Polémique

Bank Audi dément avoir totalement suspendu les retraits de dollars en espèces

Si l'établissement assure ne pas avoir modifié ses limites de retraits, certains de ses clients contactés par L’Orient-Le Jour affirment le contraire.

Le siège central de Bank Audi dans le centre-ville de Beyrouth. Photo D.R.

Le service de presse de Bank Audi a démenti, dans un communiqué publié mercredi, avoir complètement suspendu l’autorisation des retraits d’espèces en dollars, y compris pour les clients possédant un compte dans cette devise. L’établissement, qui a, comme l’ensemble du secteur bancaire, adopté ces derniers mois plusieurs mesures informelles de contrôle de capitaux, restreignant notamment les retraits d’espèces en dollars ou les transferts à l’étranger, a précisé ne pas avoir modifié les plafonds de retraits qu’il avait préalablement mis en place. Bank Audi a réagi après que des informations selon lesquelles la banque avait totalement arrêté les retraits en dollars ont été relayées par des médias et sur les réseaux sociaux.

Une cliente de Bank Audi, contactée par L’Orient-Le Jour, a ainsi indiqué que son agence lui a refusé aujourd'hui un retrait au guichet de 200 dollars depuis le compte où son salaire est versé dans cette devise alors qu’elle n’avait pas dépassé sa limite mensuelle de retrait. Pour justifier ce refus, le personnel de l’agence lui a expliqué qu’il n’était désormais plus possible de retirer de dollars en espèces sur un compte bancaire alimenté par des fonds transférés après le 1er janvier depuis un autre compte également domicilié au Liban. Ces fonds peuvent en revanche être convertis en livres au taux officiel (ce qui est peu intéressant pour les clients dans la mesure où le taux chez les changeurs gravite actuellement autour de 2 500 livres pour un dollar) ou servir à approvisionner des paiements par cartes, par chèque ou par virement, mais uniquement sur le territoire libanais.

La mesure a été confirmée par une source bancaire qui s’attend à la voir se généraliser, à court terme, à l’ensemble des établissements. Une autre cliente qui s’est rendue à la banque lundi pour retirer son quota hebdomadaire de dollars a pour sa part affirmé avoir été informée par le personnel de l’agence que « c’était la dernière fois » qu’elle pourrait le faire. Dans une copie d’un courrier datant de février et que L’Orient-Le Jour a pu consulter, Bank Audi avait en outre informé une société cliente que les salaires versés en dollars ne pourraient plus être retirés qu’en livres à moins que les fonds concernés n’aient été transférés de l’étranger ou déposés en espèces à la banque.



(Lire aussi : Bank Audi favorable à la légalisation du contrôle des capitaux)




Prévenir les abus ?
Selon un banquier contacté par L’Orient-Le Jour, ces mesures tendent en partie à prévenir les abus de certains clients qui retirent des dollars pour les convertir en livres chez les changeurs, entretenant ainsi la hausse du taux sur le marché secondaire.

Il indique en outre que ce type de restrictions est systématiquement adopté par les banques en accord avec les directives de l’Association des banques du Liban (ABL) et souligne que Bank Audi n’est pas le seul établissement à avoir resserré les conditions de retrait de dollars ces derniers mois. Un argument qui ne devrait pas convaincre une partie des clients de la banque, tandis que certains ont tenu en soirée un sit-in devant le siège de Bank Audi dans le centre-ville de Beyrouth, sous haute surveillance de forces de l'ordre. Des manifestants ont arraché de la façade de la banque une partie de son logo, avant de tenter de s'en prendre aux devantures d'autres établissements bancaires du quartier. Ils en ont été empêchés par l'armée qui, dans un communiqué, a rappelé "refuser toute attaque contre les biens publics et privés".

Dans la soirée, le chef de l'Etat, Michel Aoun, a appelé le président de l'Association des banques du Liban, Salim Sfeir, afin de lui demander des explications concernant cette affaire. 

Les restrictions bancaires ont été adoptées par les établissements libanais à partir de fin août dernier, dans le contexte de crise économique et financière que traverse le pays, avant d’être progressivement durcies – avec des différences d’une enseigne à l’autre. Avant cette période, le dollar, dont le taux est fixé depuis 1997 par la Banque du Liban (1 507,5 livres pour un dollar), circulait librement sur le marché local –, il était possible de retirer des dollars d'un distributeur automatique de billets, même à partir d’un compte en livres libanaises.



(Lire aussi : La crise des liquidités actuelle est aussi celle de la dollarisation de l’économie)



Le 17 novembre 2019, l’ABL, à qui la loi n’accorde pourtant aucune prérogative dans ce domaine, a entrepris d’harmoniser ces restrictions, pour l’instant toujours illégales, en attendant que la Banque du Liban ou l’État intervienne pour les réglementer. Une mesure prise alors que les établissements du secteur s’apprêtaient à rouvrir leurs agences après un peu moins d’un mois de fermeture en marge des manifestations contre les dirigeants politiques qui ont démarré le 17 octobre 2019.

Une des mesures généralisées concerne la disponibilité des fonds en dollars en fonction de leur provenance.

Concrètement, les clients des banques peuvent librement disposer des fonds « frais » en dollars (ou plus généralement en devises) transférés depuis l’étranger après le 17 novembre, tandis que ceux qui étaient déjà dans le circuit bancaire avant cette date sont soumis à des plafonds de retrait. Dans le cas de Bank Audi, ces limites varient en fonction du montant des dépôts du client dans la devise qu’il souhaite retirer (600 dollars par mois pour les titulaires de comptes inférieurs à 100 000 dollars, avec des limites secondaires pour les retraits par jour ou par semaine, selon un récapitulatif publié en février par Infopro).



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Le service de presse de Bank Audi a démenti, dans un communiqué publié mercredi, avoir complètement suspendu l’autorisation des retraits d’espèces en dollars, y compris pour les clients possédant un compte dans cette devise. L’établissement, qui a, comme l’ensemble du secteur bancaire, adopté ces derniers mois plusieurs mesures informelles de contrôle de capitaux,...

commentaires (6)

L'autre jour j'ai voulu payer un commerçant avec un chèque de la Banque Audi. Il s'est mis à rire, mais rire... à mon avis il rit encore aujourd'hui.

Gros Gnon

23 h 41, le 19 février 2020

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Commentaires (6)

  • L'autre jour j'ai voulu payer un commerçant avec un chèque de la Banque Audi. Il s'est mis à rire, mais rire... à mon avis il rit encore aujourd'hui.

    Gros Gnon

    23 h 41, le 19 février 2020

  • Le génocide est défini juridiquement comme étant la "Destruction méthodique d'un groupe humain." Les libanais toutes classes confondues ont fait l'objet d'un vrai génocide financier qui leur a ôté tous les moyens de survivre. Ce génocide financier a compromis leur nourriture, les études de leurs enfants, leurs soins médicaux et tout ce qui est nécessaire pour leur subsistance. La clique qui a perpétré ce génocide est justiciable dans tous les pays du monde civilisé. Il ne nous reste qu'à espérer que les tribunaux de ces pays se chargeront de les pourchasser et de les punir.

    Moussalli Georges

    22 h 26, le 19 février 2020

  • Quel abus? C’est l’argent des clients, pas l’argent de la banque. En l’absence de loi régulant le transfert de devises, les clients sont en droit d’assigner la banque et de la forcer à déclarer faillite si elle ne remplit pas ses obligations.

    Bashir Karim

    21 h 15, le 19 février 2020

  • ILS FONT DES LOIS AUX BANQUES... COMME S,ILS ETAIENT L,ETAT... ET LES APPLIQUENT UNILATERALEMENT SUR LES ECONOMIES D,UNE VIE DEPOSEES CHEZ EUX PAR LE COMMUN DU PEUPLE ET DE LA DIASPORA. LSSSOUSSS ! LSSSOUSSS !

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    20 h 30, le 19 février 2020

  • Le pire, dans toute cette histoire, c’est la propension de toutes les banques libanaises à prendre, depuis quelques mois, leurs clients pour des gosses irresponsables et/ou pour des débiles mentaux alors que lesdits clients ont entreposé chez elles leur propres économies, les économies de toute une vie pour certains. Suprême abus de confiance : Ces économies, souvent déposées en dollars à l’origine, risquent d’être prochainement converties « de force » en livres libanaises si l’on en croit certains récents articles, au mépris de toutes les règles et de toute déontologie. Avec ça, on (hommes politiques, banquiers) pousse le toupet et la malhonnêteté jusqu’à encourager les libanais de la diaspora à retrouver le chemin des banques libanaises. Que ces décisions aussi iniques que pénalisantes prises par les banques locales ouvrent enfin les yeux et servent de leçon à la diaspora : Votre argent ne sera JAMAIS en sécurité dans une banque libanaise. JAMAIS.

    DC

    19 h 39, le 19 février 2020

  • Ironique de lire de la part d'un établissement bancaire "l'abus de certains clients qui vont chez les changeurs"... Ca justifie donc de pénaliser tout le monde. Peut-être que ces clients ont un petit salaire. Et qu'en allant chez les changeurs ils font plus facilement face aux augmentations des prix. C'est sûr que ça contribue à garder le dollar très haut. Peut on en vouloir à ces "clients abuseurs"??!!

    Sybille S. Hneine

    19 h 18, le 19 février 2020