement mais qui part d'un pur élan patriotique, un peu comme les lascars de Khandak el Ghamik ont fait contre les manifestants qui ne les visaient pas directement, sa non-libanité se verra plus clairement et sa popularité se réduira et les Libanais seront quasiment tous unis contre lui donc pas de guerre civile.

    Citoyen libanais

    11 h 21, le 21 février 2020

  • il fallait pt't preciser que l'asservisement de hezbollah a l'iran fait partie des maux a l'origine la crise economique

    gaby sioufi

    10 h 48, le 21 février 2020

  • la seule fois ou les libanais ont fait face a un probleme national fut la revolution de mars 2005 ET bien entendu LA REVOLUTION du 17 oct 2019. pour preuves : l'accord du caire 1969 desastreux, les politiques n'ayant pas ose faire face a l'invasion palestino-arabe du Liban, l'occultisme voulu de ne pas faire face a la situation economique dont les alertes se repetaient des annees plus tot ! PS. je ne cite que ces 2 exemples car ils ont ete LES PLUS DESTRUCTEURS !

    gaby sioufi

    10 h 45, le 21 février 2020